‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 6 sur 144 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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du livre do Rabelais, que des précieux du siècle de Louis XIV ont osé traiter de bouffon insipide. Le cardinal Du Bellay envoyait dîner avec les laquais quiconque n'avait pas lu le livre! Enfin, il importe peu que les Nouvelles publiées sous le nom de la Reine de Navarre soient sorties ou non de la plume d'un de ces valets de chambre lettrés, qu'elle s'attachait par des bienfaits, et plus encore par sa beauté et son mérite incomparables: les Comtes et joyeux Devis de Bonaventure Des Périers ne sont peut-être que des lambeaux de XHeptaméron inachevé.

Ce que touche une main royale devient or : le Conte fut partout le bienvenu , et tandis que , dans chaque ville de France, parents, amis et voisins se réunissaient le soir pour banqueter et conter à frais communs , les imitateurs de Rabelais et de la Reine de Navarre accaparèrent et gardèrent longtemps la fortune que leurs modèles avaient eue. Noël Du Fail, sieur de la Hérissaye , voulut prouver, par ses Contes d'Eutrapel , que l'utilité des contes facétieux est grande, et, par ses Discours d'aucuns propos rustiques, qu'où pouvait trouver goût aux naïfs récits des paysans. Le docte Henri Etienne, pour faire l'apologie de son cher Hérodote, n'imagina rien de mieux que de publier un volume de contes , qu'il se défend d'avoir enrichis , sous ce titre : Introduction au traité de la Conformité des Merveilles anciennes avec les modernes. Tabourot, fidèle à sa devise : A tous accords , qui fut aussi celle de Henri III, montra un talent varié dans ses Bigarrures et Touches, comme dans ses Escraignes Duonnoises. Le sieur Gaulard, l'une de ces personnes de si bonne pâte et heureuse rencontre , qu'ils semblent nés pour faire rire les autres , dut sa joviale réputation à la plume badine du même Tabourot, qui rédigea pour rire les contes les plus gras du gentilhomme franc-comtois. Bouchet, sieur de Boncourt, dédia aux marchands de Poitiers ses Serées, dont

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les discours libres et gaillards se ressentent de l'ancienne prudhomie du bon vieux temps. Beroalde de Verville, tout chanoine qu'il était, ou parce qu'il était chanoine, gâta son Moyen de parvenir à force de grossièretés; etd'Ouville s'appropria beaucoup de bien d'autrui dans ses Contes aux heures perdues. Le Conte s'empara, pour ainsi dire , de tous les instants de la vie : non-seulement les Serèes de Bouchet furent accompagnées des Facétieuses Journées de Gabriel Chappuis et de la traduction des Facétieuses Nuits de Straparole, mais encore le seigneur de Cholières imagina ses Neuf Matinées , pour inviter la compagnie qu'il avait aux champs à se dégourdiret aiguiser l appétit au dîner , puis, ses Après-Dinées, pour empêcher sa compagnie de dormir au sortir de table , parce que le veiller est plus gentil, mieux séant, de meilleure et plus honnête grâce. Le seigneur d'Yver, pour équivoquer sur son nom , intitula Printemps un recueil de contes, entremêlés de ces digressions savantes, morales et philosophiques, qui avaient été mises à la mode par les Diverses Leçons de Pierre Messie , traduites de l'espagnol par Claude Gruget, l'éditeur de la Reine de Navarre. Duvcrdier, sieur de Vauprivas, voyant par le peu de succès de son Compseutique que les contes perdaient de la faveur qu'on avait coutume de leur accorder en France , essaya de les rajeunir en les enveloppant de leçons débitées d'un style sérieux et dogmatique. Ce fut aussi sous le titre de Diverses Leçons , qu'il imprima un choix de ses lectures, divisé par livres et par chapitres. Ce volume, réimprimé plusieurs fois, fut sans doute assez goûté, puisque Louis Guyon, sieur de la Nauche, fit paraître à son tour trois gros volumes de Diverses Leçons, plus ennuyeuses que les précédentes, en ce que les anecdotes y sont plus rares; ce n'étaient déjà plus ces bons contes à la gauloise, avec lesquels on oubliait la peste et la guerre civile. Enfin, les Nouvelles Tragiques de l'Italien Bandello, traduites ou plutôt para-

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phrasécs et gâtées par Boaistuau et Belleforêt, furent les derniers soupirs du Conte au seizième siècle , immortel phénix que cent ans plus tard La Fontaine devait extraire de la poussière de ces bouquins de haute graisse.

La plupart de ces bouquins sont aujourd'hui rares ou introuvables , la plupart imprimés avec une orthographe et des caractères gothiques, la plupart d'ailleurs illisibles aux dames; cependant c'est là le dépôt du véritable esprit français ; et ce précieux dépôt presque ignoré finira par disparaître tout à fait, car les étrangers recherchent volontiers nos curiosités bibliographiques. N'y aurait-il pas intérêt et profit pour les gens du monde à visiter les ruines du Conte, qui n'ont jamais eu de cicérone? Il y a tant de perles à tirer du fumier d'Ennius! Les dames se fàcheraient-elles de connaître, d'un ouvrage bizarre , comique et original, ce qui peut leur en être présenté avec les exigences polies de notre siècle? Le fruit défendu a tant de charmes depuis Eve!

Sans doute le goût a bien varié du quinzième siècle au nôtre : les Cent Nouvelles nouvelles furent mises en terme et sur pied au commandement et avertissement du très -redouté seigneur Louis onzième; l'Heptamêron parut sous la permission du roi, et sous les auspices de très - illustre et très - vertueuse princesse , madame Jeanne de Foix , reine de Navarre; mais les Contks de La Fontaine, qui n'avait pas choisi d'autre Mécène que la Champmeslé , soulevèrent l'indignation du roi, et le lieutenant de police en supprima l'édition , comme remplie de termes indiscrets et malhonnêtes , et ne pouvant avoir d'autre effet que celui d'inspirer le libertinage; tandis que Vergier, commissaire de la marine, un des copistes de La Fontaine , se faisait cent protecteurs à la cour, en dédiant aux dames ce qu'il appelle innocent badinage, même parfois lascif libertinage , et en pratiquant lui - même avec éclat ses préceptes iV amant distrait et de vaporeux ivrogne,

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