LA COURTISANNE
On eft époux & galant tout enfemble.
L'hiftoire dit que le drôle ajoûta :
Voulez-vous pas, en atténdant le prêtre, À votre amant vous fiér atijourd’hui ?
Vous le pouvez, je vous répons de lui; Son cœur n’eft pas d’un perfide & d’un traître. À tout cela Conftance ne dit rien.
’étoit tout dire : il le reconnut biéh, N’étant novice en femblables affaires.
Quant au furplus , ce font dé tels myfteres Qu'il n’eft befoin d'en fairé le récit.
Voilà comment Conftance réufit. | Or faites-en, Nymphes, votre profit. Amour en a dans fon Académie, Si lon vouloit venir à l’éxamen, Que j'aimerois, pour un pareil hymen, Mieux que mainte autre à qui l’on fe marie, Femme qui n’a filé toute fa vie, Tâche à pañler bien des chofes fans bruit.
Témoin Conftance & tout ce qui s'enfuit , Noviciat d'épreuves un peu dures :
Elle en reçut abondamment le fruit.
Nonnes je fçais , qui voudroient chaque nüit En faire un tel, à toutes aventures.
Ce que pofñble on ne croira pas vrai;
C’eft que Camille, en careffant la Belle, Des dons d'amour lui fit goûter l’effaï.
L’effai ? je faux : Conftance en étoit-elle Aux élémens ? oui, Conftance en étoit Aux élémens. Ce que la Belle avoit
Pris & donné de plaïfirs en fa vie, Compter pour rien jufqu’alors fe devoit.
Pourquoi cela ? quiconque aime, le die.
NICAIÏISE
Et ne tournant autour du pot;
Soit par humeur franche & fincére, Soit qu'il fût force d’ainfi faire , Etant tombée aux mains d’un fot. Quelqu'un de trop de hardiefle
Ira la taxer ; & moi, non :
Tels procédés ont leur raïfon.
Lorfque lon aime une déefle,
PSP ERRPSSRRPEEE
Elle fait ces avances-là:
Notre Belle fçavoit cela.
Son efprit, fes traits, fa richefle Engageoient beaucoup de jeunefle A fa recherche : heureux feroit
Celui d’entr'eux qui cueilleroït , | En nom d'hymen, certaine chofe | Qu'à meilleur titre elle promit | Au jouvenceau ci-deflus dit.
Certain Dieu par fois en difpofe ,
Amour nommé communément,
Il plut à la Belle d’élire
Pour ce point l'apprentif marchand.
Bien eft vrai (car il faut tout dire) Qu'il étoit très-bien fait de corps, Beau, jeune , & frais : ce font tréfors Que ne méprife aucune dame,
N'rICAISE.
Tant foit fon efprit précieux.
Pour une qu'Amour prend par l'ame, Îl en prend mille par les yeux. Celle-ci donc des plus galantes, Par mille chofes engageantes Tâchoit d'encourager le gars,
N'étoit chiche de fes regards,
Le pinçoit, lui venoit foûrire,
Sur lés yeux lui mettoit la main, Sur le pied lui marchoit enfin.
A ce langage il ne fçut dire
Autre chofe que des foupirs , Interprètes de fes defirs,
Tant fut, à ce que dit l'hiftoire, De part & d'autre foupiré,
Que , leur feu dûment déclaré,
Les jeunes gens , comme on peut croire, Ne s’'épargnerent ni fermens,
Ni d’autres points bien plus charmans, Comme baifers à groffe ufure ;
Le tout fans compte & fans mefure :
Calculateur que fût l'amant,
Brouiller falloit inceffamment :
La chofe étoit tant infinie , Qu'il y faifoit toujours abus :
Hi;
N'rCANSE.
Somme toute , il n’y manquoit plus Qu'une feule cérémonie :
(Bon fait aux filles l'épargner ) ;
Ce ne fut pas fans témoigner
Bien du regret, bien de l'envie.
Par vous, difoit la belle amie ,
Je me la veux faire enfeigner ,
Ou ne la fçavoir de ma vie.
Je la fçaurai, je vous promets: ; Tenez-vous certain déformais
De m'avoir pour votre apprentie:
Je ne puis pour vous que ce point.
Je fuis franche : n’attendez point Que par un langage ordinaire ,
Je vous promette de me fäire Religieufe , à moins qu'un jour L’hymen ne-fuive notre amour.
Cet hymen feroit bien mon compte ; N'’en doutez point : mais le moyen ?
Vous m'aimez trop , pour vouloir rien Qui me püt caufer de-la honte.
Tels & tels m'ont fait demander.
Mon pere.eft prêt de m'accorder.
Moi, je vous permets d’efpérer
ve
Qu'à qui que ce foit qu'on m'engage,
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CE État
Soit confeiller, foit préfident , Soit veille , ou jour de mariage , Je ferai vôtre auparavant , Et vous aurez mon pucelage.
Le garçon la remercia, Comme il put. À huit jours de là, Il s'offre un parti d'importance.
La Belle dit à fon ami:
Tenons-nous-en à celui-ci; Car il eft homme, que je penfe, A pañfer la chofe au gros fas.
La Belle en étant fur ce cas, On la promet ; on la commence :
Le jour des nôces fe tient prêt.
Entendez ceci, s’il vous plait, Je penfe voir votre penfée Sur ce mot-là de commencée.
C'étoit alors fans point d’abus Fille promife, & rien de plus.
