DE LA VIE ET DES OUVRAGES
DE
M. de La Fontaine (Jean) naquit à Château-Thierry, en 1621, selon M. Perrault , dans ses Hommes illustres; mais , comme ce poëte se donne lui-même 70 ans dans l'envoi d'une ballade1 sur la prise de Philisbourg, en 1688, où il a dit : l'homme n'engendre guère à soixantedix ans, il doit être né en 1618. Dans une autre ballade , à M. Fouquet, pour le pont de Château-Thierry, il parle de cette ville comme du lieu de sa naissance 2 :
Dans cet écrit , notre pauvre cité
Par moi , seigneur, humblement vous supplie.
Son père, maître des eaux et forêts de ce duché, lui donna sa charge. Il y a été marié, on ne sait précisément en quelle année , et il a eu un fds de ce mariage , qui a été élevé par M. de Maucroix, chanoine de Reims, son ami. Il étoit né paresseux et aimoit à faire des vers ; il montra bientôt un talent original., simple, naïf et plein
1 Un de nos Fantassins, elc. , t I des OEuvres diverses, édil. in-12 de 17f»8, p. 123. — 2 T. I , p. 45.
xiv HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
de grâces inconnues jusqu'à lui. Sa femme, de son côté, étoit aussi une paresseuse, qui n'aimoit que les romans. C'étoit là une belle union! Il lui dit dans une lettre, dont nous parlerons en son lieu : Vous ne jouez, ni ne travaillez, ni ne vous souciez du ménage; et, hors le temps que vos bonnes amies vous donnent par charité , il n'y à que les romans qui vous divertissent ; c'est un fonds bientôt épuisé.
1654. — La première pièce qui a paru de lui dans le public, c'est la traduction de Y Eunuque, de Térence, en vers, qui a été imprimée à Reims, en 1654, in-4°. Il n'avoit point le génie de la traduction; ainsi cet ouvrage n'eut point de succès. M. Fabricius, célèbre bibliothécaire allemand , qui a tout vu , et qui n'oublia jamais rien, en parle dans sa Bibliothèque latine, au supplément de l'article de Térence : Eunuchum versibus gallicis reddidit Fontanus, Paris, 4 654, 4°. II a peut-être vu une édition de Paris, car la première est de Reims.
Après cette traduction, qui lui avoit bien fait connoître Térence, il fit plusieurs pièces de vers qui plurent à M. Fouquet, alors surintendant des finances. Ce ministre , attentif à attirer à lui tout ce qui brilloit , le prit pour son poëte et lui donna une pension. Il avoit pris en même temps M. Pélisson pour un de ses premiers commis, M. Le Brun pour son peintre, et M. LelVôtre pour dresser ses jardins. Ils ont eu depuis de plus grandes destinées : M. Pélisson a été historien de Louis XIV ; M. Le Brun a peint Versailles et a fait des tableaux immortels; M. Le Nôtre a fait le jardin des Tuileries, qui est le plus beau jardin de l'univers; et M. de La Fontaine, avec son talent de poëte, est demeuré poète et n'a su que faire pleurer, par les nymphes de Vaux, la disgrâce de son protecteur.
1658. — Pendant la faveur de M. Fouquet, son poète chercha à le louer sur son goût pour l'architecture, la peinture, le jardinage et la poésie, et fit une fiction mer-
DE M. DE LA FONTAINE. xv
veilleuse qu'il appela le Songe de Vaux1, où ces quatre arts combattent pour la préférence, et disent tout ce que l'esprit peut imaginer pour emporter le prix l'un sur l'autre. Il n'en a donné au public que des fragments, qui, selon l'auteur des Pensées ingénieuses'*, brillent d'esprit depuis le commencement jusqu'à la fin. Nous donnerons un avertissement en prose qu'il a fait pour l'intelligence de ces fragments précieux; ils seront précédés d'une épître à Ariste , à qui il les adresse. Il lui parle de son talent pour la poésie et du dessein de ce Songe 3.
Ariste, vous voulez voir des vers de ma main :
Je n'ai point ce beau tour, ce charme inexprimable ,
Qui rend le dieu des vers sur tous autres aimable.
Homère épand toujours ses dons avec largesse ;
Virgile à ses trésors sait joindre la sagesse.
Mes vers vous pourroient-ils donner quelque plaisir?
Voilà en deux vers l'éloge d'Homère et de Virgile. Ils lui avoient appris à aimer la nature.
Je vous présenté donc quelques traits de ma lyre ; Elle les a, dans Vaux, répétés au zépbyre. J'y fais parler quatre arts fameux dans l'univers : Les palais , les tableaux , les jardins et les vers.
Donnons ici , en passant, quelques traits de cette éloquente poésie.
L'architecture, sous le nom de Palatiane, dit pour soutenir sa cause :
Tout ce qu'ont fait dans Vaux les Le Brun, les Le Nôtre, Jets , cascades , canaux , et plafonds si charmants , Tout cela lient de moi ses plus beaux ornements '.
• T. I, p. 207. — 2 Le T. Bouhours , p. 11 del 'édit. de 1689 in-12. — 3 t. I, p. 219. — 4 t. I . p. 222.
xvi HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
Apellanire, pour la peinture, dit avec un tour élevé et galant tout ensemble i :
A de simples couleurs mon art plein de magie Sait donner du relief, de l'âme et de la vie ; Ce n'est rien qu'une toile: on pense voir des corps; J'évoque , quand je veux, les absents et les morts.
Dans les maux de l'absence , on cherche mon secours. Je console un amant privé de ses amours : Chacun, par mon moyen, possède sa cruelle.
Hortesie, parlant pour les jardins, arrive avec un abord si doux, qu'avant qu'elle ouvrît la bouche, les juges furent plus d'à demi persuadés; elle commence par ces vers 2 :
J'ignore l'art de bien parler ,
Et n'emploierai , pour tout langage ,
Que ces moments qu'on voit couler
Parmi des fleurs et de l'ombrage.
Puis, elle continue par des stances d'une noble simplicité et dignes des Géologiques , d'où notre poëte a tiré cette description des jardins et l'éloge de ceux qui les aiment 3 :
Libres de soins . exempts d'ennuis , Ils ne manquent d'aucunes choses ; Ils détachent les premiers fruits, Us cueillent les premières roses
Qu'il nous soit permis d'ajouter encore ces quatre vers d'une autre stance, et de faire goûter ces plaisirs innocents :
J'embellis les fruits et les fleurs ; Je sais parer Pomone et Flore.
C'est pour moi que coulent les pleurs Qu'en se levant verse l'Aurore.
1 T. I, p 224. 2 t. I, p. 227. — 9 Naraque sub OEbaliœ, etc., Géorgie., liv. iv, v. 125.
DE M. DE LA FONTAIWE. xvn
Calliopée élève l'art des vers au-dessus de tout , et. s'écrie dans sa fureur * :
Montrez-moi , dit cette fée , Quelque chose de plus vieux Que la chronique immortelle De ces murs, pour qui les dieux Eurent dix ans de querelle?
Mes mains ont fait des ouvrage?
Qui verront les derniers âges , Sans jamais se ruiner.
Le temps a beau les combattre .
L'eau ne les sauroit miner, Le vent ne peut les abattre...
