‹ Contes et nouvelles (volume 2)Chapitre 20 sur 37 · DIRE ET FAIRE · texte numérisé non relu

DIRE ET FAIRE

La maison de poste d'Oberhaiisberg venait d'être mise en émoi par une voiture de voyage arrivant de Saverne et qui se rendait à Strasbourg. Maître Topfer, l'aubergiste, courait ça et là, donnant des ordres à ses domestiques et à ses postillons, tandis que le carrosse, dételé devant la grande porte cochère, était entouré d'enfants et d'oisifs qui se communiquaient leurs remarques.

98 sous LA TONNKTJF.

Pnrmi ces derniers se Iroiivail un homme a IVeil vif, au teint, basané, et dont l'accent saccadé formait un singulier contraste avec le langage tudesque des autres spectateurs. Maître Bardanou était, en effet, né dans le Midi; le hasard Tavait seul conduit à Oberhausberg, où il avait élevé, en face du maîlre de poste, une boutique de perruquier dont les contrevents bleus portaient la double inscription : Coupe de cheveux et barbe à tous prix; — On rase clans le (jenre marseillais.

Mêlé au groupe de curieux qui s'était formé près de la porte de Topfer, le perruquier prenait part à la conversation générale, dans un allemand dont nous donnerons suffisamment l'idée en disant que c'était de l'alsacien parlé par un Provençal.

— Avez-vous vu le voyageur, maître Bardanou lui demanda une vieille femme qui portait sous le bras un de ces paniers remplis de fil, d'épingles et de lacets, qui indiquent la mercière de carrefour. -

— Sans aucun doute, mère Hartmann, répondit le perruquier; c'est un gros homme, cpii a Tair d'avoir plus de ventre que de cerveau.

On remarquera que maître Bardanou avait le goût des épigrammes, et passait à Oberhausberg pour un esprit singulièrement «rr/z/c^^'.

Ceux (jui entendirent sa plaisanterie sur le nouvel arrivé y répondirent par un gros rire auquel la mère Hartmann conmiença par prendre part; puis, secouant la tête d'un air capable :

— Mieux vaut des rentes que de Tespril, mon voisin,

DIKE KT FAIRE. \yj

reprit-elle en regardant le perrnquier; car avec de l'esprit on marche à pied, tandis que les rentes font rouler carrosse.

— Ce que vous dites là est une grande vérité, mère Hartmann, répondit le Provençal d'un air profond; et cependant Dieu sait où va souvent la richesse! Cet étranger qui arrive, par exemple, je voudrais qu'on m'apprit ce qu'il a fait pour mériter de voyager en équipage.

— Taisez-vous, Bardanou, c'est un baron! interrompit tout à coup une voix fraîche et riante.

Bardanou aperçut la filleule de maître Topfer, qui venait de paraître sur le seuil de raubcrgc.

— Un baron ! répéta-t-il, qui vous a dit cela, Nicette ?

— Le grand laquais qui le suit, répliqua la jeune lille; il a déclaré que M. le baron ne pouvait pas être servi dans la salle commune, et qu'il fallait tout porter dans la grande chambre du balcon.

Les curieux relevèrent la tête : la chambre dont parlait Nicette était précisément placée au-dessus d'eux, et la fenêtre en était ouverte ; mais le rideau abaissé ne permettait d y rien voir.

— Ainsi, c'est là que vous lui avez mis le couvert? demandala mère Hartmann, en désignant du regard la chambre au balcon.

— Pas moi, dit la jeune fille ; M. le baron n'a voulu ni de notre porcelaine ni de nos verres de cristal ; il porte toujours avec lui un service en argent, et j'ai vu .son valet le retirer d'une grande boîte en ébcm*.

Il s'éleva dans la foule un murmure de surprise et d\admiralion ; le Provençal seul haussa les épaules.

— C'est-à-dire que M. le baron ne peut ni boire ni manger comme les autres chrétiens, reprit-il ironiquement; il lui faut une chambre à part et de la vaisselle plate. Le grand roi Salomon avait raison de dire : Vanités des vanités^ tout nest que vanité.

— Allons, Bardanou, vous allez encore dire du mal du prochain! interrompit Nicette en souriant.

— Du prochain! répéta le perruquier; est-ce qu'un baron est mon prochain? Laissez donc, je le connais déjà, votre gros homme; il ressemble à tous les grands seigneurs que nous voyons passer ici. Avez-vous entendu comme il a appelé son valet qui était resté pour parler à maître Topfer : — Je vous attends, Germain, je vous attends ! . . . — Comme si le pauvre diable n'avait point droit de causer un moment. Ce baron-là doit être un véritable tyran.

— Ah ! qu'est-ce que vous dites là, Bardanou? s'écria Nicette ; Dieu fasse que vous vous trompiez ! Savez-vous pourquoi il se rend dans le duché de Bade?

