Tome LI. Q
242 Le FArSEUR
André m'a fait un notable fervice ;
Parquoi devant que vous fortiez d'ici,
Je lui rendrai, fi je puis, la pareille.
En mon abfence il a fait une oreille
Au fruit d’Alix : je veux d’un fi bon tour Me revancher ; & je penfe une chofe:
Tous vos enfans ont le nez un peu court :
Le moule en eft affürément la caufe.
Or je les fçais des mieux raccommoder.
Mon avis donc eft que, fans retarder , Nous pourvoyons de ce pas à l'affaire.
Difant ces mots, il vous prend la commere , Et près d'André la jetta fur le lit,
Moitié raifin, moitié figue en jouit.
La Dame prit le tout en patience ;
Bénit le ciel de ce que la vengeance Tomboit fur elle, & non fur fire André; Tant elle avoit pour lui de charité,
Sire Guillaume étoit de fon côté
Si fort ému, tellement irrité,
Qu'à la pauvrette il ne fit nulle grace
Du talion, rendant à fon époux
Fèves pour pois , & pain blanc pour fouace.
Qu'on dit bien vrai, que fe venger eft doux ! Très -fage fut d'en ufer de la forte.
D'ORzILLES, 6e
Puifqu'il vouloit fon honneur réparer ,
Ïl ne pouvoit mieux que par cette porté D'un tel affront, à mon fens, fe tirer.
André vit tout, & n’ofa murmurer ;
Jugea des coups ; mais ce fut fans rien dire, Et loua dieu que le mal n’étoit pire.
Pour une oreille il auroit compofé;
Sortir à moins, c’étoit pour lui merveilles ? Je dis à moins ; car mieux vaut, tout prifé » Cornes gagner que perdre fes oreilles,