DE CONSCIENCE
Cependant la peine impofée Fut à fouffrir aflez aifée, Je n’en parlerai point ; feulement on {çaura Que Meffieurs les Curés , en tous ces cantons-là, Ainf qu’au nôtre , avoient des dévots & dévotes, Qui pour l'examen de leurs fautes Leur payoïent un tribut ; qui plus qui moins, felon Que le compte à rendre étoit long.
Du tribut de cet an Anne étant foucieufe, Arrive que Guillot pêche un brochet fort grand : Tout aufli-tôt le jeune amant Le donne à fa maitrefle ; elle toute joyeufe Le va porter du même pas Au Curé Meflire Thomas.
Il reçoit le préfent , il ladmire, & le drôle D'un petit coup {ur l'épaule La fillette régala, Lui foûrit, lui dit, voilà Mon fait ; joignant à cela D'autres petites affaires.
C'étoit jour de calende , & nombre de confreres Devoient diner chez lui. Voulez-vous doublement M'obliger , dit-il, à la Belle ?
Accommodez chez vous ce poiffon promptement, Puis l’apportez incontinent ; Ma fervante eft un peu nouvelle. K ij
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Anne court ; & voilà les prêtres arrivés.
Grand bruit, grande cohue; en cave on fe tranfportrte;
Aucuns des vins font approuvés ;
Chacun en raifonne à fa forte.
On met fur table ; & le Doyen Prend place, en faluant toute la compagnie.
Raconter leurs propos feroit chofe infinie ;
Puis le leteur s’en doute bien.
On permuta cent fois, fans permuter pas une.
Santés, dieu fçait combien ; chacun à fa chacune ? But en faifant de l'œil ; nul fcandale : on fervitit Potage , menus mets, & même jufqu’au fruit , Sans que le brochet vint : tout le diner s’achevee Sans brochet , pas un brin. Guillot, fçachant ce doon , L'avoit fait rétrater pour plus d’une raïfon. Légere de brochet la troupe enfin fe leve.
Qui fut bien étonné > qu'on le juge : il alla
Dire ceci, dire cela
A Madame Anne le jour même ; L’appella cent fois fotte ; & dans fa rage extrémne , Lui penfa reprocher l'aventure du bain.
Traiter votre Curé, dit-il, comme un coquin ! Pour quinous prenez-vous ? Pafteurs font-ce canailldes?
Alors par droit de reprefailles ,
Anne dit au prêtre outragé, Autant vaut l'avoir vu que de lavoir mangé.
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