‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 21 sur 93 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

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I L n’eft Cité que je préféré à Rheims :

C’eft rornement <Sc l’honneur de la France: Car fans compter l’Ampoule & les bons vins , Charmans objets y font en abondance ,

Par ce point-là je n’entends quant à moi Tours ni portaux , mais gentilles Galoifes ; Ayant trouvé telle de nos Rémoifes Friande alfez pour la bouche d’un Roi.

Une avoir pris un Peintre en mariage 9 Homme eftimé dans fa profefiion :

Il en vivoit , que faut-il davantage ?

C’étoit aflez pour fa condition.

Chacun trouvoit fa femme fort heureufe.

Le drôle étoit , grâce à certain talent , Très-bon époux , encor meilleur galant.

De fon travail mainte Dame amoureufe L’alloit trouver; tk le tout à deux fins:

C’étoit le bruit , à ce que dit l’hifloire :

Moi qui ne fuis en cela des plus fins ,

Je m’en rapporte à ce qu’il en faut croire.

Dès que le Sire avoit donzelle en main.

Il en rioit avecque fon Epoufe.

Les droits d’hymen allant toujours leur train , Befoin n’étoit qu’elle fît la jaloufe Même elle eut pu le payer de fes tours ,

Et comme lui voyager en amours;

76 LES REMOIS .

Sauf d’en ufer avec plus de prudence,

Ne lui faifant la même confidence.

Entre les gens qu’elle fçut attirer,

Deux Tiens voifins fe laifTerent leurrer A l’entretien libre &c gai de la Dame ;

Car c’étoit bien la plus trompeufe femme Qu’en ce point-la l’on eût fçu rencontrer ;

Sage fur-tout ; mais aimant fort à rire.

Elle ne manque incontinent de dire A fon Mari l’amour des deux Bourgeois ,

Tous deux gens ots , tous deux gens a fornettes ; Lui raconta mot pour mot leurs fleurettes , Pleurs <$£ foupirs , gémifTemens gaulois.

Ils avoient lu, ou plutôt oui-dire Que d’ordinaire en amour on foupire ; lis tàchoient donc d’en faire leur devoir,

Que bien, que mal , tk félon leur pouvoir.

A frais communs fe conduifoit l’affaire.

Ils ne dévoient nulle chofe fe taire.

Le premier d’eux qu’on favoriferoit ,

De fon bonheur part à l’autre feroit.

Femmes, voilà fouvent comme on vous traite. Le feul plaifir eft ce que l’on fouhaite.

Amour eft mort : le pauvre compagnon Fut enterré fur les bords du Lignons Nous n’en avons ici ni vent ni voie.

Vous y fervez de jouet & de proie A jeunes gens indifcrets , fcélérats :

C’eft bien raifon qu’au double on le leur rende :

,etAe=si;

78 LES REMOIS.

Reprit l’Epoufe , & Simonette aufii.

Loué foit Dieu qui vous ramene ici ;

La compagnie en fera plus complette*

Madame Alis , Madame Simonette N’y perdront rien. Il faut les avertir Que tout eft prêt , qu’elles n’ont qu’à venir : J’y cours moi-même. Alors la créature Les va prier. Or c’étoient les moitiés De nos galants & chercheurs d’aventure ,

Qui fort chagrins de fe voir enfermés ;

Ne laifToient pas de louer leur hôtefie.

De s’être ainli tirée avec adrelîe De cet apprêt. Avec elle à finflant Leurs deux moitiés entrent tout en chantant. On les falue , on les baife , on les loue De leur beauté , de leur ajuftement ;

On les contemple , on patine , on fe joue. Cela ne plut aux Maris nullement.

Du cabinet la porte à demi clofe Leur laifiànt voir le tout diflinctement.

Ils ne prenoient aucun goût à la chofe :

Mais palfe encor pour ce commencement.

Le fouper mis prefque au même moment ,

Le Peintre prit par la main les deux femmes , Les fit afieoir , entr’elles fe plaça.

Je bois , dit-il , à la fanté des Dames;

Et de trinquer : pafie encor pour cela On fit raifon, le vin ne dura guere.

L’Hôtelîe étant alors fans chambrière

LES REMOIS.

Court à la cave ; & de peur des efprits 3 Mene avec foi Madame Simonette.

