‹ Contes et nouvelles de La FontaineChapitre 9 sur 144 · Deux imitations d' Anacrêon · texte numérisé non relu

Deux imitations d' Anacrêon

j 2. Le petit Chien qui secoue de l'argent et des jrierreries , Nouvelle tirée de l'Arioste.

Et ils se trouvent tous dans les recueils des Contes, qui ont été faits de temps en temps, mais on n'y a mis dans

1 On trouve ees lettres clans !e (orne II.

DE M. DE LA FONTAINE. xlvii

.aucun deux belles pièces de ce recueil de 1671 , qui est devenu fort rare, et qui sont comme perdues. L'une a pour titre : Le différend de Beaux Yeux et de Belle Bouche ' , où chacun plaide sa cause devant le juge d'Amathonte. Belle Bouche dit, entre autres choses :

J'ai bien plus d'un métier; Mais j'ignore celui de répandre des larmes ; De bon cœur , je le laisse à Beaux Yeux tout entier.

Belle Bouche fait des soupirs, Tels à peu près que les zéphirs Dans la saison des violettes.

Beaux Yeux répliquent :

Que c'est par eux qu'amour s'introduit dans les cœurs. Pourquoi leur reprocher les pleurs ?

Il ne faut donc pas qu'on soupire?

L'avocat de Beaux Yeux fit sa péroraison :

Des regards d'une intervenante.

Cette belle approcha d'une façon charmante... Philis eut quelque honte, et puis sur l'assistance Répandit des regards si remplis d'éloquence ,

Que les papiers tomboient des mains.

Belle Bouche avoit peu de chose à opposer à des regards si vifs , et qui se font voir dans ces vers presque aussi fortement que dans les yeux. Cependant elle gagna sa cause , par une raison que l'on verra dans sou plaidoyer :

On préféra Belle Bouche à Beaux Yeux:

Belle Bouche baisa son juge, de son mieux.

La seconde pièce est une comédie intitulée Climène2, dont les personnages sont : Apollon, les neuf Muses et

Belle bouche et heaui yeux, ele.

2 T. II, p 175.

xi.i in HISTOIRE DE LA VIE ET DES OUVRAGES

Acante. La scène est au Parnasse. Les Muses y louent, Climène, chacune suivant leur caractère : les louanges y sont fines, délicates, friponnes, car c'est un terme de cette comédie. Elle se dénoue galamment en faveur d'Acante , qui fait le récit d'une aventure heureuse pour lui, et d'une faveur d'amour très-singulière. Le poëte y montre qu'il savoit atteindre à tous les genres. Mais l'on ne sait s'il est permis de flatter le goût des lecteurs sur une pièce, dont quelques endroits sont un peu trop libres. Prenons seulement quelques traits personnels : Apollon se plaint qu'on ne sait plus parler d'amour :

Les belles n'ayant pas préparé la matière , Amour et vers , tout est fort à la cavalière. Adieu donc , ô beautés , je garde mon emploi Pour les surintendants sans plus , et pour le roi.

Il semble donc que cette comédie ait été faite du temps de M. Fouquet, et nous l'aurions dû placer d'abord. Mais en quel temps précisément? On ne le sait pas. Acante est La Fontaine lui-même, qui fit cette galanterie pour une maîtresse qu'il avoit prise en arrivant de province :

La province, il est vrai, fait toujours son séjour; Ainsi l'on n'en fait point de bruit en votre cour.

Il dit de l'amour :

Ce mot renferme en soi je ne sais quoi de doux ; Un son qui ne déplaît à pas une de nous.

Et un bel esprit de nos jours *, dont la moindre qualité est d'être poëte, s'est souvenu de ces vers dans une églogue , où il a dit de même :

Ces mots plairont toujours , n'eussent-ils que le son.

Apollon ne se rebute pas, quand on lui dit qu'Acantc est fou, et qu'il est dans l'excès pour Climène :

A Fontenelle , IXe églogue : Ismene.

Voua qui par vos allra ts , à peine encor fournis.

DE M. DE LA FOX'TAiXE. xlis

Tant mieux , j'en suis fort aise , IVous le demandons tel. Je ne vois rien qui plaise , En matière d'amour, comme les gens outrés.

Thalie fait un portrait très-reconnoissable dp notre poète, qui s'est peint ici lui-même :

Sire, Acante est un homme inégal, à tel point,

Que d'un moment à l'autre on ne le connoit point.

Inégal en amour, en plaisir, en affaire ;

Tantôt gai, tantôt triste; un jour il désespère;

Un autre jour il croit que la chose ira bien.

Pour vous en parler franc , nous n'y connaissons rien.

Clio chante une Ballade à l'honneur de Glimèue , Apollon demande à Galliope des vers sur le ton de

Deux écrivains fameux, je veux dire Malherbe, Qui louoit ses héros en un style superbe ; Et puis maître Vincent ', qui même auroit loué Proserpine et Pluton en un style enjoué.

Puis, s' expliquant sur l'imitation :

Car vouloir qu'on n'imite aucun original ,

West mon but, ni ne doit non plus être le vôtre.

Hors ce qu'on fait passer d'une langue en une autre,

C'est un bétail servile et sot, à mon avis,

Que les imitateurs2; on diroit des brebis,

Qui n'osent s'avancer, qu'en suivant la première,

Et s'iroient, sur ses pas, jeter dans la rivière.

La décadence des arts et des sciences est prédite par Apollon, dans ces beaux vers qui marquent un temps qui ne viendra peut-être que trop tôt, et dont un académicien françois 3, zélé pour sa nation et pour sa langue , a fixé l'époque, dans la préface des OEuvres de M. de Tourreil :

1 Voiture

2 0 imitiUotes , set mm pecus!

(lion. , ep. I, xix, 19.)

3 L'abbé Massieu.

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