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DE CATALOGNE
Son AltefTe , à Frere Guillaume Un des beaux Moines du Royaume :
Moi qui paie à Frere Girard,
Je voulois lui porter ma part.
Que de maux la langue nous caufe !
Quand ce mari fçut toute chofe ,
Il réfolut premièrement D’en avertir fecrettement Monfeigneur, puis les gens de Ville.
Mais comme il étoit difficile De croire un tel cas dès l’abord ;
Il voulut avoir le raport Du drôle à qui payoit fa femme.
Le lendemain , devant la Dame Il fait venir Frere Girard ;
Lui porte à la gorge un poignard ;
Lui fait conter tout le Myftere :
Puis ayant enfermé ce Frere A double clef, bien garroté ,
Et la Dame d’autre côté ;
U va par-tout conter fa chance.
Au logis du Prince il commence ÿ Puis il defcend chez l’Echevinj Puis il fait fonner le tocfin.
Chacun opine à la vengeance.
L’un dit qu’il faut en diligence Aller maffiacrer ces cagots;
L’autre dit qu’il faut de fagots Les entourer dans leur repaire,
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L£S CORDELIERS, &c.
Et brûler gens 8c Monaflere.
Tel veut qu’ils foient à l’eau jettes , Dedans leurs frocs empaquetés;
Tel invente un autre iupplice;
Et chacun félon fon caprice.
Bref tous conclurent à la mort :
L’avis du feu fut le plus fort.
On court au couvent tout à l’heure:
Mais par refpect de la demeure , L’arrêt ailleurs s’exécuta :
Un Bourgeois fa grange prêta.
Lapenaille enfemble enfermée.
Fut en peu d’heures confumée.
Les Maris fautant à l’entour ,
Rien n’échapa de leur colere.
Ni Moinillon, ni béat Pere:
Robes , manteaux , & capuchons , Tout fut brûlé comme cochons.
Tous périrent dedans les flammes.
Je ne fçais ce qu’on fit des femmes., Pour le pauvre Frere Girard ,
Il ayoit eu fon fait à part.
Et danfant au fon du tambour.
■fi:
Nouvelle tirée de Bocace .
On loin de Rome un Hôtelier étoit.
Sur le chemin qui conduit à Florence ; Homme fans bruit, &: qui ne fe piquoit De recevoir gens de greffe dépenfe :
Même chez lui rarement on gîtoit.
Sa femme étoit encor de bonne affaire.
Et ne paffoit de beaucoup les trente ans. Quant aufurplus, ils avoient deuxenfans; Garçon d’un an , fille en âge d’en faire. Comme il arrive en allant & venant, Pinucio , jeune homme de famille ,
Jetta fi bien les yeux fur cette fille.
Tant la trouva gracieufe 8c gentille , D’efprit fi doux 8c d’air tant attrayant ,
Qu’il s’en piqua ; très-bien le lui fçut dire; Muet n’étoit , elle fourde non plus ;
Dont il avint qu’il fauta par-deffus Ces longs foupirs 8c tout ce vain martyre :
Se fentir pris , parler , être écouté.
Ce fut tout un : car la difficulté Ne giffoitpas à plaire à cette Belle; - Pinuce étoit Gentilhomme bien-fait :
Et jufques-Ià la fille n’avoit fait
Grand cas des gens de même étoffe qu’elle.
Non qu’elle crut pouvoir changer d’état;
Mais elle avoir , nonobftant fon jeune âge ,
Le cœur trop haut , le goût trop délicat , Pour s’en tenir aux amours de village.
Colette donc ( ainfi l’on l’appelloit )
En mariage à l’envi demandée ,
Rejettoit l’un , de l’autre ne vouloir ,
Et n’avoit rien que Pinuce en l’idée.
Longs pourparlers avecque fon amant N’étoient permis : tout leur faifoit obftacle. Les rendez-vous <S c le foulagement Ne fe pouvoient , à moins que d’un miracle. Cela ne fit qu’irriter leurs efprits.
