‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 68 sur 84 · LE REMEDE · texte numérisé non relu

LE REMEDE

Qu'incontinent l'Aurore aux doigts de rofe , Ayant ouvert les portes d'Orient,

La gouvernante ouvrit tout en riant, Reméde en main, les portes de la chambre:

Par grand bonheur il s’en rencontra deux ; Car la faifon approchoit de feptembre , Mois où le chaud & le froid font douteux.

La fille alors ne fut pas aflez fine ;

Elle n’avoit qu'à tenir bonne mine,

Et faire entrer l'amant au fond des draps, Chofe facile autant que naturelle :

L'émotion lui tourna la cervelle ;

Elle fe cache elle-même, & tout bas

Dit en deux mots quel eft fon embarras.

L'amant fut fage ; il préfenta pour elle

Ce que Brunel à Marphife montra.

La gouvernante, ayant mis fes lunettes ; Sur le galant fon adrefle éprouva :

Du bain interne elle le régala,

Puis dit adieu, puis après s’en alla.

Dieu la conduife, & toutes celles-là

Qui vont nuïfant aux amitiés fecretres.

Si tout ceci pafloit pour des fornettes,

( Comme il fe peut , je n’en vondrois jurer } On chercheroit de quoi me cenfurer,

LE REMEDr 26%.

Les Critiqueurs font un peuple févere :

Ils me diront, votre Belle en fortit

En fille fotte & n'ayant point d’efprit ; Vous lui donnez un autre caraétere ;

Cela nous rend fufpeéte cette affaire ; Nous avons lieu d'en douter , auquel cas Votre prologue ici ne convient pas.

Je répondrai. . . Mais que fert de répondre ? C'eft un procès qui n’auroit point de fin:

Par cent raifons j'aurois beau les confondre ;. Cicéron même y perdroit fon latin.

Ïl me fufñit de-n’avoir en l'ouvrage

Rien avancé qu'après des gens de foi:

J'ai mes garans ; que veut-on davantage ?

Chacun ne peut en dire autant que mou.

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