‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 10 sur 93 · MINUTOLO · texte numérisé non relu

MINUTOLO

La chofe étant , pourfuit-il , fans remede ,

Le mieux fera que vous vous confoliez.

N’y penfez plus. Si pourtant vous vouliez,.. Mais bannilïons bien loin toute efpérance; Jamais mon zèle &: ma perfévérance N’ont eu de vous que mauvais traitement.

Si vous vouliez , vous feriez aifément Que le plaifir de cette jouilfance Ne feroitpas , comme il eft, imparfait.

Que refle-t-il ? le plus fort en efb fait.

Tant bien fçut dire & prêcher , que la Dame , Séchant fes yeux , rafférénant fon ame ,

Plus doux que miel à la fin l’écouta.

D’une ferveur en une autre il paffa ;

Eut un fouris , puis après autre chofe.

Puis un baifer , puis autre chofe encor;

Tant que la Belle , après un peu d’effort. Vient à fon point , ôc le drôle en difpofe. Heureux cent fois plus qu’il n’avoit été;

Car quand l’amour d’un &c d’autre côté Veut s’entremettre, & prend part à l’affaire. Tout va bien mieux , comme m’ont afiuré Ceux que l’on tient fçavans en ce myftere. Ainfi Richard jouit de fes amours ,

Vécut content, &C fit force bons tours.

Dont celui-ci peut paffer à la montre.

Pas ne voudrois en faire un plus rufé.

Que plût à Dieu qu’en certaine rencontre D’un pareil cas je me fuffe avifé !

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LES CORDELIERS

DE CATALOGNE

Nouvelle tirée des Cent Nouvelles nouvelles •

J E veux vous conter la befogne Des Cordeliers de Catalogne;

Befogne où ces Peres en Dieu Témoignèrent en certain lieu Une charité fi fervente ,

Que mainte femme en fut contente.

Et crut y gagner Paradis.

Telles gens , par leurs bons avis 5 Mettent à bien les jeunes âmes ,

Tirent à foi filles & femmes ,

Se fçavent emparer du cœur ,

Et dans la vigne du Seigneur Travaillent, ainfi qu’on peut croire.

Et qu’on verra par cette hiftoire.

Au t e m s que le fexe vivoit Dans l’ignorance , & ne fçavoit Glofer encor fur l’Evangile,

( Tems à coter fort difficile)

Un effaim de Freres Mineurs Pleins d’appétit & beaux dîneurs,

S’alla jetter dans une ville En jeunes Beautés très-fertile.

Pour

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Pour des galants , peu s’en trouvoit;

De vieux maris , il en pleuvoir,

A l’abord une Confrérie Par les bons Peres fut bâtie:

Femme n’étoitqui n’y courut.

Qui ne s’en mît , & qui ne crût Par ce moyen être fauvée :

Puis quand leur foi fut éprouvée.

On vint au véritable point.

Frere André ne marchanda point ,

Et leur fit ce beau petit prêche.

Si quelque chofe vous empêche D’aller tout droit en Paradis,

C’efl d’épargner pour vos maris ,

Un bien dont ils n’ont plus que faire, Quand ils ont pris leur néceflâire;

Sans que jamais il vous ait plu Nous faire part du fuperflu.

Vous me direz que notre ufage Répugne aux dons du mariage ;

Nous l’avouons ; & Dieu*merci,

Nous n’aurions que voir en ceci ,

Sans le foin de vos confidences.

La plus griéve des offenfes ,

C’ell d’être ingrate ; Dieu l’a dit.

Pour cela Satan fut maudit.

Prenez-y garde \ 6c de vos refies Rendez grâce aux bontés célefles ,

N ous laifl'ant diner fur un bien Tome ÎL B

LES CO RD EUE RS

Qui ne vous coûte prefque rien.

C’eft un droit , ô troupe fidelle.

Qui vous témoigne notre zèle ; Droit autentique & bien figné ,

Que les Papes nous ont donné ; Droit enfin , & non pas aumône :

Toute femme doit en perfonne S’en acquitter trois fois le mois , Vers les enfans de Saint François.

Cela fondé fur l’Ecriture :

Car il n’eft bien dans la nature,

( Je le répété , écoutez-moi , )

Qui ne fubifie cette loi De reconnoiftance & d’hommage:

Or les œuvres de mariage Etant un bien , comme fçavez ,

Ou fçavoir chacune devez ,

Il eft clair que dîme en eft due.

Cette dîme fera reçue Selon notre petit pouvoir.

Quelque peine qu’il faille avoir , Nous la prendrons en patience :

N’en faites point de confidence ; Nous fommes gens qui n’avons pas Toutes nos aifies ici -bas.

Au refte il eft bon qu’on vous difie Qu’entre la chair & la chemifie Il faut cacher le bien qu’on fait:

Tout ceci doit être fecret

DE CATALOGNE

Foür vos maris &c pour tout autre.

