LA CO NFID E NT E
Allez , Satan , allez , vrai Lucifer,
Maudit de Dieu. La fureur fut fi grande ,
Que le pauvre homme, étourdi dès l’abord. Ne fçut que dire : avouer qu’il eut tort , C’étoit trahir par trop fa confidence.
Il s’en retourne , il rumine , il repenfie.
Il rêve tant r qu’enfin il dit en loi :
Si c’étoit-là quelque rufie d’Aminte ;
Je trouve, hélas ! mon devoir dans fia plainte Elle me dit , ô Cléon, aime-moi.
Aime-moi donc , en difiant que je l’aime Je l’aime auïïi , tant pour fion üratagême ,
Que pour fies traits. J’avoue en bonne foi Que mon efprit d’abord n’y voyoit goûte ;
Mds à prefent je ne fais aucun doute :
Aminte veut mon cœur alîurément.
Ah ! fi j’ofois , dès ce même moment Je Pirois voir , &: plein de confiance.
Je lui dirois quelle ell la violence.
Quel efi: le feu dont je me fiens épris. Pourquoi n’ofer ? offenfe pour ofiFenfe, L’amour vaut mieux encor que le mépris.
Mais fi PEpoux m’attrapoit au logis?
LaifTons-la faire , tk laifibns-nous conduire. Trois autres jours n’étoient pafies encor, Qu’Aminte va chez Alis pour inftruire Son cher Cléon du bonheur de fion fiort ,
Il faut , dit-elle , enfin que je défierte ;
Votre parent a réfoîu ma perte ,
S ANS LE SÇANOIR,&c. üj
Il me prétend avoir par des prefens.
Moi des prefens ! c’efl: bien choifir fa femme : Tenez , voilà rubis 8c diamans ,
V oilà bien pis , c’eft mon portrait , Madame ; Aflurément de mémoire on fa fait ,
Car mon Epoux a tout feuî mon portrait.
A mon lever cette perfonne honnête.
Que vous fçavez , 8c dont je tais le nom.
S’en eft venue, &- m’a. faille le don.
Votre parent mérite qu’à la tête On le lui jette ; 8c s’il étoit ici. . .
Je ne me fens prefque pas décoléré*
Oyez le relie : il m’a fait dire aulïï Qu’il fçait fort bien qu’aujourd’hui pour affaire Mon mari couche à fa maifon des champs; Qu’incontinent qu’il croira que mes gens Seront couchés , 8c dans leur premier fomme ,
Il fe rendra devers mon cabinet,
Qu’efpere-t-il ? pour qui méprend cet homme? Un rendez-vous ! eft-il fol en effet?
Sans que je crains de commettre Géronte ,
Je poferois tantôt un fi bon guet ,
Qu’il feroit pris ainfi qu’au trébuchet, Ous’enfuiroit avec fa courte honte.
Ces mots finis , Madame Aminte fort.
Une heure après Cléon vint , 8c d’abord On lui jetta les joyaux 8c la boîte :
On l’auroit pris à la gorge au befoin,
Eh bien 9 ççfa vous femble-t-U honnête?
ii6 LA CONFIDENTE
Mais ce n’efl: rien , vous allez bien plus loin. Alis die lors mot pour mot ce qu’Aminte Venoit de dire en fa derniere plainte.
Cléon fe tint pour duement averti :
J’aimois, dit-il , il efi: vrai , cette belle;
Mais puii'quil faut ne rien efpérer d’elle ,
Je me retire , & prendrai ce parti.
V ous ferez bien ; c’eft celui qu’il faut prendre Lui dit Alis. Il ne le prit pourtant.
Trop bien minuit a grand’ peine Tonnant,
Le compagnon fans faute fe va rendre Devers l’endroit qu’Aminte avoit marqué:
Le rendez-vous étoit bien expliqué.
Ne doutez pas qu’il n’y fut fans efeorte,
La jeune Aininte ateendoit a la porte:
Un profond fournie occupoit tous les yeux ; Même ceux-la qui brillent dans les deux Etoient voilés par une épailîe nue.
Comme on avoit toute chofe prévue.
Il entre vite , & fans autre difeours ,
Us vont, ils vont au cabinet d’amours,.
Là le galant dès l’abord fe récrie ,
Comme la Dame étoit jeune & jolie ,
Sur fa beauté ; la borné vint après.
Et celle-ci fuivit l’autre de près.
Mais dites-moi , de grâce, je vous prie ,
QUi vous a fait avifer , de ce tour ?
Car jamais tel ne fe fit en amour :
Sur les plus fins je prétends qu’il excelle;
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S I l’on fe plaît à l’image du vrai ,
Combien doit-on rechercher le vrai même $
J’en fais fouvent dans mes Contes l’elïai ,
Et vois toujours que fa force eft extrême,
Et qu’il attire à toi tous les efprits.
Non qu’il ne faille en de pareils écrits ,
Feindre les noms : le refte de l’affaire.
Se peut conter fans en rien déguifer ;
Mais quant aux noms , il faut au moins les taire; Et c’eft ainfi que je vais en ufer.
P r t s du Mans donc , Pays de fapience ,
Gens pefant l’air, fine fleur de Normand,
Une pucelle eut n’a guère un amant 9]
Frais , délicat , &c beau par excellence.;
Jeune fur-tout , à peine fon menton S’étoit vêtu de fon premier coton.
La fille étoit un parti d’importance ;
Charmes & dot, aucun point n’y manquoit; Tant & fi bien que chacun s’appliquoit A la gagner ; tout le Mans y couroit.
Ce fut en vain ; car le cœur de la fille Inclinoit trop pour notre Jouvenceau :
Les feuls parens , par un efprit Manceau,
La deftinoient pour une autre famille.
Elle fit tant autour d’eux que l’amant.
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no LE REMEDE .
Partant les nuits avec fon Epoufée ;
Dire comment , ce feroit chofe aifée :
Les doubles clefs , le bréchet à l’enclos ,
Les menus dons qu’on fit à la foubrette , Rendoient l’Epoux jouiflant en repos D’une faveur douce autant que fecrette.
Avint pourtant que notre Belle un foir.
En fe plaignant , dit à fa Gouvernante ,
Qui du fecret n’étoit participante.
Je me fens mal ; n’y fçauroit-on pourvoir ? L’autre reprit , il vous faut un remede ; Demain matin nous en dirons deux mots»
Minuit venu , l’Epoux mal à propos ,
T out plein encor du feu qui le polfede , Vient de fa part chercher foulagement ,
Car chacun fent ici-bas fon tourment.
On ne l’avoit averti de la chofe.
Il n’étoit pas fur les bords dufommeil ,
Qui fuit fouvent l’amoureux appareil , Qu’incontinent l’Aurore aux doigts de rofe, Ayant ouvert les portes d’Orient ,
La Gouvernante ouvrit tout en riant , Remede en main , les portes de la chambre : Par grand bonheur il s’en rencontra deux; Car la faifon approchoit de Septembre ,
Mois où le chaud & le froid font douteux, La fille alors ne fut pas allez fine ;
Elle n’avoit qu’à tenir bonne mine.
Et faire entrer l’amant au fond des draps ^
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