— Nullement.

— Son domestique me Ta dit, reprit la jeune fille en baissant la voix : il va se marier.

— Se marier?

— Avec une riche héritière du pays, une veuve...

— Qull ne connaît pas, sans doute.

— Je n'en sais rien.

— Il ne doit point la connaître; ces gens-là se ma-

DIRE KT FAIRE. iOl

rient comme on fait le commerce, par correspondance; ils ne songent qu'à satisfaire leur cupidité.

— Taisez-sous, Bardanoul interrompit vivement Nicette; vous êtes toujours prêt à juger mal des autres sans les connaître...

— Etj'en juge plus mal quand je les connais, ajouta le Méridional.

— Vous savez bien pourtant que tout le monde ne se marie point pour s'enrichir, reprit la jeune fille en rougissant un peu et en lui lançant un regard détourné ; il y a encore des gens qui ne consultent que leur amitié...

— Gomme moi, par exemple, continua gaiement Bardanou, qui prit la main de Nicette, et la força à le regarder.

— Il ne s'agit point de ça, dit précipitamment la jeune fille.

— Pardonnez-moi, pardonnez-moi, s'écria le Provençal; vous savez bien, Nicette, que je ne cours pas après des héritages, moi, et que je ne vous trouve pas moins jolie parce que le père Topfer a déclaré qu'il ne vous donnerait point de dot. Mais moi je suis un original, ma clière, un philosophe, comme dit votre parrain ; j'ai sur tout ça des idées qui ne ressemblent pas à celles des autres. Aussi mon sang tourne quand je vois des hommes comme votre baron, pour qui la fortune n'est qu'un instrument de vanité, de tyrannie, d'avarice, et je ne puis m'empêcher de penser que si j'étais a leur place je ferais plus d'honneur au choix de la Providence.

d02 sous LA TONNELLE.

— Reste à savoir, maître Bardanou ! fit observer la vieille mercière; la fortune vous retourne drôlement les caractères.

— Quand on n'a point de principes ! s'écria vivement le Provençal; quand on se laisse emporter à tout vent qui passe, comme un cerf-volant. Mais moi je sais ce que je veux et ce qu'il faut, mère Hartmann; j'ai ma philosophie. Je deviendrais riche d'un moment à Tautre, voyez-vous, que je ne changerais pas plus que le clocher de notre église. Vous me verriez toujours aussi juste, aussi peu intéressé et aussi bon enfant.

La défiance de lui-même n'était point, comme ou le voit, le défaut de Bardanou. Tout ce qu il retirait à son prochain en moralité et en bon sens, il le reportait à son compte avec une scrupuleuse exactitude. Aussi content de sa personne que mécontent de celle des autres, il eût volontiers reproché à Dieu d'avoir fait Thomme à son image au Heu de l'avoir fait à l'image de Bardanou.

Une fois amené sur ce terrain, il se laissa aller à une improvisation sans mesure. 11 expliqua longuement tout ce qu'il accomplirait de grand et d'utile si le hasard lui envoyait subitement un de ces oncles d'Amérique (pfon ne retrouve plus, même au théâtre. Il passa en reviu' toutes le:, vertus qu'il mettrait au grand jour, tous les mérites dont il donnerait la preuve, et il allait enlin s'accorder l'apothéose, lorsque le voyageur qui avait donné lieu h cette explication parut à ia porte de Tauberge.

C'était un homme de quarante ans, replot» un peu

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chauve, et dont les traits lourds eussent révélé Torigine allemande, si son accent ultra-gernianiciue eût permis le moindre doute à cet éi^ard. Cependant Tintelligence brillait au fond de son œil d'un bleu clair, et la prévention avait pu seule dicter au perruquier provençal le jugement qu'il en avait porté.

Le baron adressa au groupe formé devant la porte un salut paterne, et dit en so^uriant :

— Un joli endroit, messieurs, un joli endroit, et une belle journée !

Ceux auxquels il s'adressait se contentèrent de rendre le salut, mais sans répondre : l'Allemand ne parut point découragé par ce silence.

— J'espère, reprit-il toujours souriant, que le pays est bon et que Ton y vit heureux!

— On vit heureux partout quand on a le bonheur en soi-même, répondit sentencieusement Bardanou.

Le baron fit un signe d'assentiment.

— Ce que vous dites la est d'un grand sens, monsieur, répondit-il d'un ton de déférence, et j'espère que cette remarque est le fruit de votre propre expérience : celui qui comprend si bien le bonheur doit nécessairement le posséder.

— On fait ce qu'on peut, dit Bardanou, f^ne les manières du baron commençaient à adoucir ; il faut bien avoir de la philosophie, quand ou n'a pas autre chose.

— Aurjez-vous à vous plaindre de votre industrie? demanda Tétranger avec intérêt.

Le Trovençal plia les épaules.

