LES LUNETTES
Que l'une va prendre dans les cuifines Tous les balais, & que l'autre s’en court
À l’arfenal où font les difciplines ,
Qu'une troifiéme enferme à double tour
Les fœurs qui font jeunes & pitoyables, Bref que le fort ami du marjeolet
Ecarte aiñfi toutes les déteftables ;
Vient un meünier monté fur fon mulet, Garçon quarré , garçon couru des filles,
Bon compagnon , & beau joueur de quilles.
Oh oh ! dit-il, qu'eft-ce là que je voi?
Le plaïfant faint ! jeune homme, je te prie, Qui ta mis là ? font-ce ces fœurs, dis-moi ?
Avec quelqu'une as-tu fait la folie ?
Te plaifoit-elle ? étoit-elle jolie ?
Car à te voir, tu me portes, ma foi, (Plus je regarde & mire ta perfonne })
Tout le minois d'un vrai croqueur de none.
L'autre répond : hélas ! c’eft le rebours :
Ces nones m'ont en vaifi prié d'amours ; Voilà mon mal : dieu me doirit patience ; Car de commettre une fi grande offenfe, J'en fais fcrupule ; & fût-ce pour le roi; Me donnât-oôn aufli gros d’or que moi.
Le meûnier rit ; & fans autre myfière
Les LoOvVETTESs Vous le délie, & lui dit : idiot,
Scrupule , toi qui n’es qu'un pauvre haire !
C’eft bien à nous qu'il appartient d’en faire ! Notre curé ne feroit pas fi fot.
Vite fuis-t-en, m'ayant mis en ta place:
Car auffi bien tu n’es pas comme moi, Franc du collier, & bon pour cet emploi.
Je n’y veux point de quartier ni de grace:
Viennent ces fœurs ; toutes, je te repond, Verront beau jeu , fi la corde ne rompt.
L'autre deux fois ne fe le fait redire.
Il vous lattache , & puis lui dit adieu, Large d’épaules , on auroit vu le Sire Attendre nud les nonains en ce lieu.
L’efcadron vient , porte en guife de cierges, Gaules & fouets ; proceflion de verges, Qui fit la ronde à l’entour du meñnier, Sans lui donner le temps de fe montrer, Sans l’avertir. Tout beau, dit-il, Mefdames : Vous vous trompez ; confidérez -moi bien :
Je ne fuis pas cet ennemi des femmes,
Ce fcrupuleux qui ne vaut rien à rien.
Employez-moi ; vous verrez des merveilles :
Si je dis faux , coupez -moi les oreilles.
D'un certain jeu je viendrai bien à bout ;
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fi4 Les LUNETTES.
Mais quant au fouet , je n’y vaux rien du tout : Qu’entend ce ruftre, & que nous veut-il dire , S’écria lors une de nos fans -dents ?
Quoi ! tu n’es pas notre faifeur d’enfans ?
Tant pis pour toi, tu pairas pour le Sire.
Nous n'avons pas telles armes en main, Pour demeurer en un fi beau chemin.
Tiens, tiens ; voilà lébat que l’on defite.
À ce difcours, fouets de rentrer en jeu, Verges d'aller, & non pas pour un peu; Meünier de dire en langue intelligible, Crainte de n'être aflez bien entendu, Mefdames , je... ferai tout mon poffible, Pour m'acquitter de ce qui vous eft du.
Plus il leur tient des difcours de la forte, Plus la fureur de l'antique cohorte
Se fait fentir. Long-temps il s’en fouvint.
Pendant qu’on donne au maître l’anguillade , Le mulet fait fur lherbette gambade.
Ce qu'à la fin l’un & l’autre devint,
Je ne le fçais, ni ne m'en mets en peine.
Suñit d’avoir fauvé le jouvenceau. Pendant un temps, les leéteurs, pour douzaiie De ces nonains au corps gent & fi beau, N’auroient voulu, je gage, être en fa peau.
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