Puis, par un enthousiasme tout poétique, reprenant les discours des autres fées, elle répond à Palatiane :
Si j'ai de son discours marqué les plus beaux traits , Elle loge les dieux, et moi je les ai faits....
A Apellanie, qui se vante de tenir école d'imposture :
Ce sont pour moi des jeux : on ne lit point Homère,
Sans que tantôt Achille, à l'âme si colère,
Tantôt Agamemnon , au front majestueux ,
Le bien disant Ulysse , Ajax l'impétueux,
Et maint autre héros offre aux yeux son image.
Je les fais tous parler, c'est encor davantage.
Je peins, quand il me plaît, la peinture elle-même.
On ne peut parler plus poétiquement de la poésie; et comme il savoit mêler le. doux à l'utile, et qu'il cherchoit à plaire toujours, il ajoute cette galanterie :
Mais je fais plus encore , et j'enseigne aux amants A fléchir eurs amours, en peignant leurs tourments,
xnn HISTOIRE DE LA TIE ET DES OUVRAGES
Faire aimer un amant est pour lui plus que de composer toute X Iliade. Xous prévenons le plaisir du lecteur, qui sera bien aise de trouver ces morceaux hors de leur place et encore à leur place , et qui les admirera deuxfois.
L'aventure du Saumon et de l'Esturgeon, qui se promenoient réellement sur le canal de Vaux, et que le poëte entretient dans son Songe, a des grâces qui ne doivent rien à celles des animaux que Voiture et Sarrasin ont fait parler. C'est une préparation aux fables que nous avons vues de lui depuis; et celle-ci est comme la mère de toutes les autres. Ces poissons disent que, s'ils ont quitté leur patrie 1 :
Non, ce n'est pas la faim qui nous a fait sortir Du lieu de notre naissance, Sans nous vanter et sans mentir, Nous y trouvions en abondance De quoi soûler nos appétits.
Si les gros nous mangeoient , nous mangions les petits , Ainsi que l'on fait en France.
Il nous est tombé entre les mains deux autres fragments précieux de ce Songe de Vaux , qui n'ont jamais été imprimés. L'un est intitulé : Comme Sylvie honora de sa présence les dernières chansons d'un Cygne qui se mouroit, et des aventures du Cygne2. Le poëte nous apprend là pourquoi les cygnes chantent en mourant. Jupiter emprunta autrefois le corps d'un cygne pour approcher plus facilement de Léda, et parce que, lui ayant chanté son amour sous cette figure, elle en fut touchée, et que Jupiter reprit aussitôt^ forme d'un dieu; il ordonna, en mémoire de cette aventure, qu'autant de fois que l'âme du cygne, où il avoit logé, passeroit d'un animal de la même espèce en quelque autre corps, cet ani-
' T. I, p. 241. — 2 C'est le quatrième fragment de notre édition , t. I , p. 245
DE M. DE LA FONTAINE. xix
mal chanteroit si mélodieusement que chacun en seroit charmé ; cette fiction engage notre poète à parler de la métempsycose et à en parler mieux que les philosophes. Platon avec ses grâces n'eût pu la mieux décrire :
Ce que tu vois d'animaux et d'humains Troque sans cesse , et devient autre chose. Toute âme passe en différentes mains :
Telle est la loi de la métempsycose , Que le Sort tient dans ses livres enclose , Car ici-bas il aime à tout changer.
Selon qu'il veut nos esprits héberger.
L'âme, d'habit bien ou mal assortie, D'un roi se vêt, en sortant d'un berger; Puis d'un berger, étant d'un roi sortie.
Les aventures du Cygne , dans ses différents changements, plairont aussi beaucoup, et l'on sera bien aise de voir cette âme animer, dans cette fiction ingénieuse et galante ,
Un amant qui , de tristesse , La tête en quatre se fendit ;
Un autre qui se pendit A la porte de sa maîtresse ; Des philosophes, des badins;
Deux ou trois jeunes blondins ,
Cinq ou six beautés insignes,
Ayant de beaux cheveux blonds ,
Et les cous non pas si longs Que des cygnes ,
Mais aussi blancs sans mentir.
Nous pensons bien qu'on quittera notre préface pour aller chercher le reste de cet ouvrage , et ce sera trèsbien fait ; mais il faut que le lecteur aille chercher en même temps le second fragment *, où il trouvera des galanteries toutes nouvelles : l'Amour qui danseaux chansons
1 C'est le cinquième, p. 256.
xx HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
dans un bal qui se donne au clair de la lune , dont les lustres étoient les étoiles; et des couplets de ces chansons qu'Anacréon voudroit avoir faites. L'Amour dit :
L'autre jour deux belles
Tout haut se vantoient
Que malgré mes ailes
Elles me prendroient.
Gageant que non, je perdis, Car l'une m'eut bientôt pris.
Autour de- ses charmes,
Me voyant voler ,
Vénus toute en larmes
Eut beau m'appeler.
Celui qui brûle les dieux , S'alla brûler à ses yeux '.
Leur éclat extrême
A su m'enflammer.
Le sort veut que j'aime ,
Moi qui fais aimer.
On m'entend plaindre à mon tour, Et l'Amour a de l'amour.
Tout cela étoit fait pour madame Fouquet, et devoit entrer dans la relation du Songe de Vaux. Elle y est appelée tantôt Sylvie, tantôt Castille, qui étoit son vrai nom. Il lui adressa encore, en ce temps-là,. une ballade sur ce qu'elle accoucha avant terme dans son carrosse en revenant de Toulouse, où elle avoit voulu suivre M. Fouquet2 :
1 On lit, dans notre édition .
Se brûle à de si beaux yeux.
2 Cette ballade, ou plutôt ces stances ne se trouvent dans aucune édition *.
* Ces stances inédites furent publiées par Chardon de La Rocliette, à la suite da manuscrit de Matthieu Marais ; eMes ont été recueillies ensuite par Walctenaer dans ses éditions de la Fontaine. (P. h.)
DE M. DE LA FONTAINE. xxi
Vous l'auriez achevé, sans qu'il y manquât rien , De grâces et d'amours étant bonne ouvrière. Dieu ne l'a pas voulu, peut-être pour un bien : Aux dépens de nos cœurs il eût vu la lumière.
C'est par ces charmes qu'il amusoit le ministre magnifique et délicat, et qu'il l'entretenoit dans ces goûts délicieux qu'il devoit bientôt perdre.
Nous placerons à la fin de cette année 1658 une lettre à une abbesse du Pays-Bas espagnol, où la guerre étoit alors. Elle vouloit voir La Fontaine; mais il n'aimoit pas Mars autant qu'il aimoit l'Amour. Il écrivit donc à cette abbesse une lettre dans le genre marotique pur, et s'essayoit ainsi sur ce genre, à qui il devoit un jour sacrifier tous les autres. Voici quelques traits de cette lettre * :
Très-révérente mère en Dieu
Qui révérente n'êtesguèrc ,
Et qui moins encore êtes mère....
Votre séjour sent un peu trop la poudre ,
Non la poudre à tètes friser,
Mais la poudre à tètes briser.
Ce que je crains comme la foudre ,
C'est-à-dire un peu moins que vous.