Voici trois beaux mdts de l’Apôtre t Qui font à notre intention :

Foi , charité , difcrétion.

Frere André , par cette éloquence t Satisfit fort fon audience ,

Et pafTa pour un Salomon ;

Feu dormirent à fon fermon»

Chaque femme , ce dit l’hiftoire > Garda très-bien dans fa mémoire ,

Et mieux encor dedans fon cœur ,

Le difcours du prédicateur.

Ce n’efl pas tout ; il s’exécute :

Chacune accourt ; grande difpute A qui la première paira.

Mainte bourgeoife murmura Qu’au lendemain on l’eût remife \

Et notre mere Sainte Eglife 9 Ne fçachant comme renvoyer Cet efcadron prêt à payer ,

Fut contrainte enfin de leur dire :

De par Dieu , fouffrez qü’on refpire ; C’en eft affez pour le prefent ;

On ne peut faire qu’en faifant.

Réglez votre tems fur le nôtre ; Aujourd’hui l’une , Sc demain l’autre.

Tout avec ordre; <5c croyez-nous , On en va mieux , quand on va doux Le fexe fuit cette fentence.

Ba

LES CORDELIERS

Jamais de bruit pour la quittance} Trop bien quelque collation}

Et le tout par dévotion.

Puis de trinquer à la commere.

Je laide à penfer quelle chere Faifoit alors Frere Frapart.

Tel d’entr’eux avoit pour fa part Dix jeunes femmes bien payantes , Frifques , gaillardes, attrayantes.

Tel aux douze & quinze paffoit.

Frere Roc à vingt fe chauffait.

Tant &c fi bien que les donzelles.

Pour fe montrer plus ponéluelles , Payoient deux fois afiéz fouvent :

Dont il avint que le couvent ,

Las enfin d’un tel ordinaire ,

Après avoir à cette affaire Vaqué cinq ou fix mois entiers , Eût fait crédit bien volontiers :

Mais les donzelles fcrupuleufes , De s’acquitter étoient foigneufes , Croyant faillir en retenant Un bien à l’Ordre appartenant.

Point de dîmes accumulées.

Il s’en trouva de fi zélées ,

Que par avance elles payoient.

Les beaux Peres n’expédioient Que les fringantes & les belles 5 Enjoignant aux fempiternelles

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DE CATALOGNE. n

De porter en bas leur tribut :

Car dans ces dîmes de rebut Les Lais trouvoient encore à frire*

Bref, à peine il fe pourroit dire Avec combien de charité Le tout étoit exécuté.

Il avint qu’une de la bande ,

Qui vouloit porter fon offrande ,

Un beau foir, en chemin faifant.

Et fon mari la conduifant ,

Lui dit : mon Dieu , j'ai quelque affaire Là-dedans avec certain Frere ;

Ce fera fait dans un moment.

L’époux répondit brufquement ,

Quoi? quelle affaire? êtes-vous folle ?

II eft minuit fur ma parole :

Demain vous direz vos péchés.

Tous les bons Peres font couchés.

Cela n’importe , dit la femme.

Et par Dieu fi , dit-il , Madame ;

Je tiens qu’il importe beaucoup :

Vous ne bougerez pour ce coup.

Qu’avez-vous fait , & quelle offenfe Preffe ainfi votre confcience?

Demain matin , j’en fuis d’accord.

Ah! Monfieur , vous me faites tort.

Reprit-elle ; ce qui me preffe,

Cen’eftpas d’aller à confeffe,

C’efl de payer; car fi j’attens,

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LES CORDELIERS

Je ne le pourrai de long-tems ;

JLe Frere aura d’autres affaires.

Quoi payer ?... la dîme aux bons Peres. . Quelle dîme ?... fçavez-vous pas ?.. .

Moi j je le fcais ; c’eft un grand cas Que toujours femme aux Moines donne :

Mais cette dîme, ou cette aumône,

La fçaurai-je point à la fin ?

Voyez , dit-elle , qu’il efb fin !

l’entendez-vous pas ce langage?

C’eft des oeuvres du mariage.

Quelles œuvres, reprit l’Epoux?

Et-là , Monfieur , c’eft ce que nous. , ,

Mais j’aurois payé depuis l’heure.

Vous êtes caufe qu’en demeure Je me trouve préfentement ,

Et cela je ne fcais comment;

Car toujours je fuis coutumière De payer toute la première.

L’époux rempli d’étonnement.

Eut cent penfers en un moment ;

Par tant d’endroits tourna fa femme ,

Qu’il apprit que mainte autre Dame Payoit la même penfion;

Ce lui fut confolation,

Sçachez, dit la pauvre innocente 9 Que pas une n’en eft exempte :

Votre foeur paie à Frere Aubri ;

La Bajllie, au Pere Fabri;

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