‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 42 sur 93 · ET LE MAITRE EN DROIT · texte numérisé non relu

ET LE MAITRE EN DROIT

Emporta cent traits de flamme Chaque endroit lança le lien.

Hélas ! fuir n’y fert de rien:

Tourmens d’amour font fi bien Qu’ils font toujours de la fuite.

Près du Prince, Gygès eut affez de conduite Mais de fa paflion la Reine s’aperçut:

Elle fçut

L’origine du mal : le Roi prétendant rire S’avifa de lui tout dire.

Ignorant ! fçavoit-il point Qu’une Reine fur ce point N’ofe entendre raillerie ?

Et fuppofé qu’en fon cœur Cela lui plaife, elle rie*

Il lui faut pour fon honneur Contrefaire la furie.

Celle-ci le fut vraiment.

Et réferva dans foi-même ,

De quelque vengeance extrême Le defir très-véhément.

Je voudrois pour un moment, Leéleur , que tu fuffes femme :

Tu ne ferois autrement Concevoir jufqu’où la Dame Porta fon fecret dépit.

Un mortel eut le crédit De voir de fi belles chofes,

A tous mortels lettres clofes !

Tels dons étoient pour des Dieux,

Pour des Rois , voulois-je dire:

L’un & l’autre y vient de cire ;

Je ne fçais quel eft le mieux.

Ces penfers incitoient la Reine à la vengeance. Honte , dépit , courroux , fon cœur employa tout Amour même , dit-on , fut de l’intelligence :

De quoi ne vient-il peint à bout ?

Gygcs étoi: bien fait, on l’excufa fans peine:

Sur le montreur d’apis tomba toute la haine.

Il étoit mari ; c’eft fon mal ;

Et les gens de ce caractère Ne fçauroient en aucune affaire Commettre de péché qui ne foir capital. Qu’eft-il befoin d’ufer d’un plus ample prologue Voila le Roi haï , voila Gygès aimé.

Voilà tout fait & tout formé Un Epoux du grand catalogue;

Dignité peu briguée , & qui fleurit pourtant.

La fottife du Prince étoit d’un tel mérite , Qu’il fut fait in petto confrère de Vulcan;

Delà jufqu’au bonnet la diftance eft petite.

Cela n'étoit que bien : mais la Parque maudite Fut aulfi de l’intrigue ; & fans perdre de tems , Le pauvre Roi par nos Amans Fut député vers le Cocyte.

On le fit trop boire d’un coup:

Quelquefois hélas ! c’eft: beaucoup.

Bientôt un certain breuvage

Eut un François moins propre à faire en Droit un cours

Qu’en Amours.

LeDodeurunbeau jour le voyant fombre& trille , Lui dit : notre féal , vous voilà de relais ;

Car vous avez la mine, étant hors de l’école,

De ne lire jamais Bartole.

Que ne vous pouffez-vous ? un F rançois être ainlï Sans intrigue &: fans amourettes !

Vous avez des talens , nous avons des coquettes, Non pas pour une Djeu-merci.

L’étudiant reprit : je fuis nouveau dans Rome ;

Et puis , hors les beautés qui font plaifir aux gens Pour la fomme ,

Je ne vois pas que les galans Trouvent ici beaucoup à faire.

Toute maifon eft Monaftere ;

Double porte , verroux , une matrone auftere.

Un Mari , des Argus. Qu’irai-je , à votre avis , Chercher en de pareils logis !

Prendre la Lune aux dents feroit moins difficile. Ha , ha , la Lune aux dents , repartit le Doôeur ;

Vous nous faites beaucoup d’honneur.

J’ai pitié de gens neufs comme vous : notre ville Ne vous eft pas connue , en tant que je puis voir.'

Vous croyez donc qu’il faille avoir Beaucoup de peine à Rome en fait que d’aventures ? Sçachez que nous avons ici des créatures .

Qui feront leurs Maris cocus

Page 1