‹ Contes et nouvelles (volume 2)Chapitre 19 sur 37 · R r.HiEN Di: TonîE. 9r · texte numérisé non relu

R r.HiEN Di: TonîE. 9r

— As-lii cette soinnic? deininula le marclian^l duii ton péremptoire.

— Je dois avouer que je ne la possède point, dit Tobie avec embarras ; mais...

Il fut inlerroiiipu par l'auberi^iste, qui lui annonça que son troupeau venait d'arriver à la porte de Thôtellerie.

— Mon troupeau! s'écria Tobie.

— Eh oui, pardieu ! dit Thompson en regardant a travers les vitres; je reconnais ton chien.

Le jeune berger courut à la fenêtre, et aperçut en effet Sirrah, qui avait de nouveau réuni une partie des moutons, et suivi sa trace à travers les sentiers non frayés.

11 éprouva d'abord une stupeur impossible à rendre. Cette fois la chose était irréparable : qu'il gardât ou non le troupeau que lui amenait Sirrah, le vol était constant, accompli, et pouvait être constaté par témoins. Il avait tout fait pour échapper au crime; mais maintenant il était commis malgré lui, et il ne restait plus qu'à décider s'il devait en profiter ou nou.

La tentation était trop forte; et quand l'homme de loi lui demanda a qui appartenaient ces brebis , il répondit avec une résolution désespérée :

— A moi.

— A toi! répéta Thompson; tu as donc hérité de ton oncle?

— J'en ai hérité, répondit le berger.

— Et qui t'empêche alors de les vendre et de partir pour VInde? fit observer le marcliand.

90 sous LA TONNELLE.

— En effet, dit Thompson, je puis te débarrasser de ton troupeau.

— Et vous le payerez comptant?

— Comptant.

— Soit, dit Tobie.

Tous deux descendirent pour voir les moutons , et rentrèrent au bout d'une heure ; le marché avait été conclu.

— Maintenant, dit Tobie au marchand, envoyez-moi à Londres; j^ai l'argent nécessaire, et je veux quitter le pays.

Il partit, en effet, le soir même. Mais le drifl n'avait duré que quelques heures dans la montagne, et le vol des brebis avait été bientôt découvert; Tobie fut dénoncé, poursuivi, et arrêté au moment où il s'embarquait pour l'Inde.

On le renvoya en Ecosse où son procès fut instruit, et où, selon la rigoureuse loi du pays, il fut condamné à être pendu.

Au moment où sa condamnation fut prononcée, Joliw Scott, qui avait été appelé en témoignage, joignit les mains douloureusement, et deux larmes vinrent à sespaupières.

— Hélas! Tobie, murmura-t-il, je te l'avais bien dit qu'il ne faut point essayer le mal même en jouant, et que les serviteurs corrompus nous induisaient en tentation!

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