Il y a une anecdote dans ces vers :
On vous adore en certain lieu , D'où l'on n'ose vous l'aller dire , Si l'on n'a patente du sire , Qui fit attraper Girardin , Lequel alloit voir son jardin , Puis le mit à grosse finance.
Il faut savoir, pour entendre cela , que M. de Barbcsiers-Ghemerault enleva M. Girardin, qui alloit à Bagnolct, et le mena à Bruxelles. Mais M. de Chemcraulf ,
xxii HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
ayant été arrêté, fut décapité le 4 octobre 1657, cl un des chefs de son procès étoit l'enlèvement de M. Girardin.
Ce qu'il dit à celle religieuse, sur ce qui arriva lors de sa profession et sur ses beautés qu'on enferma dans un cloître, est au delà de l'élégance et du badinage :
Dessous la clef on les a mis , Comme une chose et rare et dangereuse , El , pour épargner ses amis , Le ciel vous fit jurer d'être religieuse.
Ce même jour, pour le certain ,
Amour se fit bénédictin ,
El , sans trop faire la mutine ,
Vénus se fit bénédictine ;
Les Ris , ne bougeant d'avec vous .
Bénédictins se firent tous ,
Et les Grâces , qui vous suivirent ,
Bénédictines se rendirent.
Tous les dieux qu'en Cypre on connoit
Prirent l'habit de saint Benoit.
M. Fouquct fit voir celte lettre à madame de Sévigué, qui en fut enchantée; et cela donna lieu à un dixain nouveau i :
De Sévigné, depuis deux jours en ça,
Ma lettré tient les trois parts de ma gloire.
Et encore à un quatrain :
Je ne m'allendois pas d'être loué de vous 2.
Le commentateur de Despréaux :i nous a conservé ic fragment d'une ballade de notre poëte , de cette même année 1658, sur le siège soutenu par les Augustins con-
' T. I , p. 42. — - Ibicl — 3 T I, p. 361, édit. de Genève,
DE M. DE LA FONT AIME. xxm
tre le parlement, au mois d'août de cette aunee, et dont l'histoire est bien racontée dans ce commentaire. Despréaux n'en avoit retenu que ces vers, qu'il ne faut point perdre , et qui feront peut-être retrouver la ballade entière i :
Aux Augustins , sans alarmer la ville , On fut hier soir, mais le cas n'alla bien : L'huissier, voyant de cailloux une pile , Crut qu'ils n'étoient mis là pour aucun bien. Et dedans peu, me semble que je voi Que , sur la mer ainsi que sur la terre , Les Augustins sont serviteurs du roi.
On conte, à ce propos, qu'un des amis de La Fontaine le rencontra sur le pont Neuf, qui couroit ce jour-là du côté de la bagarre , et que , lui ayant demandé où il alloit, il répondit simplement : « Je lais voir tuer des Augustins. » Il en parloit comme d'un spectacle ordinaire.
1659. — M. Fouquet, qui lui payoit pension, avoit aussi exigé que son poëtc lui payât par quartiers une pension en vers : il en convient dans une jolie pièce2 écrite ù madame Fouquet, en 1659, qui commence :
Je vous l'avoue, et c'est la vérité, Que Monseigneur n'a que (rop mérité La pension qu'il veut que je lui donne.
Pour sûreté , j'oblige par promesse Le bien que j'ai sur le bord du Perinesse Même, au besoin , noire ami Pélisson Me pleigera d'un couplet de chanson.
Sou intention est de retrancher toute autre pension :
' Elle a élé publiée en entier par l'abbé d'Olivel, et se trouve t. I, p. 10, de notre édition. L'histoire de ce siège est racontée par Brossette , sur le vers 48 du Ier chant du Lutrin, t II, p. 188 de ledit, de Saint-Marc, 1747. — 2 T. I , p. 19.
xxiv HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
Celle d'Iris même, c'est tout vous dire; Elle aura beau me conjurer d'écrire , En lui payant pour ses menus plaisirs Par au trois cent soixante et cinq soupirs : C'est un par jour (la somme est assez grande). Je n'entends pas après qu'elle demande Lettre ni vers ...
Le premier terme fut payé en une ballade à madame la surintendante 1 :
Comme je vois , Monseigneur votre époux
Et voici comme il demande quittance à madame Fouquel :
Commandez donc , en termes gracieux , Que. sans tarder, d'un soin officieux, Celui des Ris, qu'avez pour secrétaire, M'en expédie un acquit glorieux.
Le second terme fut payé en une autre ballade , qui commence : Trois fois dix vers , etc., à l'imitation du rondeau de Voiture : Ma foi ! c'est fait'1.
Il fit, en ce temps-là, l'ode pour lapaix des Pyrénées, qui se traitoit, et qui n'étoit point encore conclue3. La seconde strophe est :
La paix , sœur du doux repos , Et que Jules va conclure ,
Fait déjà refleurir
Dont je tire un bon augure.
Ces petits points, marqués dans l'édition de Paris (1685) , font voir le scrupule que l'on a eu d'y nommer Vaux, qui est la rime de repos; elle n'étoit pas difficile à trouver. Cette strophe avoit été faite d'abord de celte manière :
DE M. DE LA FONTAINE. sxv
Quand Jules , las de nos maux , Partit pour la paix conclure , Il alla coucher à Vaux, Dont je tire un bon augure.
La quatrième strophe est :
Le plus grand de mes souhaits Est de voir, avant les roses , L'Infante avecque la paix , Car ce sont deux belles choses.
Si toutes les Odes avoient de ces images vivantes, on ne s'ennuycroit pas à les lire.
M. Fouquet donna pour sujet du troisième terme la paix des Pyrénées , qui étoit faite , et le mariage du Roi ; sur quoi le poëte fit la ballade *,
Dame Bellone , ayant plié bagage ,
Est en Suède avec Mars son amant , etc.
Il ajouta une suite pour annoncer le départ de la Reine. C'est un petit conte, en dix vers, de l'Amour qui calcule ses beautés sur le chemin 2 :
Le pauvre enfant pensa perdre l'esprit En calculant , tant la somme étoit haute.
D'autres termes furent payés en madrigaux, dont le ministre n'ayant pas été si content, La Fontaine lui repondit3 :
Bien vous dirai qu'au nombre s'arrêter N'est pas le mieux, seigneur, et voici comme : Quand ils sont bons , en ce cas , tout prudhomme Les prend au poids, au lieu de les compter. Sont-ils méchants? tant moindre en est la somme, Et tant plutôt on s'en doit contenter.
Ils sont partis les jeux , les ris, les grâces.
Trois madrigaux, ce u'est pas votre comple.
x.vvi HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
Celui qui nous a conservé les fragments de Vaux nous a conservé encore une épilre charmante à M. Fouquet, sur ce que son poète avoit été renvoyé un jour sans pouvoir lui parler. Il s'en plaint, en lui disant i :
Renvoyez donc un certain temps Tous les traités, tous les traitans.^.
Renvoyez, dis-je, cette troupe, Qu'on ne vit jamais sur la croupe Du mont où les savantes Sœurs Tiennent boutique de douceurs.
Mais que pour les amants des Muses Voire Suisse n'ait point d'excuses; Et moins pour moi que pour pas un ; Je ne serai point importun.
Je prendrai voire heure et la mienne.