104 sots LA TONNELLE.

— Je ne me plains jamais, monsieur le baron, dit-il gravement, vu qu'en semant des plaintes on ne recueille que des découragements; je coupe les cheveux, je fais mes barbes, je frise les faux-tours, et, pour le reste, j'attends une heureuse chance.

— Elle viendra, ditlebaron, soyez sûr qu'elle viendra; le hasard n'a point imité votre gouvernement, il a maintenu sa loterie, et on peut toujours y espérer un bon numéro.

— Tiens, à propos de numéros, nous en avons deux ! s'écria Nicette ; si nous allions gagner le château!

— Un château ! répéta l'étranger, qui devint attentif.

— Avec des terres et des forêts, acheva Bardanou. C'est un commis voyageur de Francfort qui est venu ici il y a trois mois pour en offrir, et Nicette m\i forcé d'en prendre un.

— Ne s'agirait-il point, par hasard, du domaine de Rovembourg?

— Je n'en sais rien; je n'ai regardé ai le nom ni le numéro ; mais je dois les avoir là.

Le perruquier chercha dans un vieux portefeuille, et en retira un prospectus et un billet.

C'est bien ça, dit-il après avoir jeté les yeux sur le prospectus : « Domaine de Rovembourg, situé à deux milles de Badewiller, a l'entrée de la Forêt-Noire. » Le billet gagnant devait sortir le 20 juillet.

— Aussi est-il sorti , répliqua tranquillement Tetranger.

— Et vous le connaissez?

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— C'est 06.

Bardanou porta les yeux sur son billet, poussa un cri, et devint pale.

— 66 ! balbntia-t-il. Avez-vous bien dit 66?

— Sans doute.

— Et vous êtes sûr que c'est le numéro gagnant?

— Je Tai vu affiché a Saverne.

— Alors le domaine de Rovembourg est k moi! s'écria le perruquier, qui chancelait.

— A vous? répéta le baron saisi.

— Voyez, voyez; j'ai 66!

Il montrait à tous son billet, qu'il élevait triomphalement au-dessus de sa tête. L'étranger, dont les traits s'étaient altérés, s'approcha vivement; mais, après aroir jeté les yeux sur le numéro, il poussa un cri de joie, et il ouvrait la bouche pour parler, lorsqu'il s'arrêta tout à coup comme frappé d'une réflexion, regarda Bardanou de cet air de bonhomie narquoise qui lui semblait habituel, et s'inclina en signe de félicitation.

La nouvelle de ce bonheur inespéré fut aussitôt connue chez le maître de poste, et se répandit de la dans tout le quartier. Le Provençal, qui s'était sauvé dans sa boutique, ne tarda pas à être assailli par la foule des voisins qui venaient le complimenter sur une fortune aussi imprévue. Il gardait encore quelques doutes au milieu de la joie ; mais le baron lui fit envoyer un exemplaire de la gazette de Francfort, qui renfermait tous les détails du tirage et confirmait la nouvelle de manière à ne laisser aucune incertitude.

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Bardanou supporta d'abord assez bien ce merveilleux changement. Après la première émotion de joie et de surprise, il reprit, en apparence, son sang-froid, et se mit à causer amicalement avec ceux qui venaient le complimenter : seulement sa voix était plus haute que de coutume, ses manières plus assurées, son affabilité plus majestueuse.Le perruquier tournait évidemment au grand seigneur. Il saluait de la main, rejetait la tête en arrière, parlait de ses projets avec une nonchalance superbe. 11 ne savait encore s'il irait habiter son château de Rovembourg; il avait toujours beaucoup aimé Oberhausberg; puis, comme Français, il se devait à la France.

Il ajouta quelques allusions à son projet de mariage avec Nicette, qui écoutait émerveillée et recevait les félicitations de ses compagnes.

Cependant le notaire averti était accouru afin d'indiquer à Bardanou les mesures qu'il devait prendre. La première, a son avis, était de partir pour Rovembourg même, où devaient se trouver réunies, dans quelques jours, toutes les parties intéressées. C'était là seulement que la prise de possession du nouveau propriétaire pouvait être régularisée.

Bardanou en tomba d'accord, et déclara qu'il voulait se mettre cn/oute à l'instant. Le marchand de vin proposa son char-à-bancs et le vigneron son cheval; mais Bardanou les remercia avec un sourire royal; dans sa nouvelle position, il ne pouvait voyager comme le premier venu; il fallait que son arrivée a Rovembourg fût en raj)port avec son titre : pour sa part, il était au-de^bii-

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(le pareilles vanités; mais il devait se soumeltre aux préjugés établis, respecter Tusage, ne point faire scandale. En conséquence, maître Topfer dut fournir sa meilleure chaise de poste et ses plus beaux chevaux. Le perruquier obtint, en outre, qu'il Tacconipagnerait avec Nicelte et le notaire , chargé de surveiller les actes de prise de possession. Par ce moyen, il pourrait se présenter a Rovembourg d'une manière convenable.

