‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 67 sur 84 · DATES TES · texte numérisé non relu

DATES TES

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LE REMED E.

S: l'on fe plaît à l'image du vrai,

Combien doit-on rechercher le vrai même ?

J'en fais fouvent dans mes contes l’effai,

Et vois toujours que fa force eft extrême;

Et qu'il attire à foi tous les efprits.

Non qu'il ne faille en de pareils écrits, Feindre les noms : le refte de l'affaire

Se peut conter fans en rien déguifer ;

Mais quant aux noms, il faut au moins les taire; Et c’eft ainfi que je vais en ufer.

PRÈS du Mans donc, pays de fapience, Gens pefant l'air, fine fleur dé Normand, Une pucelle eut n’a guére un amañt,

Frais , délicat, & beau par excellence ; Jeune fur-tout, à peine fon menton

S’étoit vêtu de fon premier coton.

La fille étoit un parti d'importance :

Charmes & dot, aucun point ny manquoit; Tant & fi bien que chacun s’appliquoit

À la gagner ; tout le Mans y ‘couroit.

Ce fut en vain ; car le cœur de la fille Inclinoit trop pour notre jouvenceau :

Les feuls parenss, par un efprit Manceau,

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La deflinoient pour une autre famille.

Elle fit tant autour d’eux que amant,

Bon gré, malgré, je ne fçais pas comment, Eut à ia fin accès chez fa mäitrefle.

Leur indulgence, ou plutôt fon adrefle, Peut-être auff fon fang & fa nobleffe

Les fit changer , que fçai-je quoi ? tout duit Aux gens heureux ; car aux autres tout nuit L'amant le fut : les parens de la Belle

Sçurent prifer fon mérite & fon zèle.

C’étoit-là tout ? eh que faut-il encor ?

Force comptant : les biens du fiécle d’or

Ne font plus biens ; ce n’eft qu'une ombre vaines " © tems heureux ! je prévois qu'avec peine Tu reviendras dans le pays du Maine :

Ton innocence eût fecondé l’ardeur

De notre amant & hâté cette affaire ; Mais des parens l'ordinaire lenteur

Fit que la Belle, ayant fait dans fon cœur Cet hyménée , acheva le myftere

Selon les us de l'fle de Cythere.

Nos viéux Romans, en leur ftyle plaifant ; Nomment cela paroles, de préfent.

Nous y voyons pratiquer cet ufage , Demi-amour, & demi-mariage,

LE REMED»D Tr.

Table d'attente, avant-goût de l’'hymen.

Amour n’y fit un trop long examen:

Prêtre & parent tout enfemble & notaire , En peu de jours il confomma l'affaire :

L’efprit Manceau n’eut point part à ce fait.

Voilà notre homme heureux & fatisfait, Paffant les nuits avec fon époufée ;

Dire comment , ce feroit chofe aifée:.

Les doubles clefs , le bréchet à. l’enclos,.

Les menus dons qu’on fit à la foubrette, Rendoient l'époux jouiffant en repos D'une faveur douce autant que fecrette.

Avint pourtant que notre Belle un foir , En fe plaignant, dit à fa gouvernante, Qui du fecret n’étoit participante,

Je me fens mal ; n’y fçauroit-on pourvoir à

L'autre reprit, il vous faut un reméde :

Demain matin nous en dirons deux mots Minuit venu, l'époux mal à propos...

Tout plein encor du feu qui le pofféde, Vient de fa part chercher foulagement, Car chacun fent ici-bas fon tourment.

On ne lavoit averti de la chofe.

Il n’étoit pas fur les bords du fommeil, Qui fuit fouvent l’'amoureux appareil ,

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