‹ Contes et nouvelles en vers (volume 2)Chapitre 73 sur 93 · LE CONTRAT · texte numérisé non relu

LE CONTRAT

Elle étoit riche , il étoit gueux \

C’étoit beaucoup pour lui, c’étoit trop peu pour elle. Quelle corruption ! ô fiecle ! ô tems ! ô mœurs \ Conformité de biens , différence d’humeurs , Souffrirons-nous toujours ta puiiTance fatale , Méprifabîe intérêt , opprobre de nos jours , Tyran des plus tendres amours?

Mais faifons treve à la morale.

Et reprenons notre difcours.

Le pere bien fâché , la fille bien marrie ;

Mais que faire ? il faut bien réparer ce malheur ,

Et mettre à couvert fon honneur :

Quel remede ? on la marie ,

Non au galant , j’en ai dit lesraifons;

Mais à certain quidam amoureux des teflons , Plus que de fillette gentille ,

Riche fuffifamment & de bonne famille ,

Au furplus bon enfant ; fot , je ne le dis nas , Puifqu’il ignoroit tout le cas.

Mais quand il le fcauroit, fait-il mauvaife emplette ] On lui donne à la fois vingt mille bons ducats , Jeune Epoufe & befogne faite.

Combien de gens , avec femblable dot ,

Ont pris , le fcachant bien , la fille Sc le gros lot ' Et celui-ci crut prendre une pucelle :

Bien eft-il vrai qu’elle en fit les façons ;

Mais quatre mois après la fçavante Donzel le \ Montre, le prix de fes leçons j Elle mit au monde une fille.

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