Tome II. L
Seroit-ce point quelque efpèce de fort ?
Puis il demande aux gens comme on les nomme, Ce qu'ils font là , d’où vient que dans ce lieu
L'on le retient, & qu'a-t-iù fait à dieu ?
L'un d'eux lui dit : confole-toi, Féronde,
Tu te verras citoyen du haut monde,
Dans mille ans d’hui complets & bien comptés. Auparavant il faut d’aucuns péchés
Te nettoyer en ce faint Purgatoire,
Ton ame un jour plus blanche que l’yvoire En fortira. L'Ange confolateur
Donne à ces mots au pauvre Receveur
Huit ou dix coups de forte difcipline ;
En lui difant : c’eft ton humeur mutine,
Et trop jaloufe , & déplaifante à dieu,
Qui te retient pour mille ans en ce lieu.
Le Receveur s'étant frotté l’épaule
Fait un foupir : mille ans ! c’eft bien du temps. Vous noterez que l’Ange étoit un drôle,
Un frere Jean, novice de léans:
Ses compagnons jouoient chacun un rôle Pareil au fien , deffous un feint habit.
Le Receveur requiert pardon, & dit :
Las, fi jamais je rentre dans la vie,
Jamais foupçon , ombrage & jaloufie
OÙ LE PURCGATOIRE. 163
Ne rentreront dans mon maudit efprit :
Pourrois-je point obtenir cette grace à On la lui fait efpérer ; non fi-tôt :
Force eft qu'un an dans ce féjour fe pañfe ; Là cependant il aura ce qu'il faut
Pour fuftenter fon corps , rien davantage ; Quelque grabat, du pain pour tout potage, Vingt coups dé fouet chaque jour ; fi l'abbé, Comme prélat rempli de charité,
N'obtient du ciel qu'au moins on lui remette, Non le total des coups , mais quelque quart, Voire moitié, voire la plus grand’part.
Douter ne faut qu'il ne s’en entremette,
À ce fujet difant mainte oraifon.
L'Ange en après lui fait un long fermon:
À tort, dit-il, tu conçus du foupçon ;
Les gens d’églife ont-ils de ces penfées ?
Un abbé blanc ! c’eft trop d’ombrage avoir ; Il n’écherroit que dix coups pour un noir.
Défais-toi donc de tes erreurs paflées.
Il s’y réfout. Qu’eût -il fait ? Cependant
Sire prélat & madame Féronde
Ne laïffent perdre un feul petit moment.
Le mari dit : que fait ma femme au monde ?
Ce qu'elle y fait ? tout bien. Notre prélat
L ij
L'a confolée , & ton économat
S'en va fon train, toujours à l'ordinaire.
Dans le couvent toujours a-t-elle affaire ?
Où donc ? il faut qu'ayant feule à préfeni Le faix entier fur foi, la pauvre femme, Bon gré malgré, léans aille fouvent,
Et plus encor que pendant ton vivant.
Un tel difcours ne plaifoit point à l'ame:
Ame j'ai cru le devoir appeller,
Ses pourvoyeurs ne le faifant manger Ainf qu'un corps. Un mois à cette épreuve Se paffe entier , lui jeûnant , & l'abbé Muitipliant œuvres de charité,
Et mettant peine à confoler la veuve.
Tenez pour für qu'il y fit de fon mieux.
Son foin ne fut long-temps infruétueux :
Pas ne femoit en une terre ingrate.
Pater Abbas, avec jufte fujet, Appréhenda d’être pere en effet.
Comme il n’eft bon que telle chofe éclate, Et que le fait ne puifle être nié;
Tant & tant fut par fa paternité
Dit d’oraifons, qu'on vit du purgatoire L’ame fortir , légere, & n'ayant pas ‘Once de chair. Un fi merveilleux cas