‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 43 sur 93 · ET LE MAITRE ENDROIT · texte numérisé non relu

ET LE MAITRE ENDROIT

Sur la mouftache des Argus.

La chofe eft chez nous très-commune :

Témoignez feulement que vous cherchez fortune. Placez-vous dans l’Eglife auprès du bénitier : Prefentez fur le doigt aux Dames l’eau facrée.

C’eft d'amourettes les prier.

Si l’air du fupliant à quelque Dame agrée ; Celle-là fçachant fon métier.

Vous enverra faire un meftage:

Vous ferez déterré , logeaiïlez-vous en lieu Qui ne fût connu que de Dieu.

Une vieille viendra , qui faite au badinage Vous fçaura ménager un fecret entretien.

Ne vous embarraflez de rien.

De rien ? c’eft un peu trop : j’excepte quelque chofe : Il eft bon de vous dire en paftant , notre ami , Qu’à Rome il faut agir en galant & demi.

En France on peut conter des fleurettes , l’on caufe ; Ici tous les momens font chers &c précieux. Romaines vont au but. L’autre reprit , tant mieux. Sans être gafcon je puis dire Que je fuis un merveilleux Sire.

Peut-être ne l’étoit-il point :

Tout homme eft gafcon fur ce point.

Les avis du Docteur furent bons : le jeune homme Se campe en une Eglife , où venoit tous les jours La fleur & l’élite de Rome ,

Des grâces , des Vénus , avec un grand concours D’amours ;

iwvw

^ ■-.■■■-=■ » — = -ffi

C’eft- à-dire en Chrétien, beaucoup d’ Anges femelles.

Sous leur voile brilloient des yeux pleins d’étincelles.

Bénitier , le lieu faint n’étoit pas fans cela.

Notre homme en choifit un chanceux pour ce pointlà ;

A chaque objet qui paffe adoucit fes prunelles : Révérences, le drôle en faifoit des plus belles ,

Des plus dévotes : cependant Il ofFroit l’eau luftrale. Un Ange , entre les autres»

En prit de bonne grâce ; alors l’Etudiant

Dit en fon cœur : elle eft des nôtres.

Il retourne au logis : vieille vient ; rendez-vous.

D’en conter le détail , vous vous en doutez tous. ) Il s'y fit nombre de folies. Ig

La Dame étoit des plus jolies , I i

Le pafîè-tems fut des plus doux.

U le conte au Doéleur. Difcrétion franc oife Eft chofe outre nature , &c d’un trop grand effort. DifTimuler un tel tranfport ,

Cela fent fon humeur bourgeoife.

Du fruit de fes confeiîs le Docteur s’applaudit.

Rit en Jurifconfulte , & des Maris fe raille.

Pauvres gens qui n’ont pas l’efprit.

De garder du loup leur ouaille:

Un Berger en a cent: des hommes ne fçauront Garder la feule qu’ils auront !

Bien lui fembloit ce foin chofe un peu mal-aifée ,

Mais non pasimpoffibJe ; Sc fans qu’il eût cent yeux Il déficit, grâces aux Cieux ,

■ slvfe =H55

Page 1