ET LE MAITRE EN DROIT
Emporta cent traits de flamme Chaque endroit lança le lien.
Hélas ! fuir n’y fert de rien:
Tourmens d’amour font fi bien Qu’ils font toujours de la fuite.
Près du Prince, Gygès eut affez de conduite Mais de fa paflion la Reine s’aperçut:
Elle fçut
L’origine du mal : le Roi prétendant rire S’avifa de lui tout dire.
Ignorant ! fçavoit-il point Qu’une Reine fur ce point N’ofe entendre raillerie ?
Et fuppofé qu’en fon cœur Cela lui plaife, elle rie*
Il lui faut pour fon honneur Contrefaire la furie.
Celle-ci le fut vraiment.
Et réferva dans foi-même ,
De quelque vengeance extrême Le defir très-véhément.
Je voudrois pour un moment, Leéleur , que tu fuffes femme :
Tu ne ferois autrement Concevoir jufqu’où la Dame Porta fon fecret dépit.
Un mortel eut le crédit De voir de fi belles chofes,
A tous mortels lettres clofes !
Tels dons étoient pour des Dieux,
Pour des Rois , voulois-je dire:
L’un & l’autre y vient de cire ;
Je ne fçais quel eft le mieux.
Ces penfers incitoient la Reine à la vengeance. Honte , dépit , courroux , fon cœur employa tout Amour même , dit-on , fut de l’intelligence :
De quoi ne vient-il peint à bout ?
Gygcs étoi: bien fait, on l’excufa fans peine:
Sur le montreur d’apis tomba toute la haine.
Il étoit mari ; c’eft fon mal ;
Et les gens de ce caractère Ne fçauroient en aucune affaire Commettre de péché qui ne foir capital. Qu’eft-il befoin d’ufer d’un plus ample prologue Voila le Roi haï , voila Gygès aimé.
Voilà tout fait & tout formé Un Epoux du grand catalogue;
Dignité peu briguée , & qui fleurit pourtant.
La fottife du Prince étoit d’un tel mérite , Qu’il fut fait in petto confrère de Vulcan;
Delà jufqu’au bonnet la diftance eft petite.
Cela n'étoit que bien : mais la Parque maudite Fut aulfi de l’intrigue ; & fans perdre de tems , Le pauvre Roi par nos Amans Fut député vers le Cocyte.
On le fit trop boire d’un coup:
Quelquefois hélas ! c’eft: beaucoup.
Bientôt un certain breuvage
Eut un François moins propre à faire en Droit un cours
Qu’en Amours.
LeDodeurunbeau jour le voyant fombre& trille , Lui dit : notre féal , vous voilà de relais ;
Car vous avez la mine, étant hors de l’école,
De ne lire jamais Bartole.
Que ne vous pouffez-vous ? un F rançois être ainlï Sans intrigue &: fans amourettes !
Vous avez des talens , nous avons des coquettes, Non pas pour une Djeu-merci.
L’étudiant reprit : je fuis nouveau dans Rome ;
Et puis , hors les beautés qui font plaifir aux gens Pour la fomme ,
Je ne vois pas que les galans Trouvent ici beaucoup à faire.
Toute maifon eft Monaftere ;
Double porte , verroux , une matrone auftere.
Un Mari , des Argus. Qu’irai-je , à votre avis , Chercher en de pareils logis !
Prendre la Lune aux dents feroit moins difficile. Ha , ha , la Lune aux dents , repartit le Doôeur ;
Vous nous faites beaucoup d’honneur.
J’ai pitié de gens neufs comme vous : notre ville Ne vous eft pas connue , en tant que je puis voir.'
Vous croyez donc qu’il faille avoir Beaucoup de peine à Rome en fait que d’aventures ? Sçachez que nous avons ici des créatures .
Qui feront leurs Maris cocus