‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 32 sur 84 · LE-DIABLE DE PAPEFIGUTITERE · texte numérisé non relu

LE-DIABLE DE PAPEFIGUTITERE

IA AITRE François dit que Papimanie

Eft un pays où les gens font heureux, Le vrai dormir ne fut fait que pour eux; Nous n’en avons ici que la copie.

Et par faint Jean, fi dieu me prête vie, Je le verrai ce pays où l’on dort:

On y fait plus, on n’y fait nulle chofe ; C’eft un emploi que je recherche encor.

Ajoûtez-y quelque petite dofe D'amour honnête, & puis me voilà fort.

Tout au rebours , il eft une province Où les gens font haïs , maudits de dieu.

On les connoïit à leur vifage mince :

Le iong dormir eft exclus de ce lieu.

Partant, leéteurs, fi quelqu'un fe préfente À vos regards , ayant: face riante, Couleur vermeille, & vifage replet, Dire pourrez, fans que l’on vous condamne , Cettui me femble à le voir Papimane.

Si d'autre part celui que vous verrez N'a l'œil riant , le -corps rond , le teint frais , Sans héfiter qualifiez. cet homme

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Papeñiguier. Papeñgue fe nomme L'ile & province où les gens autrefois Firent la figue au portrait du faint pere :

Punis en font ; rien chez eux ne profpere:

Ainfi nous l’a conté maître François.

L'ifle fut lors donnée en appanage

A Lucifer : c’eft fa maifon des champs.

On voit courir par tout cet héritage

Ses commenfaux , rudes à pauvres gens; Peuple ayant queue , ayant cornes & grifes, Si maints tableaux ne font point apocryphes.

AvinNT un jour qu'un de ces beaux Meflieurss Vit un manant rufé, des plus trompeurs, Verfer un champ dans l’'ifle deflus dite,

Bien paroiïfloit la terre être maudite ;

Car le manant avec peine & fueur

La retournoit , & faifoit {on labeur.

Survient un diable , à titre de Seigneur.

Ce diable étoit des gens de l'Evangile, Simple , ignorant, à tromper très-facile,

Bon gentilhomme , & qui dans fon courroux N’avoit encor tonné que fur les choux :

Plus ne fçavoit apporter de dommage.

Vilain, dit-il, vaquer à nul ouvrage N’eft mon talent : je fuis un diable iffu

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De noble race, & qui n’a jamais fçu Se tourmenter , ainfi que font les autres.

Tu fçais, vilain, que tous ces champs font nôtres. Ils font à nous déyolus par lédit Qui mit jadis cette ifle en interdit.

Vous y vivez deffous notre police.

Partant , vilain, je puis ayec juftice M'attribuer tout le fruit de ce champ:

Mais je fuis bon , & veux que dans un an Nous partagions , fans noife & fans querelle. Quel grain veux-tu répandre dans ces lieux ?

Le manant dit : Monfeigneur, pour le mieux Je crois qu'il faut les couvrir de tourelle ; Car c'eft un grain qui vient fort aifément.

Je ne connois ce grain-la nullement, Dit le lutin ; comment dis-tu ? touzelle?

Mémoire n’ai d'aucun grain qui s'appelle De cette forte : or emplis-en ce lieu; Touzelle foit , touzelle de par dieu; J'en fuis content. Fais donc vite, & travaille ; Manant, travaille , & travaille, vilain ; Travailler eft le fait de la canaille :

Ne tattens pas que Je t'aide un feul brin, Ni que par moi ton labeur fe confomme ; Je tai jà dit que j'étois gentilhomme,

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Tai DE DiuerEe

Né pour chommer , & pour ne rien fçavoir:

Voici comment ira notre partage :

Deux lots feront, dont l’un , c’eft à fçavoir Ce qui hors terre & deffus l'héritage

Aura pouflé, demeurera pour toi ;

L'autre dans terre eft réfervé pour moi.

L’Oût arrivé , la touzelle eft fciée,

Et tout d’un temps fa racine arrachée, Pour fatisfaire au lot du diableteau.

Il y croyoit la femence attachée,

Et que l’épi, non plus que le tuyau, N'étoit qu'une herbe inutile & féchée.

Le laboureur vous la ferra très - bien.

L'autre au marché porta fon chaume vendre :

On le hua ; pas un n’en offrit rien:

-e pauvre diable étoit prêt à fe pendre.

l s’en alla chez fon compartageant :

Le drôle avoit la touzelle vendue,

Pour le plus für, en gerbe & non battue, Ne manquant pas de bien cacher l'argent, Bien le cacha : le diable en fut la dupe.

