‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 4 sur 84 · RICHARD M TNT AT LT ONE · texte numérisé non relu

RICHARD M TNT AT LT ONE

Nouvelle tirée de Bocace.

Crsr de tout temps qu'a Naples on a vu Régner l'amour &c la galanterie, De beaux objets cet Etat eft pourvu, Mieux que pas un qui foit en Italie.

Femmes y font qui font venir l'envie :

D'être amoureux, quand on ne voudroit pas.

UNE fur-tout ayant beaucoup d’appas Eut pour amant un jeune gentilhomme, | Qu'on appelloit Richard Minutolo :

T1 n’étoit lors de Paris jufqu’à Rome | Galant qui fçût fi bien le numero.

Force lui fut ; d'autant que cette belle ( Dont fous le nom de Madame Catelle Il eft parlé dans le Décameron) Fut un long -temps fi dure & fi rebelle, Que Minutol n’en fçut tirer raifon.

Que fait-il donc ? comme il voit que fon zèle Ne produit rien , il feint d'être guéri ; Tl ne va plus chez Madame Catelle ; Il fe déclare amant d’une autre belle ;

Il fait femblant d’en être favori.

Catelle en rit ; pas grain de jaloufie.

Sa concurrente étoit fa bonne amie :

Si bien qu'un jour qu'ils étoient en devis, Minutolo , pour lors de la partie, Comme en paffant mit deflus le tapis Certain propos de certaines coquettés, Certain mari, certaines amourettes , Qu'il controuva , fans perfonne nommer ; Et fit fi bien que Madame Catelle

De fon époux commence à s’alarmer, Entre en foupçon, prend le morceau pour elle : Tant en fut dit, que la pauvre femelle, Ne pouvant plus durer en tel tourment , Voulut fçavoir de fon défunt amant, Qu'elle tira dedans une ruelle,

De quelles gens il entendoit parler ; Qui, quoi, comment , & ce quil vouloit dire.

Vous avez eu, lui dit-il, trop d’empire Sur mon efprit pour vous diffimuler.

Votre mari voit Madame Simone :

Vous connoiflez la galante que c’eft :

Je ne le dis pour offenfer perfonne ;

Mais il y va tant de votre intérêt, Que je n'ai pu me taire davantage.

MIN WT:O E:0.

Si je vivois deffous votre fervage ,

Comme autrefois, je me garderois bien

De vous tenir un femblable langage ,

Qui de ma part ne feroit bon à rien.

De fes amans toujours on fe méfe.

Vous penferiez que par fupercherie

Je vous dirois du mal de votre époux; Mais, grace à Dieu, je ne veux rien de vous.

Ce qui me meut n’eft du tout que bon zèle.

Depuis un jour j'ai certaine nouvelle

Que votre époux chez Janot le baigneur Doit fe trouver avecque fa donzelle.

Comme Janot n’eft pas fort grand feigneur, Pour cent ducats vous lui ferez tout dire; Pour cent ducats il fera tout aufli.

Vous pouvez donc tellement vous conduire , Qu’au rendez-vous trouvant votre mari,

Il fera pris fans s’en pouvoir dédire.

Voici comment. La Dame a fipulé,

Qu'en une chambre , où tout fera fermé, L'on les mettra ; foit craignant qu’on n'ait vue Sur le baigneur ; foit que fentant fon cas, Simone encor n’ait toute honte bue.

Prenez fa place, & ne marchandez pas :

Gagnez Janot ; donnez-lui cent ducats;

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Il vous mettra dedans la chambre noire ; Non pour jeûner, comme vous pouvez croire :

Trop bien ferez tout ce qu'il vous plaira.

Ne parlez point ; vous gâteriez l’hiftoire :

Et vous verrez comme tout en ira.

L'expédient plut très-fort à Catelle.

De grand dépit Richard elle interrompt.

Je vous entends : c’eft aflez , lui dit-elle; Laiflez -moi faire ; & le drôle & fa belle Verront beau jeu, fi la corde ne rompt.

Penfent-ils donc que je fois quelque buze :

Lors pour fortir elle prend une excufe ;

Et tout d’un pas s’en va trouver Janot, A qui Richard avoit donné le mot. L'argent fait tout : fi l’on en prend en France

Pour obliger en de femblables cas;

On peut juger avec grande apparence, Qu'en Italie on n’en refufe pas.

Pour tout carquois , d’une large efcarcelle En ce pays le Dieu d'amour fe fert.

Janot en prend de Richard, de Catelle ; Il en eût prit du grand diable d’enfer.

Pour abreger, la chofe s’éxécute

Comme Richard s’étoit imaginé.

Sa maitrefle eut d’abord quelque difpute

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