LE P S E A UT I E R
Lui foûrioit , faifoit la complaifante ,
Et fe difoit fa très-humble fervante ,
Qui pour cela d’un feul point n’avancoit.
Le Conte dit que léans il n’étoit Vieille ni jeune à qui le perfonnage Ne fît fonger quelque chofe à part foi. Soupirs trotoient ; bien voyoit le pourquoi. Sans qu’il s’en mit en peine davantage. Sœur Ifabeau feule pour fon ufage Eut le galant : elle le méritoit.
Douce d’humeur , gentille de corfage ,
Et n’en étant qu’à fon apprentiffage ,
Belle de plus ; ainfi l’on cnvioit ,
Pour deux raifons , fon amant &c fes charmes. Dans fes amours chacune l’épioit :
Nul bien fans mal , nul plaifir fans al larmes. Tant &; fi bien Pépièrent les fæurs,
Qu’une nuit fombre , & propre à ces douceurs Dont on confie aux ombres le myftere.
En fa cellule on ouit certains mots ,
Certaine voix , enfin certains propos
Qui n’étoient pas fans doute en fon Bréviaire,
C’efi: le galant , ce dit-011 : il efi: pris ;
Et de courir : l’ai larme efi: aux efprits. ; L’elfaim frémit; fentinelle fe pofe.
On va conter en triomphe la chofe A mere Abbefie; & heurtant à grands coups , On lui cria : Madame , levez-vous ;
Sœur Ifabçlle a 4an? fa chambre un homme..
t4i LE P S E AUT I E R.
N’étes^vous point morte de honte encore? Qui nous a fait recevoir parmi nous Cette voirie ? Ifabeau , fçavez-vous ,
( Car déformais qu’ici l’on vous honore Du nom de fœur , ne le prétendez pas , ) Sçavez-vous, dis-je, à quoi dans un tel cas Notre inftitut condamne une méchante ?
Vous l’apprendrez devant qu’il foit demain. Parlez , parlez. Lors la pauvre nonnain , Qui jufques-là confufe &c repentante, N’ofoit branler , &; la vue abbaiffoit,
Leve les yeux, par bonheur apperçoit Le haut-de-chaulfe , à quoi toute la bande , Par un effet d’émotion trop grande,
N’avoit pris garde , ainfi qu’on voit fouvent. Ce fut hafard qu’Ifabelle à l’inftant S’en apperçut. AufTi-tôt la pauvrette Reprend courage , <k dit tout doucement: Votre Pfeautier a ne fçais quoi qui pend ; Raccommodez-le. Or c’étoit l’éguillette; Affez fouvent pour bouton on s’en fert. D’ailleurs ce voile avoit beaucoup de l’air D’un haut-de-chauffe ; & la jeune nonnette 3 Ayant l’idée encor fraîche des deux ,
Ne s’y méprit : Non pas que le MefTire Eût chauffe faite ainfi qu’un amoureux :
Mais à peu près ; cela devoir fufhre.
L’Abbeffe dit relie ofe encore rire!
Quelle infolence ! un péché fi honteux
LE P S E AUT I E R. 143 Ne la rend pas plus humble &: plus foumife! Veut-elle point que l’on la canonife?
Laifiez mon voile , efprit de Lucifer :
Songez , fongez , petit tifon d’enfer ,
Comme on pourra raccommoder votre ame.
Pas ne finit mere Abbefie fa game ,
Sans fermoner 6c tempêter beaucoup.
Sœur Ifabeau lui dit encore un coup :
Raccommodez votre Pfeautier, Madame.
Tout le troupeau fe met à regarder.
Jeunes de rire, 6 c vieilles de gronder.
La voix manquant à notre fermonneufe ,
Qui de fon troc bien fâchée &: honteufe.
N’eut pas le mot à dire en ce moment ;
L’efiaim fit voir par fon bourdonnement , Combien rouloient de diverfes penfées Dans les efprits. Enfin l’Abbefie dit :
Devant qu’on eût tant de voix ramaffées ,
Il feroit tard ; que chacune en fon lit S’aille remettre. A demain toute chofe.
Le lendemain ne fut tenu , pour caufe ,
Aucun chapitre; 6c le jour enfuivant ,
Tout aulli peu. Les fages du Couvent Furent d’avis que l’on fe devoit taire;
Car trop d’éclat eût pu nuire au troupeau.
On n’en vouloit à la pauvre Ifabeau Que par envie ; ainfi n’ayant pu faire Qu’elle lâchât aux autres le morceau ,
Chaque nonnain , faute de jouvenceau.