Le Peintre refte avec Madame Alis,

Provinciale affez belle, & bien-faite Et s’en piquant , &C qui , pour le pays.

Se pouvoit dire honnêtement coquette.

Le compagnon vous la tenant feulette ,

La conduifit de fleurette en fleurette Jufqu’au toucher, & puis un peu plus loin; Puis tout à coup levant la colerette ,

Prit un baifer dont l’Epoux fut témoin. Jufques-Ià pafle : époux, quand ils font fages. Ne prennent garde à ces menus fuffrages;

Et d’en tenir regiflre , c’eff abus.

Bien efl-il vrai qu’en rencontre pareille Simples baifers font craindre le furplus ;

Car Satan lors vient frapper fur l’oreille De tel qui dort , & fait tant qu’il s’éveille. L’époux vit donc que , tandis qu’une main Se promenoit fur la gorge à fon aife ,

L’autre prenoit tout un autre chemin.

Ce fut alors, Dame , ne vous déplaife.

Que le courroux lui montant au cerveau.

Il s’en alloit , enfonçant fon chapeau ,

Mettre l’allarme en tout le voifinage ,

Battre fa femme , &c dire au Peintre rage ,

Et témoigner qu’il n’avoit les bras gourds. Gardez-vous bien de faire une fottife ,

Lui dit tout bas fon compagnon d’amours :

80 LES REMOIS.

Tenez-vous coi. Le bruit en nulle guife N’efl bon ici ; d’autant plus qu’en vos lacs Vous êtes pris : ne vous montrez donc pas. C’efl le moyen d’étouffer cette affaire.

Il eft écrit qu’à nul il ne faut faire Ce qu’on ne veut à foi-même être fait.

Nous ne devons quitter ce cabinet

Que bien à point , &c tantôt , quand cet homme

Etant au lit prendra fou premier fomme.

Selon mon fens , c’efl le meilleur parti.

A tard viendroit auffi-bien la querelle.

N’êtes-vous pas cocu plus d’à demi ?

Madame A lis au fait a confenti :

Cela fufïit ; le refie efl bagatelle.

L’Epoux goûta quelque peu ces raifons.

Sa femme fit quelque peu de façons ,

N’ayant le tems d’en faire davantage.

Et puis ? de puis. . . comme perfonne fage Elle remit fa coëffure en état.

On n’eût jamais foupçonné ce ménage ,

Sans qu’il refloit un certain incarnat Deffus fon teint; mais c’étoit peu dechofe; Dame Fleurette en pouvoit être caufe.

L’une pourtant des tireufes de vin De lui foûrire au retour ne fit faute :

Ce fut la Peintre. On fe remit en train;

On releva grillades de feftin ;

On but encore à la fanté de l’Hôte ,

Et de l’Hôtefle , de de celle des trois

Qui

LES REMOIS. 81 Qui la première auroit quelqu’aventuréi Le vin manqua polir la fécondé fois.

L’Hôteffe adroite Sc fine créature ,

Soutient toujours qu’il revient des éfprits* Chez les voifins. Ainfi Madame Alis Servit d’efcorte. Entendez que la Dame Pour l’autre emploi inclinoit en fon ame ;

Mais on l’emmene , & par ce moyen-là De faélion Simonette changea.

Celle-ci fait d’abord plus la févere *

Veut fuivre l’autre , ou feint le vouloir faite ; Mais fe Tentant par le Peintre tirer.

Elle demeure , étant trop ménageré Pour fe laiffer fon habit déchirer.

L’Epoux voyant quel train prenoit l’affaire * Voulut fortin L’autre lui dit: Tout doux; Nous ne voulons fur vous nul avantage,

C’eft bien raifon que Meffer Cocuagë Sur fon état vous couche ainfi que nous. Sommes-nous pas compagnons de fortune ?

Puifque le Peintre en a careffé l’une,

L’autre doit fuivre. Il faut, bon gré mal gré$ Qu’elle entre en danfe ; Sc s’il eft néceffaire^ Je m’offrirai de lui tenir le pied :

Vouliez ou non , elle aura fon affaire.

Elle l’eut donc : notre Peintre y pourvut Tout de fon mieux: auffi le valoit-elle.

Cette derniere eut ce qu’il lui fallut;

On en donna le loifir à la Belle,

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