Il lui dit, avec sa naïveté, qui ne le quittoit point :
J'eus le coeur gros sans vous mentir, Un demi-jour, pas davantage.
Peut-être vous iriez croire2,
Que je souhaite le trépas
Cent fois le jour, ce qui n'est pas;
Je me console et vous excuse;
Car, après tout , on en abuse ;
On se bat à qui vous aura.
Je crois qu'il vous arrivera Chose , dont aux courts jours se plaignent Moines d'Orbais 3, et surtout craignent,
C'est qu'à la fin vous n'aurez pas
Loisir de prendre vos repas.
Dussai-je nue fois Vous déplaire.
2 On lit dans l'imprimé :
Peut-être même iriei-vous croire.
3 La Fontaine parle des moines de cette abbaye, parce qu'el'c éloit dans le voisinage de Château-Thierry, s% patrie , et que probablement il avoit rendu plus d'une visite à ces joyeux moines.
DE M. DE LA FONTAINE. xxvn
Puis, élevant ce badinage, il décrit, avec une sublime simplicité, les fonctions du ministre :
Le Roi, l'État, votre patrie,
Partagent toute votre vie.
Rien n'est pour vous, tout est pour eux.
Il parle , dans cette épître , d'un tombeau de certains rois d'Egypte, que l'on avoit fait venir pour satisfaire la curiosité de M. Fouquet, et cela lui donna lieu de dire :
Et vous, seigneur, pour qui travaille Le temps, qui peut tout consumer; Vous , que s'efforce de charnier L'antiquité, qu'on idolâtre ; Pour qui le dieu de Gléopâtre , Sous nos murs enfin abordé , Vient de Memphis à Saint-Mandé :
Puissiez-vous voir ces belles choses Pendant mille moissons de roses!
Et, sur cela, quelle réflexion ne fait-il point? Quelle moralité termine cette épître, préférable à toute la philosophie de nos Odes?
Mille moissons ; c'est un peu trop.
Car nos ans s'en vont au galop ,
Jamais à petites journées.
Hélas ! les belles destinées
Ne devroient aller que le pas.
Mais quoi ! le ciel ne le veut pas.
Toute âme illustre s'en console,
Et, pendant que 1 âge s'envole,
Tâche d'acquérir un renom ,
Qui fait encor vivre le nom ,
Quand le héros n'est plus que cendre ;
Témoin celui qu'eut Alexandre,
Et celui du fils d'Osiris,
Qui va revivre dans Paris.
Cette épître fui écrite depuis le temps qu'il avoit
xxuii HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
promis de payer sa pension en vers, et dans le temps du mariage du Roi, car il parle ainsi de lui-même :
Celui qui , plein d'affection , Vous promet une pension , Bien payable et bien assignée A tous les quartiers de l'année ; Qui, pour tenir ce qu'il promet, Va souvent au sacré sommet, Et n'épargnant aucune peine , Il dort exprès tout d'une- haleine Huit ou dix heures règlement.
Pour l'amour de vous seulement.
Et, entre les choses qu'il voudroit que son protecteur renvoyât , il met
La cour, la paix, le mariage, Et la dépense du voyage , Qui rend nos coffres épuisés , Et les guerriers les bras croisés.
Ainsi il est aisé d'assigner à toutes ces pièces leur véritable date, parce que le poète a toujours soin de les caractériser, par des traits du temps ou par les images des personnes. Passons à d'autres beautés, et fions-nous à notre auteur : il ne nous en laissera pas manquer.
La mort de Collctct, qui arriva en cette année 1659, fit faire une assez plaisante infidélité à notre poète : lui seul en eût été capable. Il avoit aimé la femme de Colletet, pendant que son mari vivoit, parce qu'elle faisoit bien des vers. A la mort du mari, elle n'en fit plus : c'est que le mari les faisoit et les mettoit sous le nom de sa femme. Elle avoit été sa servante, et est fort connue parmi les poètes. Claudine étoit la troisième servante que Colletet avoit épousée; il n'y faisoit point tant de façon, quand il les trou voit à son gré. La Fontaine étoit
DE M. DE LA FONTAINE. xxix
«assez de ce goût pour ses maîtresses. Il dit quelque part * :
Je me contente à moins qu'Horace.
Quand l'objet en mon cœur a place , Et qu'à mes yeux il est joli , Do nomen quodlibet Mi.
Colletet , qui savoit bien qu'après sa mort sa femme ne feroitplus de vers, pour couvrir la chose, fit, quelque temps avant que de mourir, sept vers , sous le nom de sa Claudine, par lesquels elle protestoit qu'après la mort de son mari, elle renonçoit à la poésie. Le P. Vavasseur les traduisit en vers latins, et donna l'original et la traduction dans le premier livre de ses épigrammes2. Nous croyons pouvoir les transporter ici , sans craindre de passer pour plagiaire , parce qu'ils servent à l'histoire de notre poëte. Voici les françois :
Le cœur gros de soupirs , les yeux noyés de larmes, Plus triste que la mort dont je sens les alarmes, Jusque dans le tombeau je vous suis , cher époux. Comme je vous aimai d'une amour sans seconde; Comme je vous louai d'un langage assez doux; Pour ne plus rien aimer, ni rien louer au monde , J'ensevelis mon cœur et ma plume avec vous.
Voici les latins :
Alto corde gemens, et fletibus humida largis ,
Tristior horribili, pallidiorque nece, Ad miserum, bone te conjux, sequor usque sepuferum ;
El placet hic nostram te quoque nosse fidem. Tu mihi prœcipuo semper dilectus amore ,
Tu mihi sat cidto carminé dictus eras.
Quo, neque amem quemquam post hac, nec laudibus ornent,
Condo lubens tumulo , cor calanmmque tuo.
' Dans la lettre au prince de Conli , qui commence par ces mots : « Je n'ai différé d'écrire à Votre Altesse Sérénissime, ele » Tome II, p. 139. — 2 Page 16, épigr. xxix-xxx de l'édit de 1G"2, in-8.
xxx HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
La Fontaine, voyant que la belle Claudine tenoit trop exactement sa parole, lui qui avoit aimé et loué éperdument cette femme du vivant du mari *, la quitta, quand il vit qu'étant veuve elle ne faisoit plus de vers. (C'est une quitterie originale). Mais non-seulement il la quitta, il fît des vers contre elle, parce qu'elle l'avoit trompé2.
Les oracles ont cessé ;
Collelet est trépassé.
Dès qu'il eut la bouche close ,
Sa femme ne dit plus rien :
Elle enterra vers et prose
Avec le pauvre chrétien 3.
Furetière aimoit aussi cette Claudine, et avoit son portrait fait par de Sève, fameux peintre, sur lequel notre poète fît un sonnet 4. Un de ses amis se moquant de lui de ce qu'il avoit été attrapé par mademoiselle Colletet : D'où venez-vous , lui dit-il, de vous étonner ainsi? Ne le savez-vous pas bien, que, pour peu que j'aime , je ne vois dans les personnes non plus qu'une taupe qui auroit cent pieds de terre sur elle. Si vous ne vous en êtes pas aperçu , vous êtes cent fois plus taupe que moi. Dès que j'ai un grain d'amour, je ne manque pas d'y mêler tout ce qu'il y a d'encens dans mon magasin; cela fait le meilleur effet du monde. Je dis des sottises en vers et en prose , et serois fâché d'en avoir dit une qui ne fût jms solennelle. Enfui, je loue de tontes mes forces :
Homo sum qui ex sttdtis insanos reddam.
