‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 39 sur 93 · OU LE PURGATOIRE · texte numérisé non relu

OU LE PURGATOIRE

Pour le guérir , & voici comme quoi.

Par le moyen d’une poudre endormante L’Abbé le plonge en un très-long fommeil.

On le croit mort, on l’enterre , l’on chante:

Il ell furpris de voir à fon réveil ,

Autour de lui , gens d’étrange maniéré j Car il étoit au large dans fa biere ,

Et fe pouvoit lever dans ce tombeau Qui conduifoit en un profond caveau.

D’abord la peur fe failit de notre homme. Qu’eft-ce cela ? fonge-t-il ? eft-il mort ? Seroit-ce point quelque efpece de fort ?

Puis il demande aux gens comme on les nomme , Ce qu’ils font-là , d’où vient que dans ce lieu L’on le retient , & qu’a-t-il fait à Dieu ?

L’un d’eux lui dit : confole-toi , Féronde ,

Tu te verras citoyen du haut monde ,

Dans mille ans d’hui complets Sc bien comptés. Auparavant il faut d’aucuns péchés Te nettoyer en ce faint Purgatoire.

Ton ame un jour plus blanche que l’ivoire En fôrtira. L’Ange confolateur Donne à ces mots au pauvre Receveur Huit ou dix coups de forte difcipline ;

En lui difant : c’eft ton humeur rïiutine.

Et trop jaloufe , & déplaçante à Dieu ,

Qui te retient pour mille ans en ce lieu.

Le Receveur s’étant frotté l’épaule

Fait un foupir : mille ans ! c’eft bien du tems.

Vous noterez que l’Ange étoit un drôle ,

Un frere Jean , novice de léans :

Ses compagnons jouaient chacun un rôle Pareil au Tien , defïous. un feint habit.

Le Receveur requiert pardon & dit:

Las , fi jamais je rentre dans la vie.

Jamais foupçon, ombrage & jaloufiê Ne rentreront dans mon maudit efprit :

Pourrois-je point obtenir cette grâce ?

On la lui fait efpérer ; non fi-tôt :

Force efl qu’un an dans ce féjour fe paflc;

Là cependant il aura ce qu’il faut Pour fubRenter fon corps , rien davantage; Quelque grabat , du pain pour tout potage , Vingt coups de fouet chaque jour; fi l’Abbé, Comme Prélat rempli de charité.

N’obtient du Ciel qu’au moins on lui remette , No\i le total des coups, mais quelque quart. Voire moitié , voire la plus grand’part.

Douter ne faut qu’il ne s’en entremette,

A ce fujet difant mainte oraifon.

L’Ange en après lui fait un long fermon :

A tort , dit-il , tu conçus du foupçon ;

Les gens d’Eglife ont-ils de, ces penfées ?

Un Abbé blanc ! c’eft trop d’ombrage avoir;

Il n’écherroit que dix coups pour un noir. Défai$rtoi donc de tes erreurs pafïees.

Il s’y réfout. Qu’eut-il fait? Cependant- Sire Prélat Sç Madame péro.nde

OU LE PURGAT OlRE. 137

Ne laiffent perdre un feul petit moment.

Le mari dit : que fait ma femme au monde ?

Ce qu’elle y fait? tout bien. Notre Prélat

L’a coufolée, & ton économat

S’en va fon train , toujours à l’ordinaire.

Dans le couvent toujours a-t-elle affaire ?

Où donc? il faut qu’ayant feule à prefent Le faix entier fur foi , la pauvre femme ,

Bon gré , malgré , léans. aille fouvent ,

Et plus encor que pendant ton vivant.

Un tel difçours ne plaifoit point à l’ame ;

Ame j’ai cru le devoir appeller ,

Ses pourvoyeurs ne le faifant manger Ainfi qu’un corps. Un mois à cette épreuve Se paffe entier, lui jeûnant , tk l’Abbé Multipliant œuvres de charité ,

Et mettant peine à confoler la veuve.

Tenez pour fur qu’il y fit de fon mieux.

Son foin ne fut long-tems infru&ueux :

Pas ne femoit en une terre ingrate.

Pater Abbas , avec jufle fujet ,

Appréhenda d’être pere en effet.

Comme il n’efl bon que telle chofe éclate,

Et que le fait ne puiffe être nié;

Tant <3 c tant fut par fa paternité

Dit d’Oraifons , qu’on vit du Purgatoire

L’ame fortir , légère , & n’ayant pas

Once de chair. Un fi merveilleux cas

Surprix les gens : beaucoup ne voûtaient croire

138 FÉ RONDE, OU LE ,&c.

Ce qu’ils voyoient. L’Abbé paffa pour faint. L’époux pour fien le fruit pofthume tint ,

Sans autrement de calcul ofer faire.

Double miracle étoit en cette affaire ,

Et k^groffeffe , 8c le retour du mort.

On en chanta Te Deum à renfort.

Stérilité régnoit en mariage Pendant cet an ; 8c même au voifinage De l’Abbaye , encor bien que léans On fe vouât pour obtenir enfans.

A tant laiffons l’économe 8c fa femme ;

Et ne foit dit que nous autres époux Nous méritions ce qu’on fit à cette ame.

Pour la guérir de fes foupcons jaloux.

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xæt jPSK^l ttæx&tl.

Ornes , fouffrez pour la derniere fois.

Qu’en ce recueil malgré moi je vous place.

De vos bons tours les contes ne font froids. Leur aventure a ne fçais quelle grâce Qui n’eft ailleurs: ils emportent les voix. Encore un donc , 6c puis c’en feront trois.

T rois ? je faux d’un ; c’en feront au moins quatre. Contons-les bien. Mazet le compagnon.

L’Abbeffe ayant befoin d’un bon garçon ,

Pour la guérir d’un mal opiniâtre.

Ce Conte-ci qui n’eft le moins fripon.

Quant à Sœur Jeanne ayant fait un poupon.

Je ne tiens pas qu’il la faille rabattre.

Les voilà tous quatre , c’eft compte rond.

Vous me direz: c’eft une étrange affaire Que nous ayons tant de part en ceci.

Que voulez-vous ? je n’y fçaurois que faire :

Ce n’efl pas moi qui le fouhaite ainfi.

Si vous teniez toujours votre bréviaire ,

Vous n’auriez rien à démêler ici.

Mais ce n’efl: pas votre plus grand fouci.

Paffons donc vite à laprefente hifloire.

Dans un Couvent de Nonnes fréquentoit Un jouvenceau friand , comme on peut croire. De ces oifeaux. Telle pourtant prenoit Goût à le voir, 6c des yeux le couvoit.

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