‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 68 sur 93 · LA CO NFID E NT E · texte numérisé non relu

LA CO NFID E NT E

Allez , Satan , allez , vrai Lucifer,

Maudit de Dieu. La fureur fut fi grande ,

Que le pauvre homme, étourdi dès l’abord. Ne fçut que dire : avouer qu’il eut tort , C’étoit trahir par trop fa confidence.

Il s’en retourne , il rumine , il repenfie.

Il rêve tant r qu’enfin il dit en loi :

Si c’étoit-là quelque rufie d’Aminte ;

Je trouve, hélas ! mon devoir dans fia plainte Elle me dit , ô Cléon, aime-moi.

Aime-moi donc , en difiant que je l’aime Je l’aime auïïi , tant pour fion üratagême ,

Que pour fies traits. J’avoue en bonne foi Que mon efprit d’abord n’y voyoit goûte ;

Mds à prefent je ne fais aucun doute :

Aminte veut mon cœur alîurément.

Ah ! fi j’ofois , dès ce même moment Je Pirois voir , &: plein de confiance.

Je lui dirois quelle ell la violence.

Quel efi: le feu dont je me fiens épris. Pourquoi n’ofer ? offenfe pour ofiFenfe, L’amour vaut mieux encor que le mépris.

Mais fi PEpoux m’attrapoit au logis?

LaifTons-la faire , tk laifibns-nous conduire. Trois autres jours n’étoient pafies encor, Qu’Aminte va chez Alis pour inftruire Son cher Cléon du bonheur de fion fiort ,

Il faut , dit-elle , enfin que je défierte ;

Votre parent a réfoîu ma perte ,

S ANS LE SÇANOIR,&c. üj

Il me prétend avoir par des prefens.

Moi des prefens ! c’efl: bien choifir fa femme : Tenez , voilà rubis 8c diamans ,

V oilà bien pis , c’eft mon portrait , Madame ; Aflurément de mémoire on fa fait ,

Car mon Epoux a tout feuî mon portrait.

A mon lever cette perfonne honnête.

Que vous fçavez , 8c dont je tais le nom.

S’en eft venue, &- m’a. faille le don.

Votre parent mérite qu’à la tête On le lui jette ; 8c s’il étoit ici. . .

Je ne me fens prefque pas décoléré*

Oyez le relie : il m’a fait dire aulïï Qu’il fçait fort bien qu’aujourd’hui pour affaire Mon mari couche à fa maifon des champs; Qu’incontinent qu’il croira que mes gens Seront couchés , 8c dans leur premier fomme ,

Il fe rendra devers mon cabinet,

Qu’efpere-t-il ? pour qui méprend cet homme? Un rendez-vous ! eft-il fol en effet?

Sans que je crains de commettre Géronte ,

Je poferois tantôt un fi bon guet ,

Qu’il feroit pris ainfi qu’au trébuchet, Ous’enfuiroit avec fa courte honte.

Ces mots finis , Madame Aminte fort.

Une heure après Cléon vint , 8c d’abord On lui jetta les joyaux 8c la boîte :

On l’auroit pris à la gorge au befoin,

Eh bien 9 ççfa vous femble-t-U honnête?

ii6 LA CONFIDENTE

Mais ce n’efl: rien , vous allez bien plus loin. Alis die lors mot pour mot ce qu’Aminte Venoit de dire en fa derniere plainte.

Cléon fe tint pour duement averti :

J’aimois, dit-il , il efi: vrai , cette belle;

Mais puii'quil faut ne rien efpérer d’elle ,

Je me retire , & prendrai ce parti.

V ous ferez bien ; c’eft celui qu’il faut prendre Lui dit Alis. Il ne le prit pourtant.

Trop bien minuit a grand’ peine Tonnant,

Le compagnon fans faute fe va rendre Devers l’endroit qu’Aminte avoit marqué:

Le rendez-vous étoit bien expliqué.

Ne doutez pas qu’il n’y fut fans efeorte,

La jeune Aininte ateendoit a la porte:

Un profond fournie occupoit tous les yeux ; Même ceux-la qui brillent dans les deux Etoient voilés par une épailîe nue.

Comme on avoit toute chofe prévue.

Il entre vite , & fans autre difeours ,

Us vont, ils vont au cabinet d’amours,.

Là le galant dès l’abord fe récrie ,

Comme la Dame étoit jeune & jolie ,

Sur fa beauté ; la borné vint après.

Et celle-ci fuivit l’autre de près.

Mais dites-moi , de grâce, je vous prie ,

QUi vous a fait avifer , de ce tour ?

Car jamais tel ne fe fit en amour :

Sur les plus fins je prétends qu’il excelle;

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S I l’on fe plaît à l’image du vrai ,

Combien doit-on rechercher le vrai même $

J’en fais fouvent dans mes Contes l’elïai ,

Et vois toujours que fa force eft extrême,

Et qu’il attire à toi tous les efprits.

Non qu’il ne faille en de pareils écrits ,

Feindre les noms : le refte de l’affaire.

Se peut conter fans en rien déguifer ;

Mais quant aux noms , il faut au moins les taire; Et c’eft ainfi que je vais en ufer.

P r t s du Mans donc , Pays de fapience ,

Gens pefant l’air, fine fleur de Normand,

Une pucelle eut n’a guère un amant 9]

Frais , délicat , &c beau par excellence.;

Jeune fur-tout , à peine fon menton S’étoit vêtu de fon premier coton.

La fille étoit un parti d’importance ;

Charmes & dot, aucun point n’y manquoit; Tant & fi bien que chacun s’appliquoit A la gagner ; tout le Mans y couroit.

Ce fut en vain ; car le cœur de la fille Inclinoit trop pour notre Jouvenceau :

Les feuls parens , par un efprit Manceau,

La deftinoient pour une autre famille.

Elle fit tant autour d’eux que l’amant.

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no LE REMEDE .

Partant les nuits avec fon Epoufée ;

Dire comment , ce feroit chofe aifée :

Les doubles clefs , le bréchet à l’enclos ,

Les menus dons qu’on fit à la foubrette , Rendoient l’Epoux jouiflant en repos D’une faveur douce autant que fecrette.

Avint pourtant que notre Belle un foir.

En fe plaignant , dit à fa Gouvernante ,

Qui du fecret n’étoit participante.

Je me fens mal ; n’y fçauroit-on pourvoir ? L’autre reprit , il vous faut un remede ; Demain matin nous en dirons deux mots»

Minuit venu , l’Epoux mal à propos ,

T out plein encor du feu qui le polfede , Vient de fa part chercher foulagement ,

Car chacun fent ici-bas fon tourment.

On ne l’avoit averti de la chofe.

Il n’étoit pas fur les bords dufommeil ,

Qui fuit fouvent l’amoureux appareil , Qu’incontinent l’Aurore aux doigts de rofe, Ayant ouvert les portes d’Orient ,

La Gouvernante ouvrit tout en riant , Remede en main , les portes de la chambre : Par grand bonheur il s’en rencontra deux; Car la faifon approchoit de Septembre ,

Mois où le chaud & le froid font douteux, La fille alors ne fut pas allez fine ;

Elle n’avoit qu’à tenir bonne mine.

Et faire entrer l’amant au fond des draps ^

Si

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