Ce qu'il y a, c'est que l'inconstance remet les choses en leur ordre^. Voilà comme il aimoit, et comme il
1 Voyez, t. II, p. 9 et 10, un sonnet et deux madrigaux pour mademoiselle Colletet.
- Voyez, p. 8 du même volume, la lettre qui précède le sonnet . Sève, qui peins l'objet dont mon ctov suit la loi.
3 T. II , p. 11. — 4 C'est celui dont il est parlé dans la note ci-dessus — 5 Voyez la lettre dont il est question, p. 8 du t. IL
DE M. DE LA FONTAINE. xxxi
cessoit d'aimer, et, en cela, il n'étoit point original, il étoit comme tous les hommes, qui ne voyent point les défauts de ce qu'ils aiment. Mais il le dit autrement que les autres hommes.
La hallade dont le refrain est : L'argent surtout est chose nécessaire, par laquelle il demande à M. Fouquet la réparation du pont de Château-Thierry, qu'il appelle notre pauvre cité , et qui prouve son origine, dont nous avons parlé d'abord, est de cette même année 1659 \
1660. — Le 26 août 1660 , la reine fit son entrée à Paris. Il en fit une relation en vers, et la donna à M. Fouquet pour le payement d'un des termes de sa pension 2. Les descriptions en sont charmantes , et montrent un homme qui voyoit bien ce qu'il voyoit, et qui savoit bien dire ce qu'il venoit de voir, quoi que La Bruyère en ait dit 3.
Scarron mourut le 14 d'octobre 1660 : ilvouloit, avant de mourir, faire une satire contre le hoquet. La Fontaine fit là-dessus cette épigramme 4 :
Scarron , sentant approcher son trépas ,
Dit à la Parque : « Attendez ! Je n'ai pas
Encore fait de tout point ma Satire.
— Ah ! dit Cloton , vous la ferez là-bas :
Marchons, marchons , il n'est pas temps de rire. »
1 T. I , p. 45. — 2 T. II, p. 1. — 3 « Un homme paroît » grossier, lourd, stupide; il ne sait pas parler, ni raconter ce » qu'il vient de voir. S'il se met à écrire , c'est le modèle des » bons contes ; il fait parler les animaux, les arbres, les pierres, » tout ce qui ne parle point : ce n'est que légèreté, qu'élégance, «que beau naturel, et que délicatesse dans ses ouvrages. » (Chap. xn des Jugements.) — 4 T. I, p. 18. L'éditeur dit simplement : Epigramme sur un mot de Scarron gui étoit pris de mourir. Il a oublié de dire quel étoit ce mot, ou plutôt ce bon mot, et Marais nous apprend qu'il mouroit avec le regret de n'avoir pas fait une satire contre le hoquet , qui probablement le tourmentoit alors.
xxxii HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
II fit aussi, en ce temps-là, l'épifaphe d'un paresseux, qui est la sienne propre l ; celle d'un grand parleur - ; deux épigrammes tirées d'Athénée 3; un rondeau redoublé : Qu'un vain scrupule à ma flamme s'oppose 4, et nous finirons par là l'année 1660.
1661. — La grossesse de la reine, et l'arrivée en France de Madame (Henriette d'Angleterre) qui épousa Monsieur, frère du roi, le 31 mars 1661, fournirent à notre poète de quoi bien payer la pension de son protecteur. Il adressa donc à M. Fouquet une lettre en vers et en prose 5, où il est parlé de la grossesse de la reine, et une ode pour Madame. La lettre commence : Le zèle
1 Pélisson, en envoyant à Fouquet l'épilre qui commence par ce vers :
Je vous l'avoue , et c'est la vérité.
(T. I , p. 19 de notre édition.) écrivit de sa propre main, au bas de la copie que nous avons sous les yeux : « Je ne fais pas difficulté d'ajouter à celte » lettre, que M. de La Fontaine m'a envoyée, un tableau qu'il » fit de la vie d'un de ses proches, au lieu d'épitaphe, le jour » de sa mort , et une épigramme de six vers , que j'ai trouvée » assez belle et parfaitement bien appliquée au sujet, qui con- » vient à un paresseux. »
Jean s'en alla comme il éloit vena ;
Mangea le fonds après le revenu ;
Tint le travail chose peu nécessaire.
Quant à son temps, bien le sut dispenser :
Deux parts en fit, dont il souloit passer
L'une à dormir et l'antre à ne rien faire. On lit dans les imprimés, au deuxième vers : avec le revenu, et au troisième : tint les trésors.
Sous ce tombeau pour toujours dort...
Homme qui femme prend , etc.
NTe cherchons point eu ce bain , e!c.
5 T. II. p. 12.
DE M. DE LA FONTAINE. xxxm
que vous avez pour toute la maison royale méfait espérer que ce terme-ci vous sera plus agréable que pas un autre... La grossesse de la reine est l'attente de tout le monde. On a déjà consulté les astres sur ce sujet.
Quant à moi , sans être devin ,
J'ose gager que d'un Dauphin
Nous verrons dans peu la naissance.
Thérèse, accomplissant le repos de la France . Y fera, je m'assure , encor cette façon.
Il y fait entrer l'éloge du roi qui, après la mort du cardinal Mazarin , ne voulut plus avoir de ministre :
Un autre eût tout perdu , quand nous perdîmes Jule.
Mais de quel changement est suivi son trépas?
Louis , ne l'ayant plus , sait régir ses provinces : La machine de nos États, Qui , sans l'effort de cet Atlas , Eût fait succomber d'autres princes ,
Ne pèse point au nôtre , et non plus que les cieux
N'a besoin pour support que du maître des dieux.
L'ode i pour Madame est excellente, mais les beautés et les grâces merveilleuses de cette princesse étoient bien au-dessus de la poésie, et quelque effort que le poëte ait fait pour les représenter , il n'a pu porter l'élévation de l'ode jusque-là, et n'a trouvé que Vénus à qui la comparer. Voici comme il lui fait passer la mer :
Une troupe de zéphirs L'accompagna dans nos côtes.
C'est ainsi que vers Paphos On vit jadis sur les flots Voguer la fille de l'onde, Et les Amours et les Ris , Comme gens d'un autre monde.
Étonnèrent les esprits.
Pendant le conrs des malheurs.
xxxiv HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
Le 17 août, M. Fouquet donna au roi une grande fête dans sa belle maison de Vaux. La Fontaine en fit encore une description en vers et en prose, qu'il adressa à son ami Maucroix *. Tout y est vif, enjoué et gracieux. La jeune reine n'alla point à cette fête; elle étoit, dit-il, demeurée à Fontainebleau pour une affaire fort importante : Tu vois bien ( car il tutoyait son ami ) que je veux parler de sa grossesse; cela fit qu'on se consola. Les beautés de Madame, qu'il vit de bien près, l'éblouirent, et il dit d'elle, à propos des dames de la fête :
Toutes entre elles de beauté Contestèrent aussi, chacune à sa manière. La Reine avec ses fils contesta de bonté, Et Madame, d'éclat avecque la lumière.
