LE FAISEUR
L'ordre donné : ce ne fut pas merveille ;
La ctainte donne aux bêtes de l’efprit.
André venu, l'époux guète ne tarde,
Monte, & fait bruit. Le compagnon regarde
Où fe fauver : nul endroit il ne vit,
Qu'une ruelle en laquelle il fe mit.
Le mari frappe ; Alix ouvre la porte,
Et de la main fait figne incontinent ,
Qu'en la ruelle eft caché le galant.
Sire Guillaume étoit armé de forte
Que quatre Andrés n’auroient pu l’étonner,
I fort pourtant, & va querir main forte,
Ne le voulant fans doute affafliner ;
Mais quelque oreille au pauvre homme couper ;
Peut-être pis ; ce qu’on coupe en Furquie ;
Pays cruel & plein de barbarie.
C’eft ce qu'il dit à fa femme tout bas :
Puis lemmena, fans qu’elle osât rien dire ;
Ferma très-bien la porte fur le fire.
André fe crut forti d’un mauvais pas ,
Et que l’époux ne fçavoit nulle chofe;
Sire Guillaume, en rêvant à fon cas,
Change d'avis, en foi-même propofe
De fe venger avecque moins de bruit ;
Moins de fcandale , & beaucoup plus de fruit. Abx,
D'OREILLES, Alix, dit-il, allez querir la femme De fire André ; contez-lui votre cas De bout en bout ; courez, n’y manquez pas Pour l’'amener vous direz à la Dame, Que fon mari court un péril très-grand ; Que je vous ai parlé d’un châtiment Qui la regarde , & qu'aux faifeurs d’oreilles On fait fouffrir , en rencontres pareilles, Chofe terrible , & dont le feul penfer Vous fait drefler les cheveux à la tête ; Que fon époux eft tout prêt d’y pañer ; Qu'on n'attend qu’elle, afin d’être à la fête; Que toutefois, comme elle n’en peut mais, Elle pourra faire changer la peine.
Amenez-la, courez : je vous promets D'’oublier tout , moyennant qu’elle vienne.
Madame Alix bien joyeufe s’en fut Chez fire André ; dont la femme accourut En diligence, & quafi hors d’haleine ; Puis monta feule, & ne voyant André, Crut qu'il étoit quelque part enfermé.
Comme la Dame étoit en ces alarmes, Sire Guillaume ayant quitté fes armes, La fait afleoir, & puis commence ainfi.
L'ingratitude .eft mere de tout vice.