‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 50 sur 84 · EAU SEMENT · texte numérisé non relu

EAU SEMENT

De quoi tant craindre ? Eh là là, Magdeleine , Vous n’avez pas toujours eu tant de peine

À tout ôter : comment donc faites-vous , Quand vous cherchez vos puces ? dites-nous, Meffire Jean eft-ce quelqu'un d’étrange ?

Que craignez-vous ? hé quoi ? qu’il ne vous mange ? CÇà dépêchons ; c’eft par trop marchandé.

Depuis le temps Monfieur notre curé

Auroïit déja parfait fon entreprife.

Difant ces mots, il Ôte la chemife,

Regarde faire, & fes lunettes prend.

Meflire Jean par le nombril commence, Pofe deflus une main en difant,

Que ceci foit beau poitrail de jument.

Puis cette main dans le pays s'avance.

L'autre s’en va transformer ces deux monts Qu'en nos climats les gens nomment tetons ; Car quant à ceux qui, fur l’autre hémifphere, Sont étendus , plus vaftes en leur tour,

Par révérence on ne les nomme guère; Meffire Jean leur fait auffi fa cour,

Difant toujours pour la cérémonie ,

Que ceci foit telle ou telle partie,

Ou belle croupe , ou beaux flancs , tout enfin. Tänt de façons mettoient Pierre en chagrin;

pv COMPÈRE PIERRE. 205

Et ne voyant nul progrès à la chofe,

Il prioit dieu pour la métamorphofe :

C'étoit en vain; car de lenchantement Toute la force & l’accompliflement

Gifoit à mettre une queue à la bête :

Tel ornement eft chofe fort honnête.

Jean ne voulant un tel point oublier L’attache donc : lors Pierre de crier,

Si haut qu'on l’eût entendu d’une lieue :

Meffire Jean, je ny veux point de queue ; Vous l’attachez trop bas, Meffire Jean.

Pierre à crier ne fut fi diligent,

Que bonne -part de la cérémonie

Ne fût déja par le prêtre accomplie.

A bonne fin le refte auroit été,

Si, non content d’avoir déja parlé ,

Pierre encor n’eût tiré par la foutane

Le curé Jean, qui lui dit : foin de toi.

T'avois-je pas recommandé , gros âne,

De ne rien dire, & de demeurer coi ?

Tout eft gâté : ne t'en prens qu'à toi-même.

Pendant ces mots l'époux gronde à part foi.

Magdeleine eft en un courroux extrême , Querelle Pierre & lui dit : malheureux , Tu ne feras qu'un miférable gueux

206 La JvmEenrTr, €,

Toute ta vie ; & puis viens-ten me braire; Viens me conter ta faim & ta douleur.

Voyez un peu : Monfieur notre pafteur Veut, de fa grace, à ce traine -malheur Montrer de quoi finir notre mifere :

Mérite -t-il le bien qu’on lui veut faire ?

Meñtire Jean , laïflons-là cet oïfon :

Tous les matins, tandis que ce veau lie

Ses choux, fes aulx, fes herbes, fon oignon, Sans l’avertir, venez à la maïfon ;

Vous me rendrez une Jument polie.

Pierre reprit : plus de Jument, m’amie ;

Je fuis content de n'avoir qu'un grifon.

Le D

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