Il dit , en parlant de Molière , qui y fît représenter la comédie des Fâcheux :
De la façon que son nom court ,
Il doit être par de-là Rome.
J'en suis ravi , car c'est mon homme !
Te souvient-il bien qu'autrefois
Nous avons conclu d'une voix
Qu'il alloit ramener en France
Le bon goût et l'air de Térence ?
Maintenant il ne faut pas Quitter la nature d'un pas.
Il déclaroit ainsi son goût pour la nature , qu'il a si bien suivie, et cela répond à ceux qui disent qu'il ne connoissoit que Marot et Rabelais. Nos gens d'aujourd'hui, ayant à parler d'un grand peintre, en exprimeroient-ils bien aussi poétiquement le caractère qu'il fait ici celui de M. Le Brun :
1 T. III, p. 136. « Si tu n'as pas reçu réponse à la lettre, » etc.
DE M. DE LA FONTAINE. xxxv
Le Brun , dont on admire et l'esprit et la main , Père d'inventions agréables et belles, Rival des Rapbaëls , successeur des Apelles, Par qui notre climat n'en doit rien au Romain.
Quelques jours après cette fête , M. Fouquet fut arrêté à Nantes, le 7 de septembre 1661. Les ris tournèrent en larmes, et c'est le sujet de cette élégie, qu'un bel esprit de nos jours l a trouvée pleine de traits délicats, et qui est en même temps si simple et si touchante. Elle commence 2 :
Remplissez l'air de cris dans vos grottes profondes ,
Pleurez , nymphes de Vaux
Vous l'avez vu naguère aux bords de vos fontaines, Qui , sans craindre du sort les faveurs incertaines , Plein d'éclat , plein de gloire , adoré des mortels , Recevoit des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels.
11 veut parler de la fête de Vaux, que M. Fouqiic! avoit donnée quinze jours auparavant :
Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits.
Ce vers plein de vérité représente bien l'horreur d'une prison. La pièce finit par cet autre vers, dont la pensée a paru hardie 3, mais portant vraie ,
Les destins sont contents : Oronte est malheureux.
1663. — La prison de M. Fouquet ayant duré longtemps, son poëte, qui dans son affliction ne pouvoit l'aider que de ses vers, adressa au roi une ode, pour lui demander sa liberté fi :
Depuis le moment qu'il soupire, Deux fois l'hiver en son empire A ramené les Aquilons.
' Pensées ingénieuses du P. Bouhours. — 2 T. 1 p. -i" -=* ;i Pensées ingénieuses du P. Bouhours.
Prince qui fais nos dèstintcj.
sxxn HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
II imite le roi à la guerre contre l'Allemagne et l'Italie :
Déjà Vienne est irritée
De la gloire aux astres montée ;
Ses monarques en sont jaloux;
Va t'en punir l'orgueil du Tibre; Qu'il se souvienne que ses lois \'ont jadis rien laissé de libre , Que le courage des Gaulois.
Il flatte ainsi le roi sur la valeur de sa nation invincible , même aux Romains , et c'est un grand trait d'ode ; puis, il passe à un trait touchant et tendre :
L'Amour est fils de la Clémence, La Clémence est fille des dieux .
Sans elle toute leur puissance Xe seroit qu'un titre odieux.
En cette même année 1663 , La Fontaine accompagna M. Jannart, substitut de M. le procureur général, qui alloit à Limoges par ordre du roi. La relation de ce voyage, qu'il écrivit à sa femme en vers et en prose, remplit quatre grandes lettres *. Les connoisseurs jugeront qui doit l'emporter, ou des grâces naïves de ce voyage raconté par un mari à sa femme, sans aucune affectation, ou des ingénieuses fictions du Voyage de Chapelle et de Bachaumont, préparées pour plaire, et qui ont produit un si grand effet dans tous les esprits. Xotrc poëte peint d'après nature. La première lettre est datée de Clamart , le 25 août 1663, pour parler du beurre et des laitages : il la finit par dire , faites bien des recommandations à notre marmot, et dites-lui que peut-être j'amènerai de ce pays-là (de Limoges) quelque beau petit chaperon, pour le faire jouer et lui tenir compagnie. On voit là qu'il avoit un fils. La seconde
1 T. II. p. 25.
DE M. DE LA FONTAINE. xxxvu
lettre contient le récit des aventures d'un coche, et une histoire galante en prose , qui ne doit rien aux contes en vers. Dans la troisième, on trouve une tradition fabuleuse et poétique des Bossus d'Orléans, écrite dans son style original, et qui ne peut manquer d'être admirée, même par les bossus. Ou y trouve encore une description magnifique de la Loire et de la Levée , et des traits d'un grand poète, qui lui échappent domestiquement avec sa femme. Il finit celle lettre par ces mots : Arous devons nous lever demain devant le soleil, bien qu'il ait promis , en se couchant, qu'il se leveroit de grand matin. Cependant j'emploie les heures qui me sont les plus précieuses à vous faire des relations , moi qui suis enfant du sommeil et de la paresse. Qu'on me parle , après cela, de maris qui se sont sacrifiés pour leurs femmes/ Je prétens les surpasser tous. Le voilà déclaré dormeur et paresseux, c'est ce qu'il a dit avec un tour si singulier dans un de ses contes i :
El par saint Jean, si Dieu me prèle vie, Je le verrai ce pays où l'on dort !
On y fait plus , on n'y fait nulle chose : C'est un emploi que je recherche encor.
Et dans son épitaphe, où il fait le partage de son temps:
Deux paris en fit , dont il souloit passer L'une à dormir et l'autre à ne rien faire.
La quatrième lettre exprime très-bien sa tendresse pour son protecteur, qui étoit alors prisonnier. Il voulut voir la prison où on l'avoit mis d'abord, à Amboise. \Tc pouvant la voir en dedans, il fut longtemps à en considérer la porte. Une circonstance si touchante prouve mieux la bonté de son cœur que la plus belle élégie, et
1 Le Diable de la Papejiguière
xxxviii HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
caractérise bien ce bon homme, à qui la douleur arrache une description qu'il ne vouloit pas faire :
Qu'est-il besoin que je retrace Une garde au soin nonpareil?
Chambre murée, étroite place , Quelque peu d'air pour toute grâce,
Jours sans soleil,
IVuils sans sommeil, Huit portes en six pieds d'espace?
Vous peindre un tel appartement , Ce seroit attirer vos larmes.
Je l'ai fait insensiblement:
Cette plainte a pour moi des charmes
Il y a dans cette dernière lettre une description de la ville de Richelieu, en quatrains. Elle finit par des réflexions sur le pouvoir du cardinal de Richelieu, qui auroit pu, lui qui pouvoit tout, faire passer aux pieds de cette ville, ou la rivière de Loire, ou le grand chemin de Bordeaux, et, au défaut, choisir un autre endroit pour bâtir.
