Le AOSGNGNOE
Et puis c’eft tout : mais qu'eft-ce que cela ? C’eft proprement manger fon pain à la fumée.
Tous deux étoient trop fins pour en demeurer là : Or voici comme il en alla.
Un jour, par un bonheur extrême , Ils fe trouverent feuls , fans mere & fans jaloux ; Que me fert, dit Richard, hélas ! que je vous aime ? Que me fert d’être aimé de vous?
Cela ne fait qu'augmenter mon martyre ; Je vous vois fans vous voir ; je ne puis vous parler ; Si je me plains , fi je foupire, Il me faut tout diffimuler.
Ne fcauroit-on enfin vous voir fans votre mere ? Ne fcauriez-vous trouver quelque moyen ?
Hélas ! vous le pouvez, fi vous le voulez bien : Mais vous ne m’aimez pas. Si J'étois moins fincere, Dit Catherine à fon amant, Je vous parlerois autrement :
Mais le tems nous eft cher ; voyons ce qu’il faut faire. I faudroit donc, ln dit Richard, Si vous avez deflein de me fauver la vie, Vous faire mettre un lit dans quelque chambre à part, Par exemple, à la galerie ; On vous y pourrait aller voir , Sur le foir,
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Alors que chacun fe retire ; Autrement on ne peut vous parler qu'à demi; Et j'ai cent chofes à vous dire, Que je ne puis vous dire ici.
Ce mot fit la Belle fourire ; Elle fe douta bien de ce qu’on lui diroit :
Elle promit pourtant au fire De faire ce qu'elle pourroit, La chofe n’étoit pas facile; Mais l'amour donne de l’efprit ; Et fçait faire un Agnès habile :
Voici comment elle s’y prit.
Elle ne dormit point durant toute la nuit, Ne fit que s’agiter, & mena tant de bruit, Que ni fon pere ni fa mere Ne purent fermer la paupiere Un feul moment.
Ce n’étoit pas grande merveille:
Fille qui penfe à fon amant abfent, Toute la nuit, dit-on, a la puce à l'oreille, Et ne dort que fort rarement.
Dès le matin Cataut fe plaignit à fa mere
Des puces de la nuit, du grand chaud qu’il faifoit ; On ne peut point dormir; maman, s’il vous plaifoit Me faire tendre un lit dans cette galerie ;
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Il y fait bien plus frais ; & puis dès le matin, Du roffignol qui vient chanter fous ce feuillage, J'entendrois le ramage.
La bonne mere y confentit,
Va trouver fon homme , & lui dit :
Cataut voudroit changer de lit, Afin d’être au frais, & d’entendre Le roflignol. Ah ! qu’eft ceci ?
Dit le bon-homme, & quelle raillerie ?
Allez, vous êtes folle, & votre fille auffi, Avec fon rofhgnol : qu’elle fe tienne ici ;
Il fera cette nuit-ci Plus frais que la nuit paffée ; Et puis elle n’eft pas, je croi, Plus délicate que moi; J'y couche bien. Cataut fe tint fort offenfée
De ce refus ; & la feconde nuit
Fit cinquante fois plus de bruit, Qu'elle n’avoit fait la premiere,
« Pleura, gémit, fe dépita,
Et dans fon lit fe tourmenta,
D'une fi terrible maniere, Que la mere s’en afligea,
Et dit à fon mari: vous êtes bien mauffade , Et n'aimez guere votre enfant;
Le Rosier ar an
Vous vous jouez affürément À la faire tomber malade :
Je la trouve déja tout je ne fçais comment ; Répondez-moi , quelle bizarrerie De ne la pas coucher dans cette galerie ?
Elle eft tout aufli près de nous.
À la bonne heure, dit l'époux ; Je ne fçaurois tenir contre femme qui crie:
Vous me feriez devenir fou ; Paflez-en votre fantaifie ; Et qu’elle entende tout fon fou Le roffignol & la fauvette.
Sans délai la chofe fut faite ; Catherine à fon pere obéit promptement ; Se fait dreffer un lit, fait figne à fon amant, Pour le foir. Qui voudra fçavoir préfentement Combien dura pour eux toute cette journée, Chaque moment une heure , & chaque heure une année, \ C’eft tout le moins : mais la nuit vint ; | Et Richard fit fi bien à l’aide d’une échelle, Qu'un fripon de valet lui tint, Qu'il parvint au lit de la Belle.
De dire ce qui sy pafla,
Combien de fois on s’embraffa, En combien de façons l'amant & la maitreffe
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Se témoignerent leur tendrefle , Ce feroit tems perdu : les plus doétes difcours Ne fçauroient jamais faire entendre Le plaïfir des tendres amours ; Il faut l'avoir goûté pour le pouvoir comprendre. R Le roffignol chanta toute la nuit ; Et quoiqu'il ne fit pas grand bruit, Catherine en fut fort contenté.