La filleule du maître de poste ne tronva aucune objection à un pareil arrangement. Elle ne se demanda pas si le Provençal l'attachait a son char de triomphe par amour ou par orgueil, et si elle devait y être une associée de joie ou seulement un ornement. Sans soupçons comme tous les cœurs simples, elle était reconnaissante du souvenir de Bardanou , et sentait que sou affection pour lui en était accrue.

Ainsi que nous l'avons dit, Tenivrement du perruquier fut d'abord modéré; il avait besoin d'habituer son esprit au changement qui venait de s'opérer; lui-même avait peine à y croire. Sa nouvelle position lui apparaissait comme un rêve qui, tout en ayant les apparences de la réalité, nous laisse un doute confus. Mais a mesure que la chaise de poste avançait, la certitude entrait de plus en plus dans Tesprit de Bardanou , et il sentait Tivresse lui venir. A chaque relais, ses façons prenaient quelque chose de plus aristocratique. Ses pensées , d'abord contenues dans de justes limites , s'échappaient en bouffées d'égoïsme ou d'orgueil auxquelles Nicette ne prenait pas garde, et que le notaire

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laissait passer par égar J pour ropulence de son nouveau client. Le bruit de révénemenl qui venait d'enrichir Bardanou avait gagné de proche en proche : les postillons le transmettaient aux postillons, et Ton répétait partout sur le passage du perruquier :

— Voilà le propriétaire du domaine de Rovembourgî De même qu'on disait au temps du Chat botté :

— Voilà Téquipage du marquis de Carabas ! Chacun de ces cris était comme un coup de vent qui

gonflait le cœur de Bardanou. Devenu un objet de curiosité et d'admiration , il se faisait à lui-même l'effet d'un prince qui voyage incognito. De temps en temps il se penchait à la portière afin de se montrer à ces braves gens accourus pour le voir; il les saluait de la tête; il jetait majestueusement des gros sous aux pauvres : pour peu qu'on l'en eût pressé, il eût donné sa main à baiser.

A la dernière auberge où il s'arrêta, il se plaignit du service; le linge était grossier; la vaisselle ébréchée, les couverts bosselés. Il déclara que, s'il quittait son château, il voulait avoir désormais, comme le baron, une argenterie de voyage. Le vin lui parut également indigne de lui, et il fallut lui apporter quelques bouteilles mises en réserve pour les grandes occasions.

Enfin le château de Rovembourg montra à l'horizon ses avenues de sapins, au-dessus desquelles apparaissaient les toits aigus de ses tourelles. Bardanou fit mettre la chaise de poste au pas, afin de mieux jouir de ce coup d'œil. IXicette poussait des cris d'admiration h la vue des prairies diapr<H^s de fleurettes: le nolaire estimait.

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\\ demi-voix, le rapport des champs et des bois, et maître Toi)fcr admirait ([uehpies chevaux (jui galopaient dans les pâturages.

Bardanou seul gardait le silence. A la vue des tourelles de Rovembourg, une nouvelle préoccupation venait de Tassaillir; il se demandait si aucun titre n'était attaché au domaine, et s'il ne pourrait point se faire appeler comte ou duc de Rovembourg ! Ce droit lui semblait maintenant le complément nécessaire de sa position; sans lui, maître Bardanou aurait toujours Tair d'un bourgeois enrichi : la fortune était bonne par elle-même, mais la noblesse semblait indispensable pour la bien porter.

Le perruquier en était là de ses réflexions lorsqu'ils arrivèrent à la porte du château. Nicette proposa de descendre; mais Bardanou tenait à entrer en maître dans sa nouvelle demeure. Il fallut attendre que le concierge, qui était absent, vînt ouvrir la grille devant la chaise de poste, qui pénétra dans la cour dlionneur au trot des chevaux, avec grand bruit de fouets et de grelots. Bardanou avait appris du gardien que les hommes d'affaires de Francfort ne devaient arriver que le surlendemain; mais que la nièce de l'ancien propriétaire, M"^^ de Randoux, était au château.

Celle-ci ne tarda pas, en effet, à paraître au haut du perron, où elle reçut le Provençal avec toutela grâce d'une femme du monde et toute la bonhomie d'une bourgeoise.

M"*^ de Randoux était une veuve de vingt-cinq ans, plutôt agréable que jolie, mais de manières élégantes et d'une conversation pleine de charme. Elle se montra

no SOLS LA TONNELLK

égalonieiil affable pour Bardaiiou oi poiir toute sa compagnie, qu'elle fit entrer dans un riche salon décoré à la Louis XIV.