Au reste, nous ne savons où le commentateur de Despréaux a pris que La Fontaine , après avoir plaisanté en mille endroits de ses poésies sur la galanterie et l'infidélité des femmes , ne laissa pas de se marier ; car il étoit marié et avoit des enfants avant l'année 1663, et, avant ce temps-là, il n' avoit point encore plaisanté sur les femmes; son conte de Joeônde, qui est son premier conte, et qu'il a intitulé d'abord : De l'infidélité des femmes, n'ayant paru qu'en 1664, comme on le peut voir dans le Journal des Savants de M. de Sallo , du 20 janvier 1665. 11 faut donc réformer ce commentaire, et en ce point et en bien d'autres, où la réputation de Despréaux, peu ménagée, souffre beaucoup par l'abus que l'auteur a fait de la confiance et de la candeur de ce grand homme. Il a avoué ses foiblesses à son amiv mais il n'a pas du croire que son ami les rendroit publiques.
DE M. DE LA FONTAINE. xxxix
On peut placer en cette même aimée une élégie pour «ri prisonnier i : Vous demandez, Iris, ce que je fais; et y remarquer ce sentiment d'un homme qui, comme ou l'a dit de Descartes , devoit avoir couché avec la nature :
Si l'on m'aimoit, je suis sûr que l'on m'aime : Mais m'aimoit-on? C'est là ma peine extrême ; Dites-le-moi, puis le recommencez.
Combien? Cent fois? Non, ce n'est pas assez. Cent mille fois? Hélas! c'est peu de chose. Je vous dirai , belle Iris , si je l'ose , Qu'on ne le croit qu'au milieu des plaisirs Que l'hyménée accorde à nos désirs ; Et sur ce point un tel soin nous dévore , Qu'en le croyant on le demande encore,
L'auteur du poëmc de la Grâce n'a pas dédaigné d'imiter ce dernier vers dans une matière toute sainte, et de dire des biens de la grâce :
Par des vœux enflammés mon âme les implore , Et quand je les reçois je les demande encore.
166V. — La ballade sur Escobar, dont le refrain est : Escobar fait un chemin de velours, que Richclet a citée en son Dictionnaire, au mot velours, et ses stances sur le même Escobar, sont de cette année '2.
1665. — Le poëme, ou l'idylle d'Adonis, comme il l'appelle lui-même, vient ensuite; quoique Adonis n'ait paru qu'en 1669, avec sa Psyché , car il dit, dans son avertissement 3, qu'il y a longtemps que cet ouvrage étoit composé : Je joins, dit-il, aux amours du fils , celles de la mère, et j'ose espérer que mon présent
1 T. I, p. 82. — 2 Ces stances, que Chardon de La Roclielte publia pour la première fois à la suite de l'ouvrage de Matthieu Marais, se trouvent dans toutes les éditions de Walckcnaer. (P. L ) — 3 T. IV , à la tête du poëme Adonis.
xl HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
sera bien reçu. Nous sommes en un siècle où on écoute assez favorablement tout ce qui regarde cette famille. On les sépare ici, parce que Psyché peut faire un volume à part *. La Fontaine y donne son caractère, dès le commencement :
Je n'ai jamais chanté que l'ombrage des bois, Flore , Echo , les zéphirs , et leurs molles haleines , Le vert tapis des prés , et l'argent des fontaines.
On y trouve ce beau portrait de Vénus :
Rien ne manque à Vénus , ni les lis , ni les roses , Ni le mélange exquis des plus aimables choses, Ni le charme secret dont l'œil est enchanté , Ni la grâce plus belle encor que la beauté
II nous apprend que, lorsqu'il a lait ce poënic, il s'étoit toute sa vie exercé dans ce genre de poésie , que nous nommons héroïque, qui est le plus beau de tous, le plus fleuri et le plus susceptible d'ornements. Alors il avoit une maîtresse, ou fausse, comme les poètes s'en font, ou vraie ; car il n'en manquoit point. C'est à elle qu'il dédie son Adonis :
Aminte, c'est à vous que j'offre cet ouvrage.
Mes chansons et mes vœux, tout vous doit rendre hommage ;
Trop heureux, si j'osois conter à l'univers
Les tourments infinis que pour vous j'ai soufferts.
L'églogue de Climène et d'Annetle peut fort bien accompagner le poème d'Adonis; elle est ancienne et dans le vrai style de bergerie , plus encore de Théocrilc que de Virgile -.
Et nous placerons aussi en cette année 1665 le sonnet pour mademoiselle d'Alençon , fille de Gaston , duc
1 Matthieu Marais parle ici de son édition projetée des OEuvres diverses de La Fontaine. (P. L.) : T. I , p. 84.
Je ne veux plus aimer, etc.
DE Al. DE LA FONTAINE. xu
d'Orléans, qui fut depuis mariée, le 15 juin 1667, à AI. le duc de Cuise K
Le Journal des Savants de Paris, du 26 janvier 1665, parle de la Joconde 2, de la Matrone d'Ephèse et du conte du Cocu battu et content. M. de Sallo, qui étoit d'un goût difficile, n'a pas bien jugé de la Joconde de notre poëte : il lui a presque égalé la misérable pièce de Bouillon. Despréaux en a bien jugé autrement dans cette excellente dissertation qu'il a faite exprès pour justifier le conte de La Fontaine. Le journaliste trouve aussi quelque chose à redire à la Matrone d'Ephèse, pour la pureté de la langue; et il dit, sur le conte, que La Fontaine a essayé des vers libres , et des vers imités du temps de Marot, et qu'il se propose, selon que l'un ou l'autre genre plaira, de s'en servir dans les ouvrages qu'il doit donner au public. Il les a tous deux suivis depuis dans ses compositions. Voilà les premiers contes qui avoient paru dès l'année 1664.
1667. — On vit paroître à Paris deux éditions de ses autres Contes et Nouvelles en vers , avec deux privilèges du roi , des 20 octobre 1665 et 6 juin 1667. Le public les reçut avec des applaudissements infinis 3. Comme le présent recueil4 ne contient ni contes ni fables, on n'a
1 Tome I , p. 53.
Ne serons-nous jamais affranchis des alarmes?
2 II y a un privilège particulier pour imprimer la Joconde. Il est du 14 janvier 1664; elle fut achevée d'imprimer le 10 janvier 1665. Elle éloit intitulée : Joconde, ou de l'infidélité des femmes. Il y en eut une dernière édition chez Barbin. en 1667, avec plusieurs autres contes : on en ôta la Matrone d'Ephèse. Le privilège de la seconde, de 1664, est dans cette édition , et il parut une troisième édition de ces mêmes contes, en 1669, chez Billaine. (Mole de i Auteur.)
3 On fit bientôt en Hollande une nouvelle édition des Contes.
4 C'est-à-dire le recueil des Œuvres diverses, que Matthieu Alarais avait préparé pour l'impression. (P. L,)
xlii HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
tiré de ces volumes que quelques pièces qu'il y a mêlées, qui ne sont ni de l'un ni de l'autre genre, et qui méritent d'être conservées. Telles sont la ballade : Je me plais aux livres d'amour { ; le fragment des Amours de Mars et de Vénus2; et Y Arrêt d'Amour ?, qui est une imitation des anciens Arrêts d'amours de Martial d'Auvergne, et que Benoît de Court a commentés en latin. On a déjà fort bien remarqué que La Fontaine, qui n'étoit pas assurément un grand critique, a pourtant, dans la Ballade des livres d'amour, décidé très-heureusement un point difficile sur l'ancienneté d'entre Achille Tace, auteur du roman de Clitojihon, et Héliodore, que les savants ignoroient, et qui se trouve vrai4 :
Clilophon a le pas par droit d'anliquité ; Héliodore put par son prix le prétendre.
