COMMENT L'ESPRIT
Life fongeoit autant que fa poupée.
Cent fois le jour fa mere lui difoit, Va-t-en chercher de l'efprit, malheureufe.
La pauvre fille auffi -tôt s’en alloit
Chez les voifins, affligée & honteufe, Leur demandant où fe vendoit l’efprit.
On en rioit ; à la fin on lui dit :
Allez trouver Pere Bonaventure,
Car il en a bonne provifton.
Incontinent la jeune créature
S'en va le voir, non fans confufon :
Elle craignoit que ce ne fût dommage De détourner ainfi tel perfonnage.
Me voudroit-il faire de tels préfens,
À moi qui n’ai que quatorze ou quinze ans ?
Vaux-je cela, difoit en foi la Belle ?
Son innocence augmentoit fes appass-
Amour n’avoit à fon croc de pucelle
Dont il crût faire un auffi bon repas.
Mon Révérend, dit-elle au béat homme,
Je viens vous voir : des perfonnes m'ont: dit Qu'en ce couvent on vendoit de l'efprit :
Votre plaïfir feroit-il qu'à crédit
Jen pufle avoir ? non pas pour grolle fomme : À gros achat mon tréfor ne fufit.
VIENT AUX FILLES
Je reviendrai s'il m’en faut davantage :
Et cependant prenez ceci pour gage.
A ce difcours, je ne fçais quel anneau Qu'elle tiroit de fon doigt avec peine,
Ne venant point, le Pere dit: Tout beau; Nous pourvoirons à ce qui vous amené, Sans exiger nul falaire de vous :
Il eft marchande & marchande , entre nous:
A l’une on vend ce qu’à l'autre lon donne. Entrez ici ; fuivez-moi hardiment ;
Nul ne nous voit, aucun ne nous entend, Tous font au chœur ; le portier eft perfonne Entiérement à ma dévotion;
Et ces murs ont de la difcrètion.
Elle le fuit ; il vont à fa cellule.
Mon Révérend la jette fur un lit,
Veut la baïfer : la pauvrette recule
Un peu la tête , & l’innocente dit:
Quoi, c’eft ainfi qu'on donne de Fefprit !
Et vraiment oui, repart fa Révérence ; Puis il lui met la main fur le teton:
Encore ainfi ! vraiment oui : comment donc à La belle prend le tout en patience :
Il fuit fa pointe ; & d’encor en encor Toujours l'efprit s'infinne & s’avance,