‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 71 sur 84 · IN DISCRETS · texte numérisé non relu

IN DISCRETS

Que les parens d’Aminte , bons bourgeoïs, Et qui n’avoient que cette fille unique,

La nourrifloient , & tout fon domeftique , Et fon époux, fans que , hors cette fois, Rien eût troublé la paix de leur famille.

La mere donc s’en va trouver fa fille ;

Le pere fuit , laïfle fa femme entrer, Dans le deffein feulement d'écouter.

La porte étoit entr'ouverte ; il s'approche ; Bref il entend la noïfe & le reproche Que fit fa femme à leur fille en ces mots:

Vous avez tort : j'ai vu beaucoup de fots, Et plus encor de fottes en ma vie;

Mais qu'on pût voir telle indiferètion!

Qui l’auroit cru ? car enfin, je vous prie ; Qui vous forçoit ? quelle obligation

De révéler une chofe femblable ?

Plus d’une fille a forligné : le diable

Eft bien fubtil ; bien malins font les gens:

Non pour cela que lon foit excufable ;

Il nous faudroit toutes dans des couvens, Claquemurer jufqu’à notre hyménée.

Moi qui vous parle ai même deftinée; J'en garde au cœur un fenfible regret.

J'eus trois enfans avant mon mariage.

268 LES Arezvx

À votre pere ai-je dit ce fecret ?

En avons-nous fait plus mauvais ménage À

Ce difcours fut à peine proféré,

Que l’écoutant s’en court , & tout outré, Trouve du bât ka fangle & fe l’attache , Puis va criant par-tout : Je fais fanglé.

Chacun en rit, encor que chacun fçache Qu'il a de quoi faire rire à fon tour.

Les deux maris vont dans maint carrefour ; Criant, courant , chacun à fa maniere, Bâté le gendre , & fanglé le beau-pere..

On doutera de ce dernier point-ci;

Mais il ne faut telle chofe mécroire.

Et par exemple, écoutez bien ceci :

Quand Roland fçut les plaïfirs & la gloire Que dans la grotte avoit eu fon rival, D'un coup de poing il tua fon cheval.

Pouvoit-il pas, trainant la pauvre bête .

Mettre de plus la felle fur fon dos ?

Puis s’en aller, tout du haut de fa tête Faire crier & redire aux échos,

Je fuis bâté, fanglé , car il nimporte, Tous deux font bons. Vous voyez de la forte Que ceci peut contenir vérité.

Ce n’eft aflez, cela ne doit fufire ;

INDISCRMETS. 169

faut auf montrer l'utilité

De ce récit; je m'en vais vous la dire.

L'heureux Damon me femble un pauvre fire;

a confiance eut bientôt tout gâté.

Pour la fottife & la fimplicité De fa moitié, quant à moi je l’admire.

Se confeffer à fon propre mari!

Quelle folie ! imprudence eft un terme Foible à mon fens pour exprimer ceci.

Mon difcours donc en deux points fe renferme, Le nœud d’hymen doit être reipetté, Veut de la foi, veut de l'honnêteté :

Si par malheur quelque atteinte un peu forte Le fait clocher d’un ou d'autre côté, Comportez-vous de maniere & de forte Que ce fecret ne foit point éventé.

Gardez de faire aux égards banqueroute :

Mentir alors eft digne de pardon. Je donne ici de beaux confeils fans doute :

Les ai-je pris pour moi-même ? hélas ! non.

mms nes

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