‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 80 sur 144 · V. LE CAS DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

V. LE CAS DE CONSCIENCE

Les gens du pays des fables

Donnent ordinairement

Noms et titres agréables

Assez libéralement ;

Gela ne leur coûte guère :

Tout leur est nymphe ou bergère ,

Et déesse bien souvent.

1 Manuscrits de Conrarl :

Pour en donner l'exemple à d'autres gens.

2 Les dix derniers vers de ce conte ont été retranchés, à partir de l'édition de 1685. Dans les éditions précédentes , le dernier vers seul avait été ainsi modifié :

Qui fasse aller cette affaire au bonnet.

Horace n'y faisoit faute :

Si la servante de l'hôte

Au lit de notre homme alloit,

C'étoit aussitôt ïlie ;

C'étoit la nymphe Egérie;

C'étoit tout ce qu'on vouloit*.

Dieu , par sa bonté profonde ,

Un beau jour, mit dans le monde

Apollon son serviteur,

Et l'y mit justement comme

Adam le nomenclateur,

Lui disant : u Te voilà ; nomme ! »

Suivant cette antique loi ,

Nous sommes parrains du roi.

De ce privilège insigne,

Moi, faiseur de vers indigne,

Je pourrois user aussi

Dans les contes que voici;

Et s'il me plaisoit de dire ,

Au lieu d'Anne, Sylvanire,

Et , pour messire Thomas ,

Le grand druide Adamas,

Me mettroit-on à l'amende?

Non; mais, tout considéré,

Le présent conte demande

Qu'on dise Anne et le curé.

Amie, puisque ainsi va, passoit dans son village Pour la perle et le parangon 2.

Etant un jour près d'un rivage , Elle vit un jeune garçon

1 Allusion à ces vers d'Horace :

Hœc ubi supposuit dextrum corpus mihi laevo, Ilia et Egeria est : do nomen quod libet mihi.

(Lib. I, sat. u, v. 125-126.)

2 Modèle phénix; de l'italien parangone.

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