Celui qui chante aux bois fon amoureux fouci, Ne lui parut qu'un âne auprès de celui-ci:
Mais le malheur voulut que l'amant & Pamante Trop foibles de moitié pour leurs ardens defirs, Et lafés par leurs doux plaifirs, S’endormirent tous deux fur le point que Aurore Commençoit à s’'appercevoir.
Le pere , en fe levant, fut curieux de voir Si fa fille dormoit encore.
Voyons un peu, dit-il, quel effet ont produit Le chant du roffignol , le changement de lit, Il entre dans la galerie, Et s'étant approché fans bruit ; Il trouva fa fille endormie. À caufe du grand chaud nos deux amans , dormans ,
Etoient fans drap ni couverture, En état de pure nature ;
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Juftement comme on peint nos deux premiers parens; Excepté qu’au lieu de la pomme, Catherine avoit dans fa main Ce qui fervit au premier homme À conferver le genre humain ;
Ce que vous ne fçauriez prononcer fans ferupule ,
Belles qui vous piquez de fentimens fi fiers ;
Et dont vous vous fervez pourtant très-volontiers à Si lon en croit le bon Catulle,
Le bon homme à fes yeux à peine ajoûte foi ;
Mais enfin renfermant le chagrin dans fon ame,
Il rentre dans fa chambre & réveille fa femme ;
Levez-vous, lui dit-il, & venez avec moi:
Je ne m'étonne plus pourquoi
Cataut vous témoignoit fi grand defir d’éntendre
Le roflignol : vraiment ce n’étoit pas en vain ; Elle avoit deffein de le prendre,
Et l’a fi bien guetté qu’elle l’a dans fa main.
La mere fe leva pleurant prefque de joie,
Un roflignol! vraiment il faut que je le voie.
Eft-il grand ? chante -t-il ? fera-t- il des petits à
Hélas ! la pauvre enfant comment l’a -t-elle pris ! Vous l’allez voir , reprit le pere:
Maïs fur-tout fongez à vous taire ; Si loifeau vous entend, c’eft autant de perdu ;
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Vous gâterez tout le myftere.
Qui fut furpris ? ce fut la mere, Auffi-tôt qu'elle eut apperçû Le roffignol, que tenoit Catherine.
Elle voulut crier, & lappeller mâtine, Chienne , effrontée , enfin tout ce qu'il vous plaira ; Peut-être faire pis ; mais l'époux l'empêcha. Ce n’eft pas de vos cris que nous avons à faire : Le mal eft fait, dit-il; & quand on peftera, Ni plus ni moins il en fera :
Maïs fcavez-vous ce qu 1] faut faire ?
Il faut le réparér le mieux que lon pourra.
Qu'on maille querir le notaire, Et le prêtre, & le commiffaire ; Avec leur bon fecours tout s’accommo. dera.
Pendant tous ces difcours notre amant s'év eilla ; Et voyant le foleil ; hélas ! dit-il, ma chere, Le jour nous a furpris , je ne fçais comment fair Pour m'en aller. Tout ira bien, Lui répondit alors le pere :
Or ça, fire Richard , il ne fert plus de rien De me plaindre de vous, de mé mettre en colere : Vous m'avez fait outrage : il n’eft qu'un feul moy
Pour m’appaifer , & pour me fatisfaire ; C'eft qu “1 vous faut ici, fans délai ni refus ; ( Sinon
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(Sinon dites votre In manus ÿ) Epoufer Catherine ; elle eft bien demoifelle. Si dieu ne l’a pas faite aufli riche que vous, Pour le moins elle eft jeune , & vous la trouvez belles S’expolfer à fouffrir une mort très-cruelle,
Et cela feulement pour avoir refufé De prendre à femme une fille qu'on aime, Ce feroit à mon fens être mal-avifé.
Aufli dans ce péril extrême,
Richard fut habile homme, & ne balança pas
Entre la fille & le trépas.
Sa maitrefle avoit des appas ;
Il venoit de goûter la nuit entre fes bras Le plus doux plaifir de la vie ; Il n’avoit pas apparemment envie D’en partir fi brufquement.
Of pendant que notre amant Sorige à fe faire époux pour fe tirer d’afaire , Cataut fe réveillant à la voix de fon pere, Lâcha le roflignol deflus fa bonne foi; Et tirant doucement le bout du drap fur foi;
Cacha les trois quarts de fes charmes,
Le notaire arrivé mit fin à leurs alarmes :
On écrivit, & l'on figna Ainfi fe fit le mariage, Tome IL,
0®œ. LE Ross:rcenos.:
Et puis jufqu'à midi chacun les laïffa là.
Le pere en les quittant, leur dit, prenez courage : Enfans , le rofignol eft maintenant en cage ;
Ii peut chanter tant qu'il voudra,
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