Le perruquier y trouva le baron^ qui les avait précédés de quelques heures, et que la jeune veuve lui présenta comme un ancien ami. On servit des rafraîchissements, auxquels Bardanou lit honneur avec l'aisance d'un propriétaire qui use de ce qui lui appartient. M^® de Randoux proposa ensuite de visiter le domaine, et fit atteler son équipage, dans lequel elle monta avec le Provençal, en compagnie de Nicette et du baron.

Bardanou ne se possédait plus ; la joie et Torgueii l'exaltaient jusqu'au délire. Assis sur les coussins moelleux de la calèche, il regardait avec une pitié méprisante les paysans qui passaient à pied le long des routes ; il ne songeait plus à leur rendre leur saUit : ces gens n'avaient désormais rien de commun avec lui; c'étaient des hommes d'une autre espèce, bons seulement à fiiire travailler.

Il se montra médiocrement satisfait de la propriété, parla d'améliorations, d'embellissements, et finit par déclarer qu'il voulait faire de Rovembourg une vraie résidence princière. M"^^ de Randoux approuvait avec gaieté, le baron d'un ton plus réservé. Bardanou ne douta plus qu'il ne fut jaloux, et se promit de ne point ménager un sentiment aussi bas. En consé([uence, il continua à affecter des airs de seigneur, se plaignant des chemins, du mauvais état des clôtures, et de la négligence des gardes forestiers.

DIRF FT FAÏRK. Il l

Nicelte s interposait toujours ])()!ir excuser; mais Bardanou, qui trouvait que le mécontentement systématique donnait un grand air^ Tinterrompait en lui imposant silence, et la jeune lille interdite n'osait plus dire mot.

De retour au château, ce fut encore pis. L^incien perruquier trouva Tameublement mesquin, le service insuffisant. Il développa avec une nonchalance aisée les changements qu il voulait y apporter. 11 savait comment on monte une grande maison; il avait vu autrefois de près celle du prince de Groix, dont il était même un peu parent. Nicette, qui n^avait jamais entendu parler auparavant de cette parenté, ouvrit de grands yeux, mais n'osa rien dire, car Bardanou commençait à lui imposer.

Ces entretiens occupèrent la soirée. Lorsque le moment de se retirer fut venu , on conduisit le perruquier dans la plus belle chambre du château, où l'attendait un lit a estrade : les murs étaient garnis de portraits de différentes époques représentant les ancieiis seigneurs. Bardanou les salua avec une émotion presque respectueuse, comme il eût fait pour ses ancêtres. 11 commençait, en effet, à se croire descendant légitime de la maison de Rovembourg. Il ne s'endormit que fort tard, et se vit, en rêve, h la cour du grand-duc de Bade, la poitrine couverte de croix et de cordons.

Lorsqu'il se réveilla, le jour était déjà avancé. 11 allait se lever à la hâte, lorsqu'il se rappela qu'un homme comme il faut ne pouvait s'habiller seul. 11 sonna le valet

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de chaiiibre qui arriva sur-lc-cliainp, et coninienea sa toilette selon toutes les règles d'un certain monde.

Bardanou, qui ne voulait point paraître les ignorer, se laissa faire patiemment : seulement, quand on en vint à la coiffure, le souvenir de son art l'emporta, et, arrachant le peigne aux mains du valet tudesque, il lui donna une leçon pratique sur la disposition des faces et l'implantation du toupet.

Enfin , complètement habillé, il descendit au jardin, où il aperçut M"^^ de Randoux, qui revenait déjà d'une promenade matinale dans la prairie. La jeune veuve portait un élégant négligé, et était coiffée d'un chapeau de la Forêt-Noire, dont les larges bords llottaient jusque sur ses épaules. Les pieds humides de rosée, et tenant a la n)ain un petit bouquet de fleurs des champs, elle s'avançait le long des charmilles en chantant, à demivoix, une vieille mélodie de la Souabe. La course avait animé son teint, et la gaieté du matin semblait respirer dans tout son être.

Bardanou courut la saluer et lui baisa les mains, comme il avait vu faire au théâtre. La jolie veuve accepta son bras sans façon, et lui raconta son excursion à la lisière du taillis. Bien qu'elle eût presque toujours habité les grandes villes de l'Allemagne, M'"'' de llandoux aimait la campagne , et spécialement Rovembourg, où elle avait été élevée : aussi ne pouvait-elle se consoler de ce que son oncle, avant de mourir, eût consenti a mettre en loterie une propriété qui jusqu'alors n'était point sortie de leur f:\mille. Les deux cent mille

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florins dont celte spéculation avait accru son héritage étaient loin de lui paraître un dédommagement suffisant : elle y eût volontiers ajouté vingt mille florins de sa propre fortune pour rentrer en possession de Rovembourg et de ses dépendances.

Bardanou comprit que c'était une proposition indirecte qu'on lui adressait; mais il avait lui-même pris trop de goût au rôle de châtelain pour vouloir Téchanger contre une somme d'argent.

