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r^5 licences . Venons à la liberté tpue V Auteur fe donné détailler dans le bien d'autrui ainji que . dans le Jien propre , fans quil en excepte les nouvelles meme les plus connues , ne s'' en trouvant point d'inviolables pour lui . Il retranche , U amplifie , il change les incidens & les circonftances , quelquefois le principal événement & la fuite ; enfin ce nefi plus la même chofe , c'efi proprement une Nouvelle nouvelle ; & celui qui fa inventée auroit bien de la peine à reconnoître fon propre ouvrage . Non fie decet contaminari fabulas 5 diront les Critiques : & comment ne le diraient- ils pas ? Ils ont bien fait le même reproche à Têrence ; mais T 'érence s’efl moqué d'eux , & a prétendu avoir droit d'en ufer ainji. Il a mêlé du Jien parmi les fujets qu'il a tirés de Ménam dre ^ comme Sophocle & Euripide ont mêlé du leur parmi ceux qu'ils ont tirés des Ecrivains qui les précédaient , n'épargnant hifioire ni fable , ou il s' agi ff oit de la bienféance & des réglés du dramatique . Ce privilège cefiera-t- il à l'égard des contes faits à plaifir ? & faudra-t-il avoir dorénavant plus de refpecl & plus de religion , s'il ejl permis d' ainji dire 9 pour le menjbnge 9
PRÉFACE
que les anciens nen ont eu pour la vend ? Jamais ce qui on appelle un bon Conte ne paffe (Tune main à Vautre , fans recevoir quelque nouvel embelliffement . D'oit vient donc , nous pourrat-on dire , qu'en beaucoup d'endroits T Auteur retranche au lieu d'enchérir ? Nous en demeurons d'accord , & il le fait pour éviter la longueur & Tobfcurité , deux défauts intolérables dans ces matières , le dernier fur- tout : car fi la clarté e/l recommandable en tous les ouvrages de l'efprit 9 on peut dire quelle ef néceffaire dans les récits , oit une chofe , la plupart du tems , efl la fuite & la dépendance d'une autre , oit le moindre fonde quelquefois le plus important ; enforte que fi le fil vient une fois à fe rompre , il efl impoffible au Lecteur de le renouer . D'ailleurs , comme les narrations en vers font trèsmal- aifées , H fefaut charger de çirconflances le moins qu'on peut . Par ce moyen vous vous foulagei vous-même , & vous foulage £ aujfi le Lecteur , à qui Ton ne fçauroit manquer d'apprêter des plaifirs fans peine . Que fi l'Auteur a changé quelques incidens , & même quelque cataflroplie ; ce qui préparoit cette cataflrophe &
PRÉFACE
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la néceffité de la rendre heureuje Vy ont con * traint . Il a cru que dans ces fortes de Contes chacun devoit être content à là fin : cela plaît au Lecteur , à moins quon ne lui ait rendu les perfonnes trop odieufes : mais il nen faut point venir-la ? Jî l'on peut , ni faire rire & pleurer dans une même Nouvelle . Cette bigarrure déplaît cl Horace fur toutes chofes : il ne veut pas que nos compofitions reffemblent aux grotefques > & que nous faffions un Ouvrage moitié femm : , moitié poijfon . Ce font les raifons générales que l'Auteur a eues : on en pourroit encore alléguer de particulières , & défendre chaque endroit ; mais il faut lai fier quelque chofe a faire a l'habileté & à l'indulgence des Lecteurs . Ils fe contenteront donc de ces raifons-ci. Nous les aurions mifes un peu plus en jour , & fait valoir davantage ? fil' étendue des Préfaces l'avoit permis.