LA CONFIDENTE
H en provient maint & maint accident.
Le meilleur eft quelque fur confident.
Où le trouver ? Géronte elt homme à craindre. J’ai dit tantôt qu’ Amour fçavoit atteindre A les defïeins d’une ou d’autre façon :
Ceci me fert de preuve & de leçon.
Cléon avoit une vieille parente ,
Sévére& prude , qui s’attribuoit Autorité fur lui de gouvernante.
Madame Alis ( ainfi l’on l’appelloit )
Par un beau jour eut de la jeune Aminte Ce compliment , ou plutôt cette plainte :
Je ne fçais pas pourquoi votre parent ,
Qui m’efl &c fut toujours indifférent,
Sous ma fenêtre il paffe inceffamment ;
Je ne fçaurois faire un pas feulement ,
Que je ne l’aie aufii-tôt à mes trouffes ; Lettres , billets pleins de paroles douces , Me font donnés par une , dont le nom Vous efb connu ; je le tais pour raifon. Laites cefler pour Dieu cette pourfuite; Elle n’aura qu’une mauvaife fuite.
Mon mari peut prendre feu là-deffus.
Quant à Cléon , fes pas font fuperflus ; Dites-le lui de ma part , je vous prie^ Madame Alis la loue , <5 c lui promet De voir Cléon , de lui parler fi net.
Et le fera tout le tems de ma vie , A de m’aimer conçu la fantaifie.
SANS LE S Ç A V O J R , &c. 213
Que de l’aimer il n’aura plus d’envie.
Cléon va voir Alis le lendemain ;
Elle lui parle , & le pauvre homme nie ,
Avec ferment , qu’il eût un tel deflein.
Madame Alis l’appelle enfant du diable :
T out vilain cas , dit-elle , eft reniable ;
Ces fermens vains 6c peu dignes de foi Mériteroient qu’on vous fît votre faufle. LaifTons cela , la chofe eft vraie ou faufle ;
Mais faufle ou vraie , il faut , 6c croyez-moi , Vous mettre bien dans la tête qu’Aminte Efl: femme fage , honnête , 6c hors d’atteinte ? Renoncez-y. Je le puis aifément ,
Reprit Cléon. Puis au même moment Il va chez lui fonger à cette affaire :
Rien ne lui peut débrouiller le myftere.
Trois jours n’étoient pafles entièrement Que revoici chez Alis notre Belle.
Vous n’avez pas , Madame , lui dit-elle ,
Encore vu , je penfe , notre amant :
De plus en plus fa pourfuite s’augmente.
Madame Alis s’emporte , fe tourmente :
Quel malheureux! puis l’autre la quittant,
Elle le mande : il vient tout à l’inftant.
Dire en quels mots Alis fit la harangue ,
Il me faudroit une langue de fer ;
Et quand de fer j’aurois même la langue 9 Je n’y pourrois parvenir. Tout l’enfer Fut employé dans cette réprimande,
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