LA JUMENT DU COMPERE PIERRE
a Que ceci soit beau poitrail de jument ! » Puis, cette main dans le pays s'avance. L'autre s'en va transformer ces deux monts Qu'en nos climats des gens nomment tétons, Car, quant à ceux qui sur l'autre hémisphère Sont étendus , plus vastes en leur tour, Par révérence on ne les nomme guère.
Messire Jean leur fait aussi sa cour, Disant toujours , pour la cérémonie :
« Que ceci soit telle ou telle partie , Ou belle croupe, ou beaux flancs, tout enfin! .» Tant de façons mettoient Pierre en chagrin ; Et, ne voyant nul progrès à la chose, Il prioit Dieu pour la métamorphose.
G'étoit en vain; car, de l' enchantement Toute la force et l'accomplissement Gisoit à mettre une queue à la bête.
Tel ornement est chose fort honnête :
Jean, ne voulant un tel point oublier, L'attache donc. Lors Pierre de crier Si haut, qu'on l'eût entendu d'une lieue : « Messire Jean , je n'y veux point de queue ! Vous l'attachez trop bas, messire Jean! » Pierre à crier ne fut si diligent, Que bonne part de la cérémonie Ne fût déjà par le prêtre accomplie.
A bonne fin le reste auroit été, Si, non content d'avoir déjà parlé, Pierre encor n'eût tiré par la soutane Le curé Jean, qui lui dit : k Foin de toi ! T'avois-je pas recommandé, gros âne, De ne rien dire , et de demeurer coi ! Tout est gâté ; ne t'en prends qu'à toi-même ! » Pendant ces mots, l'époux gronde à part soi. Magdeleine est en un courroux extrême , Querelle Pierre, et lui dit : « Malhcurmx !
Tu ne seras qu'un misérable gueux Toute ta vie! Et puis, viens-t'en me braire! Viens me conter ta faim et ta douleur! Voyez un peu ! Monsieur notre pasteur Veut de sa grâce, à ce traîne-malheur * , Montrer de quoi finir notre misère :
Ulérite— t— il le bien qu'on veut lui faire? Mcssire Jean, laissons là cet oison?
Tous les matins, tandis que ce veau lie Ses choux, ses aulx, ses herbes, son oignon Sans l'avertir, venez à la maison; Vous me rendrez une jument polie, a Pierre reprit : k Plus de jument, ma mie; Je suis content de n'avoir qu'un grisou. »