Ne gênez point , je vous en donne avis ,
Tant vos enfans , ô vous peres & meres ;
Tant vos moitiés , vous époux & maris;
C’eft où l'amour fait le mieux fes affaires. Pinucio , certain foir qu’il faifoit Un tems fort brun, s’envient en compagnie D’un fien ami dans cette hôtellerie Demander gîte. On lui dit qu’il venoit Un peu trop tard. Monfieur, ajouta l’hôte, Vousfçavez bien comme on eft à l’étroit ; Dans ce logis tout eft plein jufqu’au toit : Mieux vous vaudroit palier outre , fans faute ; Ce gîte n’eft pour gens de votre état. N’avez-vous point encor quelque grabat , Reprit l’amant, quelque coin de réferve? L’Hôte repart : il ne nous refte plus Que notre chambre , où deux lits font tendus;
LE BERCEAU. i7 Et de ces lits il n’en eft qu’un qui ferve Aux furvenans ; l’autre nous l’occupons.
Si vous voulez coucher de compagnie Vous tk Monfieur , nous vous hébergerons. Pinuce dit , volontiers : je vous prie Que l’on nous ferve à manger au plutôt. Leur repas fait , on les conduit en haut. Pinucio , fur l’avis de Colette,
Marque de l’oeil comme la chambre eft faite : Chacun couché , pour la belle on mettoit Un lit de camp : celui de l’Hôte étoit Contre le mur, attenant de la porte*,
Et l’on avoir placé de même forte.
Tout vis-à-vis , celui du furvenant :
Entre les deux , un berceau pour l’enfant ; Et toutefois plus près du lit de l’Hôte.
Cela fit faire une plaifante faute A cet ami qu’avoit notre galant.
Sur le minuit , que l’Hôte apparemment Devoit dormir , l’Hôtefle en faire autant , Pinucio qui n’attendoit que l’heure ,
Et qui contoit les momens de la nuit ,
Son tems venu , ne fait longue demeure ;
Au lit de camp s’en va droit & fans bruit. Pas ne trouva la pucelle endormie ;
J’en jurerois. Colette apprit un jeu
Qui , comme on fçait , Jaffe plus qu’il n’ennuie.
Treve fe fit; mais elle dura peu :
Larcins d’amour ne veulent longue pofe.
Tout à merveille alloit au lit de camp; Quand cet ami qu’avoit notre galant ,
Prefie d’aller mettre ordre à quelque chofe , Qu’honnêtement exprimer je ne puis , Voulut fortir, & ne put ouvrir l’huis ,
Sans enlever le berceau de fa place ,
L’enfant avec, qu’il mit près de leur lit ;
Le détourner auroit fait trop de bruit.
Lui revenu , près de l’enfant il paiTe,
Sans qu’il daignât le remettre en fon lieu ; Puis fe recouche, & quand il plut à Dieu, Se rendormit. Après un peu d’efpace ,
Dans le logis je ne fçais quoi tomba:
Le bruit fut grand ; l’hôtefie s’éveilla;
Puis alla voir ce que ce pouvoit être.
A fon retour , le berceau la trompa.
Ne le trouvant joignant le lit du maître. Saint Jean , dit-elle en foi-même aulïï-tôt ,
J’ai penfé faire une étrange bévue:
Près de ces gens , je me fuis , peu s’en faut , Remife au lit en chemife ainfi nue :
C’étoit pour faire un bon charivari.
Dieu foit loué , que ce berceau me montre Que c’eft ici qu’eft couché mon mari.
Difant ces mots , auprès de cet ami Elle fe met. Fol 11e fut, n’étourdi Le compagnon dedans un tel rencontre :
La mit en œuvre, & fans témoigner rien Il fit l’époux ; mais il le fit trop bien.
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LE BERCEAU. 29 Trop bien! je faux , &c’efl tout le contraire; Il le fit mal : car qui le veut bien faire ,
Doit en befogne aller plus doucement.
Aufii l’HôteÎTe eut quelqu’étonnement :
Qu’a mon mari, dit-elle, & quelle joie Le fait agir en homme de vingt ans ?
Prenons ceci, puifque Dieu nous l’envoie; Nous n’aurons pas toujours tel pafie-tems. Elle n’eut dit ces mots entre fes dents ,
Que le galant recommence la fête.
La Dame étoit de bonne emplette encor:
J’en ai , je crois , dit un mot dans l’abord; Chemin faifant , c’étoit fortune honnête.
Pendant cela, Colette appréhendant D’être furprife avec fon amant ,
Le renvoya le jour venant à poindre.
Pinucio voulant aller rejoindre
Son compagnon , tomba tout de nouveau
Dans cette erreur que caufoit le berceau ;
Et pour fon lit il prit le lit de l’Hôte ,
Il n’y fut pas , qu’en abaifiant fa voix , (Genstropheureuxfonttoujours quelque faute Ami, dit-il , pour beaucoup je voudrois Te pouvoir dire à quel point va ma joie.
