OU LE PURGATOIRE
Surprit les gens : beaucoup ne vouloient croire Ce qu'ils voyoient. L'abbé paffa pour faint.
L'époux pour fien le fruit pofthume tint, Sans autrement de calcul ofer faire.
Double miracle étoit en cette affaire,
Et la groffefle, & le retour du mort.
On en chanta Té Dêums à renfort.
Stérilité régnoit en mariage
Pendant cet an ; & même au voifinage De l'abbaye , ençor bien que léans
On fe vouât pour obtenir enfans.
À tant laiflons l’économe & fa femme ;
Et ne foit dit que nous autres époux
Nous méritions ce qu'on fit à cette ame, Pour la guérir de fes foupçons jaloux.
LE PSAUTIER
AN CRE den, DS D
Ars Le
LE PSAUTIER
ANS et {ouffrez pour la derniere fois, Qu'en ce recueil malgré moi je vous place.
De vos bons tours les contes ne font froids.
Leur aventure a ne fçais quelle grace.
Qui n’eft ailleurs : ils emportent les voix.
Encore un donc, & puis c'en feront trois.
Trois ? je faux d’un ; c’en feront au moins quatre. Contons-les bien. Mazet le compagnon.
L’Abbefle ayant befoin d’un bon garçon, Pour la guérir d’un mal opiniître.
Ce Conte-ci qui n’eft le moins fripon.
ER RO RENE et
Quant à Sœur Jeanne ayant fait un poupon, Je ne tiens pas qu'il la faille rabattre.
Les voilà tous ; quatre, c’eft compte rond.
Vous me direz : c’eft une étrange affaire
Que nous ayons tant de part en ceci.
Que voulez-vous ? je n’y fçauroïs que faire:
Ce n’eft pas moi qui le fouhaite ainfi.
Si vous teniez toujours votre bréviaire, Vous n’auriez rien à démêler ici.
Mais ce n’eft pas votre plus grand fouci.
Paflons donc vite à la préfente hiftoire.
Dans un couvent de nones fréquentoit L iv
168 Le PSsAUTIER.
Un jouyenceau friand , comme on peut croire, De ces oifeaux. Telle pourtant prenoit
Goût à le voir, & des yeux le couvoit, Lui foûrioit , faifoit ia complaifante,
Et fe difoit fa très-humble fervante,
Qui pour cela d’un feul point n’avançoit.
Le conte dit que léans il n’étoit
Vieille ni jeune à qui le perfonnage
Ne fit fonger quelque chofe à part foi.
Soûpirs trotoient ; bien voyoit le pourquoi, Sans qu'il s’en mit en peine davantage.
Sœur Ifabeau feule pour fon ufage
Eut le galant : elle le méritoit.
Douce d'humeur, gentille de corfage,
Et n’en étant qu'à fon apprentiflage ,
Belle de plus ; ainfi lon envioit,
Pour deux raifons, fon amant & fes charmes.
Dans fes amours chacune l’épioit :
Nul bien fans mal, nul plaïfir fans allarmes.
Tant & fi bien l’épiérent les fœurs,
Qu'une nuit fombre, & propre à ces douceurs Dont on confie aux ombres le myftère,
En fa cellule on ouit certains mots,
Certaine voix , enfin certains propos
Qui n’étoient pas fans doute en fon bréviaire.
titan max detet
Er PsAUTIER.
C’eft le galant, ce dit-on : il eft pris; Et de courir : l’allarme eft aux efprits ; L’effaim frémit ; fentinelle fe pofe.
On va conter en triomphe la chofe
À mere abbefle ; & heurtant à grands coups, On lui cria : Madame, levez-vous ;
Sœur Ifabelle a dans fa chambre un homme.
Vous noterez que Madame n’étoit
En oraïfon, ni ne prenoit fon fomme :
Trop bien alors dans fon lit elle avoit Meflire Jean curé du voifinage.
Pour ne donner aux fœurs aucun ombrage, Elle fe leve en hâte , étourdiment, Cherche fon voile , & malheureufement Deflous fa maint ombe du perfonnage
Le haut -de- chauffe aflez bien reflemblant, Pendant la nuit, quand on n’eft éclairée, A certain voile aux nones familier, Nommé pour-lors entre elles leur Pfautier.
La voilà donc des gregues affublée.
Ayant fur foi ce nouveau couvre -chef;
Et s'étant fait raconter derechef Tout le catus, elle dit irritée:
Voyez un peu la petite effrontée , Fille du diable, & qui nous gâtera
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Notre couvent. Si dieu plait, ne fera:
S'il plait à dieu, bon ordre s’y mettra :
Vous la verrez tantôt bien chapitrée.