‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 64 sur 93 · LE FAISEUR · texte numérisé non relu

LE FAISEUR

C’eft ce qu’il dit à fa femme tout bas :

Puis l’emmena , fans qu’elle ofât rien dire;

Ferma très-bien la porte fur le fire.

André fe crut forti d’un mauvais pas.

Et que l’Epoux ne fçavoit nulle chofe»

Sire Guillaume , en rêvant à fon cas ,

Change d’avis , en loi-même propofe De fe venger avecque moins de bruit ,

Moins de fcandale , & beaucoup plus de fruit.

Alix , dit-il , allez quérir la femme De fire André ; contez-lui votre cas De bout en bout ; courez, n’y manquez pas.

Pour l’amener vous direz à la Dame,

Que fon mari court un péril très-grand ;

Que je vous ai parlé d’un châtiment Qui la regarde , &c qu’aux faifeurs d’oreilles On fait foufïrir , en rencontres pareilles ,

Chofe terrible . & dont le feul penfer Vous fait drefîer les cheveux à la tête ;

Que fon Epoux ell tout prêt d’y palfer ;

Qu’on n’attend qu’elle, afin d’être à la fête;

Que toutefois , comme elle n’en peut mais.

Elle pourra faire changer la peine.

Amenez-la , courez: je vous promets D’oublier tout, moyennant qu’elle vienne.

Madame Alix bien joyeufe s’en fut Chez fire André , dont la femme accourut En diligence , & quafi hors d’haleine ;

Puis monta feule , & ne voyant André ,

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d4 LE FAIS EUR, &c.

Très-fage fut d’en ufer de la forte.

Puifqu’il vouloit fon honneur réparer ,

Il ne pouvoit mieux que par cette porte D’un tel affront, à mon fens , fe tirer. André vit tout , & n’ofa murmurer ;

Jugea des coups ; mais ce fut fans rien dire, Et loua Dieu que le mal n’étoit pire.

Pour une oreille il auroit compofé ;

Sortir à moins , c’étoit pour lui merveilles ; Je dis à moins ; car mieux vaut , tout prifé , Cornes gagner que perdre fes oreilles,

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SCA M ANDRE.

M E voilà prêt à conter de plus belle; Amour le veut , &c rit de mon ferment : Hommes de Dieux , tout efl fous fa tutelle; Tout obéit; tout cede à cet enfant.

J’ai déformais befid^i , en le chantant ,

De traits moins forts de déguifant lachofe ;

Car après tout, je neveux être caufe D’aucun abus , que plutôt mes Ecrits Manquent de fei , de ne foient d’aucun prix !

Si dans ces vers j’introduis & je chante Certain trompeur de certaine innocente , C’eft dans la vue de dans l’intention Qu’on fe méfie en telle occafion :

J’ouvre l’efprit , de rends îefexe habile A fe garder de ces pièges divers.

Sotte ignorance en fait trébucher mille, Contre une feule à qui nuiroient mes vers.

J’ a i lu qu’un Orateur eftimé dans la Grece ,

Des beaux arts autrefois fouveraine maîtrefie ,

Banni de fon pays, voulut voir le féjour Où fubfifloient encor les ruines de Troye:

Cimon, fon camarade, eut fa part de la joie.

Du débris d’Ilion s’étoit conftruit un bourg Noble par fes malheurs: la Priant de fa Cour

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N’étoient plus que des noms, dont letems fait fa proie.

Ilion , ton nom feul a des charmes pour moi;

Lieu fécond en fujets propres à notre emploi ,

Ne verrai-je jamais rien de toi , ni la place De ces murs élevés & détruits par des Dieux,

Ni ces champs où couroient la fureur &c l’audace. Ni des tems fabuleux enfin la moindre trace , Qui pût me prefenter l’image de ces lieux !

Pour revenir au fait , &M-.e point trop m’étendre , Cimon le Héros de ces vers Se promenoir près du Scamandre.

Une jeune ingénue en ce lieu fe vint rendre ,

Et goûter la fraîcheur fur ces bords toujours verds : Son voile au gré des vents va flottant dans les airs ; Sa parure efl fans art ; elle a l’air de bergere ,

Une beauté naïve, une taille légère.

Cimon en efl furpris , oc croit que fur ces bords Vénus vient étaler fes plus rares tréfors.

Un antre étoit auprès: l’innocente pucelle Sans foupçon y defcend , auffi fimple que belle. Le chaud , la folitude , & quelque Dieu malin L’inviterent d’abord à prendre un demi-bain. Notre banni fe cache : il contemple , il admire.

Il ne fçait quels charmes élire ;

Il dévore des yeux & du cœur cent beautés. Comme on étoit rempli de ces divinités Que la Fable a dans fon empire.

Il fonge à profiter de l’erreur de ces tems,

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