Je te plains fort que le Ciel ne t’envoie T out maintenant même bonheur qu’à moi , Ma foi , Colette efb un morceau de Roi.
Si tu fçavois ce que vaut cette fille !
J’en ai bien vu ; mais de telle , entre nous ,
Il n’en eft point. C’eft bien le cuir plus doux , Le corps mieux fait , la taille plus gentille \ Et des tétons ! je ne te dis pas tout Quoi qu’il en foit , avant que d’être au bout , Gaillardement fix pofles fe font faites ;
Six de bon compte , & ce ne font fornettes. D’un tel propos l’Hôte tout étourdi ,
D’un ton confus gronda quelques paroles. L’HôtefTe dit tout bas à cet ami ,
Qu’elle prenoit toujours pour fon mari :
Ne reçois plus chez toi ces têtes folles. N’entends-tu point comme ils font en débat ? En fon féant l’Hôte fur fon grabat S’étant levé , commence à faire éclat.
Comment, dit-il , d’un ton plein de colere , Vous veniez donc ici pour cette affaire ?
Vous l’entendez! &je vous fçais bon gré De vous moquer encor comme vous faites. Prétendez-vous , beau Monfieur que vous êtes. En demeurer quitte à fi bon marché ?
Quoi ! ne tient-il qu’à honnir des familles ? Pour vos ébats nous nourrirons nos filles \ J’en fuis d’avis. Sortez de ma maifon :
Je jure Dieu que j’en aurai raifon.
Et toi, coquine, il faut que je te tue.
A ce difcours proféré brufquement ,
Pinucio plus froid qu’une ftatue
Refta fans pouls , fans voix , fans mouvement.
Chacun fe tut l’efpace d’un moment.
Colette entra dans des peurs nompareilles. L’Hôtefle ayant reconnu fon erreur ,
Tint quelque tems le loup par les oreilles. Le feul ami fe fouvint par bonheur De ce berceau principe de la chofe.
Adrefiant-donc à Pinuce fa voix :
T’en tiendras-tu , dit-il , une autre fois ? T’ai-je averti que le vin feroit caufe De ton malheur ? tu fçais que , quand tu bois , Toute la nuit tu cours , tu te démenes ,
Et vas contant mille chimères vaines ,
Que tu te mets dans l’efprit en dormant. Reviens au lit. Pinuce au même inftant Fait le dormeur, pourfuit le ftratagême , Que le mari prit pour argent comptant.
11 ne fut pas jufqu’à l'HotelTe même Qui n’y voulût aufli contribuer.
Près de fa fille elle alla fe placer;
Et dans ce pofte elle fe fentit forte.
Par quel moyen, comment , de quelle forte , S’écria-t-elle , auroit-il pu coucher Avec Colette, <Sc la déshonorer?
Je n’ai bougé toute nuit d’auprès d’elle:
Elle n’a fait ni pis ni mieux que moi.
Pinucio nous l’alloit donner belle.
L’Hôte reprit : C’eR aflez ; je vous cro L On fe leva : ce ne fut pas fans rire ;
Car chacun d’eux en avoit fa raifon.
Tout fut fecret : &: quiconque eut du bon. Par devers foi le garda fans rien dire.
Nouvelle tirée de Bocace .
Eaucoup de gens ont une ferme foi Pour les brevets , oraifons & paroles.
Je me ris d’eux ; & je tiens , quant à moi , Que tous tels forts font recettes frivoles. Frivoles font ; c’eft fans difficulté.
Bien eil-il vrai qu*auprès d’une beauté Paroles ont des vertus nompareilles ;
Paroles font en amour des merveilles :
Tout cœur fe lailfe à ce charme amollir.
De tels brevets je veux bien me fervir ;
Des autres , non. Voici pourtant un conte Où l’Oraifon de Monfieur Saint Julien A Renaud d’Aft produisit un grand bien.
S’il ne l’eût dite , il eût trouvé mécompte A fon argent, & mal paffé la nuit.
Il s’en alloit devers Château-Guillaume : Quand trois quidams ». bonnes gens,&rfans bruit, Ce lui fembloit , tels qu’en tout le Royaume Il n’auroit pas cru auffi gens de bien )
Quand n’ayant , dis-je , aucun foupçon de rien , Ces trois quidams tout pleins de courtoifie. Après l’abord , & l’ayant faîué Fort humblement: fi notre compagnie,
lui