Il répondit en souriant à ]\r"^ de Randoux que, bien qu'il eût changé de propriétaire, le château de Rovembourg n'en était pas moins tout entier h sa discrétion, et qu'elle pouvait en disposer aussi librement que par le passé.

La veuve fit un signe d'impatience gracieuse.

— Allons, vous refusez de me comprendre, dit-elle en souriant; vous voulez que je sois reçue par vous a Rovembourg, tandis que c'est moi qui désirerais vous y recevoir.

— Qu'importe, pourvu que vous y soyez chez vous? fit observer galamment le Provençal.

— Chez moi? reprit gaiement I\r"^ de Randoux; vous seriez bien attrapé si je vous prenais au mot.

— Pourquoi cela?

— Parce qu'ime étrangère gène toujours dans un jeune ménage.

Et comme Bardanou fit un mouvement.

— Ah! pardon, ajouta-t-elle ; c'est peut-être encore

un secret ; mais M^^^ Nicette a été la première à se trahir.

— Mon Dieu ! interrompit le perruquier embarrassé, ce n'est encore qu'un projet...

— Que rien ne vous empêche maintenant de réaliser.

— Il est vrai.

— Et que M''^ Nicette vous rappellerait au besoin, je suppose, car elle trouverait difficilement à vous remplacer, monsieur de Bardanou.

Le perruquier s'inclina en rougissant de joie : c'était la première fois que Ton ajoutait à son nom cette particule glorieuse. W^^ de Randoux lui parut en ce moment resplendissante de beauté.

— Quoi qu'il en soit, reprit-elle, me voilà dépossédée sans espérance de revenir jamais dans mon cher Rovembourg; et cependant Dieu sait ce que j'aurais fait pour cela ! Si je vous avouais, par exemple, que j'ai failli acheter ce château au prix de tout mon avenir, que diriez-vous, monsieur de Bardanou?

Le Provençal eut un second éblouissement de vanité, et ne put que balbutier quelques mots entrecoupés.

— Oui, reprit la veuve, comme si elle eût répondu à son interlocuteur, au prix de mon avenir! Vous avez vu le baron de Robach, (jui est arrivé ici un peu avant vous?

Bardanou répondit affirmativement.

— Eh bien, c'est un ancien ami de notre famille, qui n/a toujours été fort attaché, et que mon mariage avec M. deRaudoux avait niéme paru contrarier. Depuis mon veuvage, il ni*a rendu beaucoup de services et m'a fait offrir sa main plusieurs fois: mais ma liberté me sou-

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riait; je in'et'trayais d^une union nouvelle, et j'avais toujours refusé. Eniîn, lors de la mise en loterie du château de Rovembourg, il fut témoin de ma peine, et me proposa, en riant, de Tépouser s'il gae;nait le château. Je le lui promis, et il prit pour cinquante mille llorins de billets. Jusqu'au tirage, j'ai craint qu'il ne gagnât, et aujourd'hui je suis désolée que Rovembourg soit allé à un autre. Près de quitter ce beau domaine, je trouve que ce n'eût point été Tacheter trop cher par le don de ma main.

Une pensée traversa, comme une flèche, l'esprit de Bardanou. Il regarda M^"^ de Randoux, qui mordillait, en souriant, son bouquet de fleurs sauvages; elle lui parut charmante. Il pensa en même temps qu'elle possédait une fortune double de la valeur du domaine de Rovembourg, et qu'elle appartenait à la meilleure noblesse du duché.

Toutes ces idées Tassaillirent à la fois et l'étourdirent. La veuve parut prendre le change sur son silence.

— Vous me trouvez bien folle, je parie, dit-elle.

— Nullement, répliqua Bardanou , qui fît un effort pour s'enhardir; je trouve seulement votre confidence dangereuse.

— Pourquoi cela?

— Parce qu'elle peut donner de singulières tentations au propriétaire actuel de Rovembourg.

— Que voulez-vous dire, monsieur de Bardanou? je ne vous comprends pas, dit ]\P"^ de Randoux avec un embarras qui protestait contre cette affirmation.

— Je veux dire, reprit le perruquier enhardi, que la

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convention faite à tout hasard avec le baron pourrait l'être plus sûrement avec celui qui a gagné le château.

— Avec vous ?

— Puisque Rovembourg a tant de charmes pour madame de Randoux, elle se résignerait peut-être, pour y rester, à agréer la recherche du nouveau propriétaire.

— Allons, c'est une plaisanterie, dit la veuve, en riant avec contraiute.

— Une plaisanterie si ma proposition offense madame de Randoux, reprit vivement le Provençal; une chose sérieuse si elle Taccueille sans colère.

— Mais vous n'y songez pas, monsieur de Bardanou ! N'avez-vous point des engagements antérieurs avec M"' Nicette?

