LA MENT
Et d’abondant, la vache à notre femme, Nous a promis qu’elle feroit un veau :
Prenez le tout. Je ne veux nul falaire, Dit le pafteur : obliger mon compere, Ce m'eft aflez. Je te dirai comment :
Mon deffein eft de rendre Magdeleine Jument le jour, par art d’enchantement , Lui redonnant fur le foir forme humaine.
Très-grand profit pourra certainement T'en revenir ; car ton âne eft fi lent, Que du marché l’heure eft prefque pafñlée Quand il arrive ; ainfi tu ne vends pas, Comme tu veux, tes herbes, ta denrée, Tes choux , tes aulx, enfin tout ton tracas. Ta femme étant jument forte & membrue, fra plus vite , & fi-tôt que chez toi
Elle fera du marché revenue ;
Sans pain ni foupe, un peu d'herbe menue Lui fuffira. Pierre dit : fur ma foi,
Mefire Jean, vous êtes un fage homme.
Voyez que c’eft d’avoir étudié !
Vend-on cela ? fi j'avois groffe fomme, Je vous l’aurois parbieu bien-tôt payé.
Jean pourfuivit : or çà je t'apprendrai
Les mots, la guife, & toute la maniere
Par où jument bien-faite & pouliniere Auras de jour , belle femme de nuit.
Corps , tête, jambe , & tout ce qui s'enfuit Lui reviendra : tu n’as qu'à me voir faire.
Tais-toi fur-tout ; car un mot feulement Nous gâteroit tout notre enchantement ; Nous ne pourrions revenir au myftère,
De notre vie : encore un coup motus; Bouche coufue : ouvre les yeux fans plus :
Toi-même après pratiqueras la chofe.
Pierre promet de fe taire, & Jean dit :
Sus, Magdeleine ; il fe faut, & pour caufe ; Dépouiller nue & quitter cet habit :
Dégrafez-moi cet atour des dimanches :
Fort bien. Otez ce corfet & ces manches :
Encore mieux. Défaites ce jupon :
Très-bien cela. Quand vint à la chemife, La pauvre époufe eut en quelque façon
De la pudeur, Être nue ainfi mife
Aux yeux des gens ! Magdeleine aimoit mieux Demeurer femme, & juroit fes grands dieux De ne foufrir une telle vergogne.
Pierre lui dit : voilà grande befogne !
Eh bien , tous deux nous fçaurons comme quoi Vous êtes faite : eft-ce, par votre foi,
pu COMPERE PIERRE. 203