‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 71 sur 93 · LES A V E U X · texte numérisé non relu

LES A V E U X

Le pere fuit , laide fa femme entrer ,

Dans le delfein feulement d’écouter.

La porte étoitentr’ouverte; il s’approche; Bref il entend la noife & le reproche Que fit fa femme à leur fille en ces mots :

V ous avez tort : j’ai vu beaucoup de fots , Et plus encor de fottes en ma vie ;

Mais qu’on pût voir telle indifcrétion !

Qui l’auroit cru ? car enfin , je vous prie , Qui vous forçoit ? quelle obligation De révéler une chofe femblable ?

Plus d’une fille a forligné : le diable Efi: bien fubtil ; bien malins font les gens : Non pour cela que l’on foit excufable ;

Il nous faudroit toutes dans des Couvens * Claquemurer jufqu’à notre hyménée.

Moi qui Vous parle ai même deftinée ;

J’en garde au cœur un fenfible regret.

J’eus trois enfans avant mon mariage.

A votre pere ai-je dit ce fecret ?

En avons-nous fait plus mauvais ménage?

Ce difcours fut à peine proféré i Que l’écoutant s’en court , & tout outré , Trouve du bât la fangle 6c fe l’attache , Puis va criant par-tout : je fuis fanglé. Chacun en rit , encor que chacun fçache Qu’il a de quoi faire rire à fon tour.

Les deux maris vont dans maint carrefour * Criant , courant, chacun a fa maniéré.

Bâté

ËJ

INDISCRETS. îzj

Bâté îe gendre, 8c fanglé le beau-pere.

On doutera de ce dernier point-ci :

Mais il ne faut telle chofe mêcroire.

Et par exemple , écoutez bien ceci :

Quand Roland fçut les plaifirs &c la gloire Que dans la grotte avoit eu fon rival ,

D’un coup de poing il tua fon cheval, Pouvoit-il pas traînant lapauvrebête ,

Mettre de plus la Telle fur fon dos?

Puis s’en aller, tout du haut de fa tête,

Faire crier 8c redire aux échos ,

Je fuis bâté, fanglé , car il n’importe ,

Tous deux font bons. Vous voyez de la forte Que ceci peut contenir vérité.

Ce n’eft alfez , cela ne doit fuffire :

Il faut âuifi montrer futilité De ce récit : je m’en vais vous la dire. L’heureux Dâmon me femble un pauvre lire : Sa confiance eut bientôt tout gâté.

Pour la fottife 8c la fimplicité De fa moitié , quant à moi je l’admire.

Se confefler a fon propre mari î Quelle folie ! imprudence efi un terme Foible à mon fens pour exprimer ceci.

Mon difcours donc en deux points fe renferme. Le nœud d’hymen doit être refpeéâé ,

Veut de la foi , veut de l’honnêteté:

Si par malheur quelque atteinte un peu forte Le fait clocher d’un oui d’autre côté,

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