‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 80 sur 84 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

Soupirs, fouris flatteur , tout eft mis en ufage, Quand il s’agit d'attraper un amant.

Je n’en dirai pas davantage, Ledteur , regardez feulement La finette Cataut jouer fon perfonnage , Et comment elle met le roflignol en cage ; Après je m'en rapporte à votre jugement.

Dans une ville d'Italie, Dont je. n’ai jamais fçu le nom,

Fut une fille fort jolie, Son pere étoit meflire Varambon :

Bocace ne dit point comme on nommoit la mere, Aufñ cela n’eft pas trop utile à fçavoir ; La fille s’appelloit Catherine ; & pour plaire

Elle avoit amplement tout ce qu'il faut avoir ; Age de quatorze ans, teint de lis & de rofes, Beaux yeux, belle gorge, & beaux bras, Grands préjugés pour les fecrets appas.

Le leGteur penfe bien qu'avec toutes ces chofes , Fillette manque rarement D'un amant.

Aufli n’en manqua la pucelle :

Richard la vit, l’aima, fit tant en peu de jours, Par fes regards, par fes difcours, Qu'il alluma pour lui dans le cœur de la Belle

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La même ardeur qu'il reffentoit pour elle.

L'un de l’autre déja faifoit tous les plaifirs ; Déja mêmes langueurs, déja mêmes defirs ;

Defirs de quoi ? befoin n’ai de le dire, Sans trop d’habileté l’on peut le deviner ; Quand un cœur amoureux à cet âge foupire ,

On fçait aflez ce qu'il peut defirer.

Un point de nos amans retardoit le bonheur:

La mere aimoit fa fille avecque tant d’ardeur,

Qu'elle n’auroit fçu vivre un feul moment fans elle ;

Le jour l’avoit toujours pendue à fon côté,

à Et la nuit la faifoit coucher dans fa ruelle.

Un peu moins de tendrefle , & plus de liberté Eût mieux accommodé la Belle,

Cet excès d'amour maternelle Ef bon pour les petits enfans:

Mais fillette de quatorze ans Bientôt s’en laffe & s’en ennuie.

Catherine en jour de fa vie N’avoit pu profiter d’un feul petit moment ; Pour entretenir fon amant ; C'étoit pour tous les deux une peine infinie. Quelquefois par hazard il lui ferroit la main, Quand il la trouvoit en chemin :

Quelquefois un baïfer pris à la dérobée ;

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