‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 57 sur 144 · IV. LA COUPE ENCHANTÉE · texte numérisé non relu

IV. LA COUPE ENCHANTÉE

NOUVELLE TIRÉE DE l'aRIOSTE 2

Les maux les plus cruels ne sont que des chansons Près de ceux qu'aux maris cause la jalousie. Figurez-vous un fou , chez qui tous les. soupçons

Sont bien venus, quoi qu'on lui die.

Il n'a pas un moment de repos en sa vie : Si l'oreille lui tinte, ô dieux! tout est perdu. Ses songes sont toujours que l'on le fait cocu;

Pourvu qu'il songe, c'est l'affaire :

Je ne vous voudrois pas un tel point garantir;

Car, pour songer, il faut dormir,

Et les jaloux ne dorment guère.

Le moindre bruit éveille un mari soupçonneux : Qu'à l'entour de sa femme une mouche bourdonne,

C'est cocuage qu'en personne,

Il a vu de ses propres yeux, Si bien vu, que l'erreur n'en peut être effacée. Il veuf ù toute force être au nombre des sots 3. Il se maintient cocu, du moins de la pensée,

S'il ne l'est en chair et en os.

Pauvres gens, dites-moi! qu'est-ce que cocuage?

1 Jean Sambix, libraire de Leyde, publia en 1669 un fragment de la Coupe enchantée, d'après une copie qui lui avait élé transmise de Paris , en disant qu'il avait « su de bonne part que son illustre auteur n'est pas dans le dessein de l'acbever. » La Fontaine . à son tour, publia en cette même année 1669 la Nouvelle entière, avec des changements et des suppressions , à la suite d'une édition des deux premiers livres de ses Contes.

2 Orlandofurioso, cant. xlii-xliii. Le fabliau intitulé le Manteau mal taillé a beaucoup d'analogie avec le récit de l'Arioste.

3 Sot se disait d'un mari trompé, qui ne s'en doute pas; cocu, coux

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