EN ENFER
Frere Ruftic peu de vierges faifoit.
Cette leçon ne fut la plus aïfée ;
Dont Alibech non encor déniaifée
Dit : il faut bien que le Diable en effet Soit une chofe étrange & bien mauvaife, Il brife tout : voyez le mal qu'il fait
À fa prifon : non pas qu'il m'en déplaife ; Mais il mérite en bonne vérité
D'y retourner. Soit fait, ce dit le frere.
Tant s’appliqua Ruftic à ce myflère, :
Tant prit de foin, tant eut de charité, Qu’enfin l'Enfer s’accoutumant au Diable,
, Eût eu toujours fa préfence agréable,
Si l'autre eût pu toujours en faire eflai.
Sur quoi la Belle : on dit encor bien vrai Qu'il n’eft prifon fi douce , que fon hôte En peu de temps ne s’y lafle fans faute.
Bientôt nos gens ont noïfe fur ce point.
En vain l'Enfer fon prifonnier rappelle ;
Le Diable eft fourd ; le Diable n’entend point.
L'Enfer s'ennuie ; autant en fait la Belle.
Ce grand defir d’être fainte s’en va.
Ruftic voudroit être dépétré d’elle.
Elle pourvoit delle -même à cela.
Furtivement elle quitte le Sire :
Ni
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Par le plus court s’en retourne chez foi.
Je fuis en foin de ce qu’elle put dire
A fes parens : c’eft ce qu’en bonne foi, Jufqu'à préfent je n'ai bien fçu comprendre.
Apparemment elle leur fit entendre
Que fon cœur mu d’un appétit d'enfant, L’avoit portée à tâcher d’être fainte.
Ou Pon la crut, ou l’on en fit femblant.
Sa parenté prit pour argent comptant
Un tel motif : non que de quelque atteinte À fon Enfer on n’eût quelque foupçon; Mais cette chartre eft faite de façon
Qu'on n’y voit goute , & maint geolier s’y trompe.
Alibech fut feftinée en grand pompe, L’hiftoire dit que par fimplicité ,
Elle conta la chofe à fes compagnes :
Befoin n’étoit que votre fainteté,
Ce lui dit-on, traversât ces campagnes.
On vous auroit fans bouger du logis, Même leçon , même fecret appris.
Je vous aurois, dit l’une , offert mon frere : Vous auriez eu, dit l’autre, mon coufin; Et Néherbal notre prochain voifin,
N’eft pas non plus novice en ce myftère, Il vous recherche ; acceptez ce parti,