— Aucun, madame. Tout s'est borné à de vagues projets.

— Cependant, si cette enfant a conçu des espérances...

— La raison Ty fera renoncer; Nicette doit comprendre qu'une nouvelle position impose de nouvelles obligations envers les autres et envers soi-même.

— Je crains qu'elle n'ait point, pour cela, assez de philosophie, objecta la veuve ironiquement.

— Je me charge de tout! s'écria le Provençal. Voici le baron; ne lui dites rien : dans une heure, j'aurai parlé a Nicette, et tout sera arrangé.

Il rentra en effet au cliciteau pour chercher la filleule du maître de poste. La conversation qu'il venait d'avoir avec M'"^ de Randoux lui avait porté le dernier coup ; il voyait, en un instant, sa fortune tii])lée, sa position éta-

DlHi: ET FAIHK. I 17

blie : c/était un second billet i^agiié à la loterie ! 11 ne pouvait laisser échapper sans folie une pareille occasion.

En réalité, d'ailleurs, aucun lien n'existait entre lui et Nicette. Il n'avait fait ni exigé aucune promesse. Obligés d'ajourner leur union, tous deux s'en étaient tenus à une de ces conventions tacites cpii ne nous engagent qu'envers notre propre cœur : aussi ne se crut-il tenu ii aucune justification. Mettant en oubli tout le passé, il parla à Nicette comme à une protégée dont on veut assurer le bonheur; il ne voulait pas être seul à profiter de l'heureux hasard qui l'avait enrichi ; il était décidé h la doter généreusement , et à assurer l'avenir de celui qu'elle choisirait.

La jeune fille écouta d'abord sans comprendre ; mais à mesure que Bardanou parlait, la lumière lui venait, et avec elle, une douleur d'autant plus cruelle, qu'elle était inattendue. Cependant elle ne dit rien. Pâle, les lèvres tremblantes, et retenant avec peine ses larmes, elle écouta jusqu'au bout les promesses du Provençal, et, quand il eut fini, elle se leva presque calme, et fit un pas vers la porte.

— Où allez-vous, Nicette? demanda Bardanou troublé de ce silence.

— Je vais repartir avec mon parrain, dit-elle simplement.

— Pourquoi maintenant? qui vous presse? reprit le perruquier.

Nicette ne répondit pas et sortit.

Bardanou sentit son cœur se serrer. Quelque fut son

aveuglement volontaire, de sourds reproches s'élevaient en lui ; son émotion protestait contre ses raisonnements. Il se leva, fit plusieurs tours dans le salon, cherchant en vain à reprendre son calme. 11 était triste et mécontent. 11 se rappela heureusement qu'il était à jeun, et sonna; mais le valet de chambre qui se présenta lui apprit que tout le monde avait déjeuné.

Bardanou, qui ne cherchait qu'un prétexte pour décharger sa mauvaise humeur , se plaignit de n'avoir point été averti ; le valet répondit que M. le baron ne lui avait point donné ordre de le faire.

Ce mot fut pour notre Provençal le signal d'une explosion.

— Le baron ! s'écria-t-il ; et depuis quand , drôle ! avez-vous besoin, pour me servir, des ordres du baron? Qui est maître ici, de lui ou de moi? A qui appartient Rovembourg?

— Je n'en sais encore rien, répondit brusquement le valet.

— Ah ! tu n'en sais rien! répéta Bardanou exaspéré; eh bien, je te l'apprendrai, maraud! sors d'ici, sors surle-champ, et ne t'avise jamais de reparaître devant moi.

Le \'à\ei alhut répliquer; mais le baron, qui venait d'entrer, lui lit un signe, et il se retira,

— Vous traitez bien rudement ce pauvre diable, monsieur Bardanou, dit-il en refermant la porte derrière lui.

— Je le traite comme il me convient, monsieur de Robach, répondit le Provençal avec hauteur, et j'ai lieu de m'étonner que d'autres que moi donnent ici les ordres.

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— D'abord, je vous ferai observer, reprit poliment le baron, que, comme exécuteur testamentaire de l'ancien propriétaire de Rovembourg, j'étais chargé de l'administration du château jusqu'à Tarrivée du nouveau possesseur.

— Et moi, reprit le perruquier, je vous ferai observer que ce nouveau possesseur est ici.

— Et vous en concluez?

— J'en conclus que chacun doit être maître chez soi. Le baron s'inclina.

— Incontestablement, dit-il ; reste à savoir chez qui nous sommes.

— Chez qui? répéta Bardanou étonné; parbleu! M. de Robach ne doit point l'ignorer, puisque c'est lui qui m'a fait connaître le numéro gagnant.

— Je me le rappelle parfaitement.

— Et vous n'avez point sans doute oublié non plus que ce numéro est 66, et que le voici, monsieur le baron?

Celui-ci se pencha pour regarderie billet présenté par le perruquier.