Huit jours donnés à la fiancée, Comme elle appréhendoit encor Quelque rupture en cet accord ; Elle différe le négoce, Jufqu’au propre jour de la noce, De peur de certain accident
H ii;
Qui les fillettes va perdant.
On mene au moûtier cependant Notre galante encor pucelle.
Le Oui fut dit à la chandelle.
L’époux voulut avec la Belle S'en aller coucher au retour.
Elle demande encor ce jour,
Et ne l’obtient qu'avecque peine :
Il fallut pourtant y pañfer.
Comme l'aurore étoit prochaine, L'époufe , au lieu de fe coucher, S’habille. On eût dit une reine.
Rien ne manquoit aux vêtemens ; Perles, joyaux, & diamans :
Son époufé la faifoit Dame.
Son ami, pour la faire femme,
.Prend heure avec elle au matin.
Ils devoient aller au jardin, Dans un bois propre à telle affaire, Une compagne y devoit faire
Le guet autour de nos amans, Compagne inftruite du myftère.
La Belle s’y rend la premiere, Sous le prétexte d'aller faire
Un bouquet, dit-elle à fes gens.
NECATSE,
Nicaife , après quelques momens , La va trouver 3; & le bon Sire; Voyant le lieu, fe rhet à dire :
Qu'il fait ici d'humidité |
Foin, votré habit fera gâté.
Il eft beau : ce feroit dommage.
Souffrez , fans tarder davantage, Que j'aille querir un tapis.
Ah, mon Dieu ! laïflonhs les habits, Dit la Belle toute piquée :
Je dirai que je füis tombée ;
Pour la perte ; n’y fongez points Quand on a témps fi fort à point, Ï1 en faut ufer ; & périffent
Tous les vêtemens du pays ;
Que plutôt tous les beaux habits Soient gâtés, & qu'ils fe faliflent ; Que d'aller ainfi confumer
Un quart d'heure : uni quart d'heure eft cher.
Tandis que tous les gens agiflent Pour ma noce ; il ne tient qu’à vous D'employer des momens fi doux.
Ce que je dis ne me fied guère ; Mais je vous chéris, & vous veux Rendre honnête homme , fi je peux.
H iv
En vérité, dit l’'amoureux, Conferver étoffe fi chere
Ne fera point mal fait à nous.
Je cours : c’eft fait : je fuis à vous ; Deux minutes feront l'affaire.
Là-deffus il part, fans laïfler
Le temps de lui rien repliquer.
Sa fottife guérit la Dame :
Un tel dédain lui vint en l'ame,
Qu'elle reprit dès ce moment Son cœur que trop indignement | Elle avoit placé. Quelle honte ! 1 Prince des fots, dit-elle en foi ; | Va, je n'ai nul regret de toi:
Tout autre eût été mieux mon compte.
Mon bon Ange a confidéré | Que tu n’avois pas mérité
Une faveur fi précieufe.
Je ne veux plus être amoureufe
Que de mon mari ; j'en fais vœu:
Et de peur qu’un refte de feu
À le trahir ne me rengage ; Je vais, fans tarder davantage, Lui porter un bien qu'il auroit, Quand Nicaife en fon lieu feroit.
N'ICAISE.
À ces mots, la pauvre époufée.
Sort du bois fort fcandalifée.
L'autre revient, & fon tapis :
Mais ce n’eft plus comme jadis.
Amans, la bonne heure ne fonne
À toutes les heures du jour.
J'ai lu dans l'alphabet d'amour, Qu'un galant près d’une perfonne
N'a toujours le temps comme il veut ; | Qu'il le prenne donc comme il peut.
Tous délais y font du dommage :
Nicaife en eft un témoignage.
Fort eflouflé d’avoir couru, Et joyeux de telle prouefle , Il s’en revient bien réfolu D'employer tapis & maitreffe.
Maïs quoi ! la Dame au bel habit, | Mordant fes lévres de dépit, | Retournoiït vers la compagnie ; | Et de fa flâme bien guérie, Poffible alloit dans ce moment, Pour fe venger de fon amant, Porter à fon mari la chofe Qui lui caufoit ce dépit là.
Quelle chofe ? c’eft celle -1à
122 NrCAISE:
Que fille dit toujours qu'elle a :
Je le crois ; mais d’en mettre jà Mon doigt au feu ; ma foi, je n’ofe:
Ce que je fçais, c’eft qu'en tel cas
Fille qui ment ne péche pas.
Grace à Nicaïfe, notre Belle, Ayant fa fleur en dépit d'elle, S'en retournoit tout en grondant :
Quand Nicaife la rencontrant ,
À quoi tient, dit-il à la Dame, Que vous ne m’ayez attendu ?
Sur ce tapis bien étendu
Vous feriez en peu d'heure femme.
Retournons donc fans confulter :
Venez cefler d’être pucelle ; | Puifque je puis, fans rien gâter, | Vous témoigner quel eft mon zèle.
Non pas cela, reprit la Belle : :
Mon pucelage dit qu'il faut
Remettre l'affaire à tantôt.
J'aime votre fanté, Nicaife ;
Et vous confeille auparavant
De reprendre un peu votre vent.
Or refpirez tout à votre aife.
Vous êtes apprentif marchand ;
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Faites-vous apprentif galant :
Vous n’y ferez pas fi-tôt maitre.
A mon égard, je ne puis être Votre maitrefle en ce métier.
Sire Nicaife , il vous faut prendre Quelque fervante du quartier.
Vous fçavez des étoffes vendre, Et leur prix en perfeétion ;
Mais ce que vaut l’occafñon , Vous lignorez , allez l'apprendre.