Coquin, dit-il, tu m'as joué d’un tour; C’eft ton métier : je fuis diable de Cour Qui, comme vous, à tromper ne m'occupe.

Quel grain veux-tu femer pour l'an prochain à

Vous voici donc, Phlipot la bonne bête ;

DE PAPEFICGUTERE,

Le manant dit : je crois qu'au lieu de grain Planter me faut ou navets ou carottes ; Vous en aurez , Monfeigneur , pleines hottes : Si mieux n’aimez raves dans la faïfon.

Raves, navets, carottes, tout eft bon,

Dit le lutin : mon lot fera hors terre;

Le tien dedans, Je ne veux point de guerre Avecque toi, fi tu ne m'y contraints.

Je vais tenter quelques jeunes nonains.

L'auteur ne dit ce que firent les nones.

Le temps venu de recueillir encor,

Le manant prend raves belles & bonnes; Feuilles fans plus tombent pour tout tréfor Au diableteau , qui l'épaule chargée

Court au marché. Grande fut la rifée :

Chacun lui dit fon mot cette fois-là.

Monfieur le diable , où croit cette denrée ?

Où mettrez-vous ce qu’on en donnera ?

Plein de courroux & vuide de pécune, Léger d'argent & chargé de rancune,

Il va trouver le manant qui rioit

Avec fa femme , & fe folacioit,

Ah ! par la mort, par le fang, par la tête, Dit le démon, il le paira par bieu.

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Cà çà, galons-le en enfant de bon lieu.

Mais il vaut mieux remettre la partie :

J'ai fur les bras une dame jolie

À qui je dois faire franchir le pas.

Elle le veut, & puis ne le veut pas.

L’époux n'aura dedans la confrairie

Si-tôt un pied, qu'à vous je reviendrai, Maître Phlipot, & tant vous galerai

Que ne jouerez ces tours de votre vie.

À coups de grife il faut que nous voyons Lequel aura de nous deux belle amie,

Et jouira du fruit de ces fillons.

Prendre pourrois d'autorité fuprême Touzelle & grain, champ & rave , enfin tout ; Mais je les veux avoir par le bon bout, N’efpérez plus ufer de ftratagème.

Dans huit jours d’hui je fuis à vous, Phlipot ; Et touchez là, ceci fera mon arme.

Le villageois étourdi du vacarme

Au farfadet ne put répondre un mot.

Perrette en rit ; c’étoit fa ménagere, Bonne galante en toutes les façons,

Et qui fçut plus que garder les moutons, Tant qu’elle fut en âge de bergere.

Elle lui dit : Phlipot, ne pleure point;

Je veux d'ici renvoyer de tout point

Ce diableteau : c'eft un jeune novice

Qui n’a rien vu ; je t'en tirerai hors :

Mon petit doigt fçauroit plus de malice , Si je voulois, que n’en fçait tout fon corps. Le jour venu, Phlipot qui n’étoit brave,

Se va cacher, non point dans nne cave; Trop bien va-t-il fe plonger tout entier Dans un profond & large benitier.

Aucun démon n’eût fçu par où le prendre, Tant fût fubtil ; car d'étoles, dit-on,

T1 s’affubla le chef, pour s’en défendre, S’étant plongé dans l’eau jufqu'an menton.

Or le laïflons ; il n'en viendra pas faute.

Tout le Clergé chante autour à voix haute V'ade retro. Perrette cependant

Eft au logis, le lutin attendant.

Le lutin vient : Perrette échévelée

Sort, & fe plaint de Phlipot en criant :

Ah le boutreau , le traître, le méchant!

1 ma perdue , il m'a toute affolée.

Au nom de dieu, Monfeigneur , fauvez-vous:

A coups de grife il m’a dit en courroux Qu'il fe devoit contre votre Excellence Battre tantôt, & battre à toute outrance.

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6 PB Drablie, 6

Pour s’éprouver , le perfide m'a fait Cette balafre. À ces mots au folet

Elle fait voir... Et quoi ? chofe terrible.

Le diable en eui une peur tant üoïrible, Qu'il fe figna, penfa prefque tomber:

Onc n’avoit vu , ne lu, n’oui conter Que coups de grife euflent femblable forme, Bref aufli-tôt qu'il apperçut l'énorme Solution de continuité,

Il demeura fi fort épouvanté,

Qu'il prit la fuite & laiffa-là Perrette.

Tous les voifins chommerent la défaite

De ce démon : le Clergé ne fut pas Des plus tardifs à prendre part au cas,

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