‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 67 sur 93 · LA CONFIDENTE · texte numérisé non relu

LA CONFIDENTE

H en provient maint & maint accident.

Le meilleur eft quelque fur confident.

Où le trouver ? Géronte elt homme à craindre. J’ai dit tantôt qu’ Amour fçavoit atteindre A les defïeins d’une ou d’autre façon :

Ceci me fert de preuve & de leçon.

Cléon avoit une vieille parente ,

Sévére& prude , qui s’attribuoit Autorité fur lui de gouvernante.

Madame Alis ( ainfi l’on l’appelloit )

Par un beau jour eut de la jeune Aminte Ce compliment , ou plutôt cette plainte :

Je ne fçais pas pourquoi votre parent ,

Qui m’efl &c fut toujours indifférent,

Sous ma fenêtre il paffe inceffamment ;

Je ne fçaurois faire un pas feulement ,

Que je ne l’aie aufii-tôt à mes trouffes ; Lettres , billets pleins de paroles douces , Me font donnés par une , dont le nom Vous efb connu ; je le tais pour raifon. Laites cefler pour Dieu cette pourfuite; Elle n’aura qu’une mauvaife fuite.

Mon mari peut prendre feu là-deffus.

Quant à Cléon , fes pas font fuperflus ; Dites-le lui de ma part , je vous prie^ Madame Alis la loue , <5 c lui promet De voir Cléon , de lui parler fi net.

Et le fera tout le tems de ma vie , A de m’aimer conçu la fantaifie.

SANS LE S Ç A V O J R , &c. 213

Que de l’aimer il n’aura plus d’envie.

Cléon va voir Alis le lendemain ;

Elle lui parle , & le pauvre homme nie ,

Avec ferment , qu’il eût un tel deflein.

Madame Alis l’appelle enfant du diable :

T out vilain cas , dit-elle , eft reniable ;

Ces fermens vains 6c peu dignes de foi Mériteroient qu’on vous fît votre faufle. LaifTons cela , la chofe eft vraie ou faufle ;

Mais faufle ou vraie , il faut , 6c croyez-moi , Vous mettre bien dans la tête qu’Aminte Efl: femme fage , honnête , 6c hors d’atteinte ? Renoncez-y. Je le puis aifément ,

Reprit Cléon. Puis au même moment Il va chez lui fonger à cette affaire :

Rien ne lui peut débrouiller le myftere.

Trois jours n’étoient pafles entièrement Que revoici chez Alis notre Belle.

Vous n’avez pas , Madame , lui dit-elle ,

Encore vu , je penfe , notre amant :

De plus en plus fa pourfuite s’augmente.

Madame Alis s’emporte , fe tourmente :

Quel malheureux! puis l’autre la quittant,

Elle le mande : il vient tout à l’inftant.

Dire en quels mots Alis fit la harangue ,

Il me faudroit une langue de fer ;

Et quand de fer j’aurois même la langue 9 Je n’y pourrois parvenir. Tout l’enfer Fut employé dans cette réprimande,

ffi-.-T. 1 -■ ■?■■■"■■

Page 1