‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 45 sur 84 · EN ENFER · texte numérisé non relu

EN ENFER

Frere Ruftic peu de vierges faifoit.

Cette leçon ne fut la plus aïfée ;

Dont Alibech non encor déniaifée

Dit : il faut bien que le Diable en effet Soit une chofe étrange & bien mauvaife, Il brife tout : voyez le mal qu'il fait

À fa prifon : non pas qu'il m'en déplaife ; Mais il mérite en bonne vérité

D'y retourner. Soit fait, ce dit le frere.

Tant s’appliqua Ruftic à ce myflère, :

Tant prit de foin, tant eut de charité, Qu’enfin l'Enfer s’accoutumant au Diable,

, Eût eu toujours fa préfence agréable,

Si l'autre eût pu toujours en faire eflai.

Sur quoi la Belle : on dit encor bien vrai Qu'il n’eft prifon fi douce , que fon hôte En peu de temps ne s’y lafle fans faute.

Bientôt nos gens ont noïfe fur ce point.

En vain l'Enfer fon prifonnier rappelle ;

Le Diable eft fourd ; le Diable n’entend point.

L'Enfer s'ennuie ; autant en fait la Belle.

Ce grand defir d’être fainte s’en va.

Ruftic voudroit être dépétré d’elle.

Elle pourvoit delle -même à cela.

Furtivement elle quitte le Sire :

Ni

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Par le plus court s’en retourne chez foi.

Je fuis en foin de ce qu’elle put dire

A fes parens : c’eft ce qu’en bonne foi, Jufqu'à préfent je n'ai bien fçu comprendre.

Apparemment elle leur fit entendre

Que fon cœur mu d’un appétit d'enfant, L’avoit portée à tâcher d’être fainte.

Ou Pon la crut, ou l’on en fit femblant.

Sa parenté prit pour argent comptant

Un tel motif : non que de quelque atteinte À fon Enfer on n’eût quelque foupçon; Mais cette chartre eft faite de façon

Qu'on n’y voit goute , & maint geolier s’y trompe.

Alibech fut feftinée en grand pompe, L’hiftoire dit que par fimplicité ,

Elle conta la chofe à fes compagnes :

Befoin n’étoit que votre fainteté,

Ce lui dit-on, traversât ces campagnes.

On vous auroit fans bouger du logis, Même leçon , même fecret appris.

Je vous aurois, dit l’une , offert mon frere : Vous auriez eu, dit l’autre, mon coufin; Et Néherbal notre prochain voifin,

N’eft pas non plus novice en ce myftère, Il vous recherche ; acceptez ce parti,

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