LE CONTRAT
Elle étoit riche , il étoit gueux \
C’étoit beaucoup pour lui, c’étoit trop peu pour elle. Quelle corruption ! ô fiecle ! ô tems ! ô mœurs \ Conformité de biens , différence d’humeurs , Souffrirons-nous toujours ta puiiTance fatale , Méprifabîe intérêt , opprobre de nos jours , Tyran des plus tendres amours?
Mais faifons treve à la morale.
Et reprenons notre difcours.
Le pere bien fâché , la fille bien marrie ;
Mais que faire ? il faut bien réparer ce malheur ,
Et mettre à couvert fon honneur :
Quel remede ? on la marie ,
Non au galant , j’en ai dit lesraifons;
Mais à certain quidam amoureux des teflons , Plus que de fillette gentille ,
Riche fuffifamment & de bonne famille ,
Au furplus bon enfant ; fot , je ne le dis nas , Puifqu’il ignoroit tout le cas.
Mais quand il le fcauroit, fait-il mauvaife emplette ] On lui donne à la fois vingt mille bons ducats , Jeune Epoufe & befogne faite.
Combien de gens , avec femblable dot ,
Ont pris , le fcachant bien , la fille Sc le gros lot ' Et celui-ci crut prendre une pucelle :
Bien eft-il vrai qu’elle en fit les façons ;
Mais quatre mois après la fçavante Donzel le \ Montre, le prix de fes leçons j Elle mit au monde une fille.