Je remarquerai ici que la dissertation de Despréaux sur la Joco?ide est jointe à la deuxième édition des Contes depuis 1669. Despréaux voulut donc bien que cette pièce accompagnât les Contes publiquement , et c'est ce que son commentateur n'a point remarqué, en donnant depuis peu cette dissertation parmi les ouvrages de Despréaux. Il a, au contraire, voulu nous faire entendre que Despréaux, qui n'était pas homme à aban-
La Fontaine en parle à la fin de sa Coupe enchantée , et dit que cette impression lui fait plus d'honneur qu'il n'en mérite,
(Note de V Auteur.) 1 T. I, p. 27S.
Hier je mis Ghloris en train de discourir.
Voos devez avoir lu, etc.
Les gens tenant le parlement d'amoars.
4 II est bien prouvé aujourd'hui qu'Héliodore est antérieur à Achilles Tatius. Ainsi les rers de La Fontaine ne font point autorité,
DE M. DE LA FONTAINE. - xliu
donner le juste mérite de ses ouvrages , ne faisoit pas grand cas de cette dissertation. Il y a, dans cette même édition de 1669, deux préfaces en prose, où La Fontaine justifie, tant bien que mal, la licence de ses Contes. La gaieté de ces contes passe , dit-il, légèrement. Je craindrois bien plutôt uîk douce mélancolie, ou les romans les plus chastes et les plus modestes sont capables de nous plonger; ce qui est une grande préparation pour l'amour. On lui en fit une affaire auprès du roi : cela inquiéta un peu ses muses et lui inspira la ballade : Roi rraiment Roi l, où dans l'envoi il dit au roi, à qui on lui avoit conseillé de s'adresser :
Ce doux penser, depuis un mois ou deux , Console un peu mes muses inquiètes.
Quelques esprits ont blâmé certains jeux , Certains écrits , qui ne sont que sornettes , Si je défère aux leçons qu'ils m'ont faites, Que veut-on plus? Soyez moins rigoureux; Plus indulgent , plus favorable qu'eux.
On raconte qu'ayant voulu donner cette pièce au roi , un grand seigneur le présenta. Mais , après l'avoir bien cherchée dans ses poches, il ne la trouva point; il l' avoit oubliée, et le roi lui dit avec bonté que ce seroit pour une autre fois.
Il nous apprend lui-même que les critiques trouvoient de l'obscurité dans ses Contes. Il dit, dans une de ses fables à mademoiselle de Sillery 2 :
Mes contes , à son avis ,
Sont obscurs : les beaux esprits
N'entendent pas toute chose.
1669. — C'est en cette année 1669 que parut la Psyché, dont nous avons déjà parlé. Elle est dédiée à
2 Tirets et Amarante :
J'avois Ksope qaillO.
xliv HISTOIRE DE LA Vltt ^T DES OUVRAGES
madame la duchesse de Bouillon. Le privilège est du 2 mai 1668 ; elle a été réimprimée en ces derniers temps , et on y a reconnu que La Fontaine est bien audessus d'Apulée, et pour le récit et pour les inventions. Le savant homme ' qui a fait des additions au Menagiana (t. IV, p. 153) l'appelle l' admirable Psyché , et y renvoie, pour voir l'effet de la beauté, lorsque Psyché entre dans le temple de Venus. Nous y renvoyons aussi les lecteurs, afin qu'ils connoissent combien notre poëte étoit spectator formarum elegans.
Madame de Bavière, Mauricette Febronie de La Tour, fille du duc de Bouillon (Frédéric Maurice), qui avoit épousé le prince Maximilien de Bavière, le 24 février 1 668, à Château -Thierry, voulut avoir une lettre de La Fontaine sur ce qui se passoit dans le monde; et il lui en écrivit une, d'une variété surprenante2, où il lui parle de l'élection du roi de Pologne, à laquelle on travailloit alors, du mérite de tous les prétendants, de la guerre de Candie, puis de tous messieurs de Bouillon, qui étoient frères de madame de Bavière, et il fait le portrait de chacun ;
Deux de vos frères sur les flots
Vont secourir les Candiots3.
0 combien de Sultanes prises.
Que de croissants dans nos églises !
Quel nombre de turbans fendu !
Tête et turban, bien entendu.
Les vers suivants sont une prédiciion du chapeau de cardinal, que M, le cardinal de Bouillon obtint quelque temps après :
Le duc d'Albret donne à l'étude
Sa principale inquiétude.
1 La Monnoye,
2 Tome I , p. 57.
Votre Aliesse SérénisBime.
3 Ce fut en 1069 que ce secours fut envoyé en Candie.
DE M. DE La FONTAINE, xi.v
Toujours il augmente1 en savoir; Je suis jeune assez pour le voir Au-dessus des premières têtes.
Son bel esprit, ses mœurs honnêtes, L'élèveront à tel degré, Qu'enfin je m'en contenterai.
Il eut bientôt lieu d'être content, car le duc d'Albrct fut créé cardinal du titre de Saint-Pierre-aux-licns , le 4 d'août de cette même année 1669, par le pape Clément IX, à la nomination du roi. Le poète, ravi de sa prophétie, en fit ces vers * :
Je n'ai pas attendu pour vous un moindre prix; De votre dignité je ne suis point surpris : S'il m'en souvient, seigneur, je crois l'avoir prédite. Vous voilà deux fois prince, et le rang glorieux Est en vous désormais la marque du mérite, Aussi bien qu'il l'étoit de la faveur des cieux.
Pendant qu'il écrivoit sa lettre, l'élection se fit en Pologne. Tous les prétendants étrangers furent exclus, et l'argent employé par eux devint inutile :
On s'est en Pologne choisi
Un roi dont le nom est en ski 2?
Notre argent, celui des États ,
Et celui d'autres potentats ,
Bien moins en fonds, comme on peut croire,
Force santés aura fait boire,
Et puis c'est tout. Je crois qu'en paix.
Dans la Pologne désormais ,
On pourra s'élire des princes ,
Et que l'argent de nos provinces
Ne sera pas, une autre fois,
Si friand de faire des rois.
1 T. I .. p. 62. — 2 Ce fut Michel Konybul Wisniowieczki qui fut élu le 19 septembre 1669, et couronné le 29.
xlvi HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES
Ainsi notre poète avoit l'œil à tout, parloit de tout, et parloit de tout très-bien. Sur la fin de ses jours, il écrivoit des lettres à M. le prince de Conti et à M. de Vendôme *, dans le même genre. Son commerce dans tous les temps a toujours été avec tout ce qu'il y avoit de plus grand.
1671. — \Tous avons beaucoup à dire sur l'année 1671. Le 27 janvier de cette année, Barbin acheva d'imprimer à Paris un nouveau tome des Contes et Nouvelles en vers , avec privilège.
On y trouve :
1. Les Oies de Frère Philippe, tiré du prologue de la quatrième Nouvelle de Boccace.
2. La Mandragore , tirée d'une comédie de Machiavel , que Rousseau a excellemment traduite depuis en français, et qui a été mise en Angleterre dans le Supplément de ses ouvrages.