‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 6 sur 84 · MINUTOLO · texte numérisé non relu

MINUTOLO

Va, déloyal ; va-t-en, je te le dis.

Je fuis bien fotte, & bien de mon pays, De te garder la foi de mariage :

À quoi tient-il que, pour te rendre fage, Tout fur le champ je n’envoye querir Minutolo qui m’a fi fort chérie ?

Je le devrois , afin de te punir ;

Et fur ma foi j'en ai prefque l'envie.

À ce propos le galant éclata.

Tu ris, dit-elle ; à Dieux ! quelle infolence ! Rougira-t-1l ? voyons fa contenance, Lors de fes bras la Belle s’échappa ; D'une fenêtre à tâtons approcha ;

L’ouvrit de force , & fut bien étonnée Quand elle vit Minutol fon amant,

Elle tomba plus d'à demi-pâmée.

Ah ! qui t'eût cru, dit-elle, f méchant !

Que dira-t-on ! me voilà diffamée.

Qui le fçaura, dit Richard à linftant ?

Janot eft für ; j'en répons fur ma vie.

Excufez donc fi je vous ai trahie :

Ne me fçachez mauvais gré d’un tel tour :

Adrefle , force, & rufe, & tromperie, Tout eft permis en matiere d'amour, J'étois réduit , avant ce ftratagème,

À vous fervir fans plus pour vos beaux yeux : Ai-je failli de me-payer moi-même ?

L’euffiez-vous fait ? non fans dotite ; & les dieux En ce rencontre ont tout fait pour le mieux.

Je fuis content ; vous n’êtes point coupable ; Eft-ce de quoi paroïtre inconfolable ?

Pourquoi gémir ? j'en connois , dieu merci, Qui voudroient bien qu’on les trompât ainfi.

Mais ce difcours n’appaifa point Catelle.

Elle fe mit à pleurer tendrement,

En cet état elle parut fi belle,

Que Minutol de nouveau s’enflâmant

Lui prit la main. Laïfle - moi, lui dit-elle: Contente-toi. .. veux-tu donc que j'appelle Tous les voifins, tous les gens de Janot ?

Ne faites point, dit-il, cette folie ;

Votre plus court eft de ne dire mot.

Pour de l'argent, & not par tromperie ;

( Comme le monde eft à préfent bati }

L'on vous croiroit venue en ce lieu- ci.

Que fi d’ailleurs cette fupercherie

Alloit jamais jufqu’à votre mari,

Quel déplaifir ! fongez-y, je vous prie; En des combats n’engagez point fa vie ; Je fuis du moins auffi mauvais que lui,

MINvUTOLO.

À ces raifons enfin Catelle céde.

La chofe étant, pourfuit-il , fans reméde, Le mieux fera que vous vous confoliez.

N'y penfez plus. Si pourtant vous vouliez...

Mais banniffons bien loin toute efpérance ; Jamais mon zèle & ma perfévérance

N'ont eu de vous que mauvais traitements Si vous vouliez, vous feriez aifément

Que le plaïfir de cette jouiflance

Ne feroit pas, comme il eft, imparfait :

Que refte-t-il ? le plus fort en eft fait.

Tant bien fçut dire & prêcher, que la Dame, Sèchant fes yeux , rafférénant fon ame, Plus doux que miel à Ja fin l’écouta.

D'une faveur en une autre il paffa;

Eut un {ouris, puis après autre chofe,

Puis un baïfer, puis autre chofe encor; Tant que la belle ; après un peu d'effort, Vient à fon point, & le drôle en difpofe.

Heureux cent fois plus qu'il n’avoit été; Car quand l'amour d'un & d'autre côté Veut s’entremettre , & prend part à laffure, Tout va bien mieux, comme m'ont aflûré Ceux que l’on tient fçavans en ce myftere, Ainfi Richard jouit de fes amours,

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