LA LETTRK DE RECOMMANDATION
M. Tamiral, ce n'est pas le tout que d'avoir de bons bras.
— II me semble que c'est au moins le principal, répliqua M. de Rabou.
— Quand on ne peut donner pour garantie que sa probité !
— Tu en connais donc de meilleures?
— Et quand on n'a pas le bonheur d'être connu!... Le vieux marin le regarda en face.
— Oui; mais toi, je te connais, dit-il.
— Par la recommandation de M. Rovère, objecta le paysan.
— Non ! s'écria Tamiral, par celle que tu portes là , entre tes bras.
— Comment?... le chien...
— Le chien que tu as ramassé parce qu'il souffrait, que tu rapportes à une pauvre femme pour la rendre contente... Il n'y a pas de lettre de notaire qui puisse en dire autant que cela, vois-tu !... Je me moque de celle de maître Rovère, et que les cinq cents diables la brûlent! Quant à l'autre, elle est bonne, et la preuve, c'est que je te prends pour fermier de la Petite-Pommeraie.
Antoine ne pouvait d'abord en croire ses oreilles; il fallut que M. de Rabou lui répétât son assurance en le faisant rentrer. Le bail fut sur-le-champ signé, et le paysan en éprouva une joie d'autant plus vive, qu'il avait cru un instant toute espérance perdue.
L'amiral, du reste, ne sent tint pas à cette première préférence. Lorsqu'il connut mieux Antoine, il lui fit
des avances, agrandit son exploitation, et l'aida à acquérir une aisance, honorable parce qu'elle était méritée. Il se plaisait souvent à répéter lui-même l'anecdote du chien Brisquet, et ne manquait jamais d'ajouter, après l'avoir racontée, qu'un trait d'humanité devait être, aux yeux de tous les hommes , la meilleure lettre de recommandation.
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