— Pardon, dit-il; mais je crois que M. Bardanou lait erreur.

— Comment?

— Il n'a pas pris garde que, sur son billet, le point précède les chiffres au lieu de les suivre.

— Eh bien, qu'est-ce que cela prouve?

— Cela prouve que M. Bardanou a lu son numéro en le renversant, et que ce numéro est 99.

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99! répéta le perruquier éperdu; que dites-vous ? mais alors, 66 ?

— Le voici, dit le baron en montrant un numéro.

— Quoi! c'est vous qui l'avez?

— Et l'authenticité de mon billet a été reconnue par l'administration de Francfort elle-même; toutes les formalités sont remplies : voici Tacte qui m'envoie en possession du domaine deRovembourg.

Il tendait au Provençal un papier tacheté de timbres, de paraphes et de visas de toutes couleurs. Bardanou voidut le parcourir; mais un nuage couvrait sa vue, tout son corps tremblait; il fut obligé de s*asseoir.

La chute était aussi subite que Télévation, et il sentit que ses forces l'abandonnaient. Cependant, le premier étourdissement passé, il se redressa : à l'abattement succédaient le doute et la colère. Il regarda le baron en face.

— Alors, vous m'avez trompé à Oberhausberg? s'écria-t-il.

— Dites que je vous ai laissé votre erreur, répliqua M. de Robach.

— C'est une trahison et une cruauté, interronq)it Bardanou.

— Non, dit le baron avec tranquillité, mais un châtiment et nue leçon. Assis sur le balcon de Tauberge, derrière le rideau qui me cachait, je vous avais entendu me juger sans me connaître, accuser les riches de vanité, de tyrannie, d'ingratitude et de cupidité, en vous vantant d'échapper à tous ces défauts si la fortune vous

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favorisait a votre tour. Un hasard vous a fait croire que cette supposition s^icconiplissait; j*ai voulu voir si vos principes auraient le pouvoir que vous leur supposiez, et je vous ai laissé votre illusion.

— Ainsi, c'était une illusion? répéta avec accablement Bardanou, qui ne pouvait détacher ses yeux de sou billet retourné.

— Oui, dit M. de Robach plus sérieusement; mais ce qui n'en est pas une, maître Bardanou, c'est votre conduite à partir du moment où vous vous êtes cru propriétaire de Rovembourg. Depuis hier, dites-moi, le([uel de nous s'est montré le plus orgueilleux? Qui a été le plus dur envers les serviteurs? Est-ce vous ou moi dont la cupidité s'est éveillée par la position de M"^^ de Randoux? Et par quiNicette vient-elle d'être repoussée avec ingratitude?

Le perruquier, accablé, baissa la tête.

— Vous le voyez, reprit le baron après une pause : il faut être plus indulgent pour les autres et moins confiant en soi. Tous les hommes ont le germe des mêmes faiblesses ; les positions différentes peuvent les développer diversement. Pardonnez au riche de s'oublier, de s'endurcir, d'être aveugle, et il vous pardonnera votre aigreur, votre malveillance, votre envie. Le moyen d'améliorer les classes n'est point de les opposer Tune à l'autre, mais de les éclairer, chacune selon ses besoins.

— Et c'est pour donner cet enseignement que M. le baron m'a exposé à un pareil retour de fortune ? dit Bardanou amèrement ; j'ai été pour lui un sujet a observer;

il a voulu faire une expérience sur la chair vivante, sans s'inquiéter des suites que peut avoir un tel essai I

— Pardonnez-moi, maître Bardanou, répondit M, de Robacli; M^^^ de Randoux, qui était de moitié dans tout ceci, a déjà réparé le torique vous avez pu vous faire à vous-même; etlapreuve, c'est qu'elle vous ramèneNicette.

La fiUeide du maître de poste entra en effet avec la veuve. Celle-ci Tavait facilement consolée en lui persuadant que la riq)ture de Bardanou n'était qu'une épreuve, que le domaine de Rovembourg ne lui apparnait point, et qu'il l'aimait plus que jamais. Nicette crut tout ce qu'on voulut lui faire croire, et le Provençal, honteux de sa conduite, Taccueillit avec une tendresse si humble qu'elle en fut touchée jusqu'aux larmes.

Pendant ce raccommdement, le baron parlait à maître Topfer, et le faisait consentir au mariage du perruquier avec Nicette, h laquelle il voulut donner une dot de six mille florins.

Les deux liancés repartirent le soir même pourOberhausberg, où le niariage fut célébré un mois après. La leçon profita à Bardanou, sans le guérir toutefois complètement de ses inclinations critiques. Souvent encore il se laissait aller à de violentes sorties contre les riches et les puissants ; mais alors la jeune femme amenait, sans affectation, dans l'entretien, le nom de Rovembourg, et le Provençal retournait à ses pratiques.

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