LE BERCEAU
Pinucio qui n’attendoit que l’heure,
Et qui contoit les momens de la nuit,
Son temps venu, ne fait longue demeure ;
Au lit de camp s’en va droit & fans bruit.
Pas ne trouva la pucelle endormie ;
J'en jurerois. Colette apprit un jeu
Qui , comme on fçait , lafle plus qu'il n’ennuie.
Trève fe fit ; mais elle dura peu:
Larcins d'amour ne veulent longue pofe.
Tout à merveille alloit au lit de camp ;
Quand cet ami qu'avoit notre galant ,
Preffé d’aller mettre ordre. à quelque chofe,
Qu'honnêtement exprimer je ne puis,
Voulut fortir , & ne put ouvrir lhuis ,
Sans enlever le berceau de fa, place,
L'enfant avec, qu'il mit près de leur lit;
Le détourner auroit fait trop de bruit.
Lui revenu, près de l'enfant il pañle,
Sans qu'il daignât le remettre en fon lieu ;
Puis fe recouche, & quand il plut à dieu,
Se rendormit. Après un peu d’efpace,
Dans le logis je ne fçais quoi tomba:
Le bruit fut grand ; l’hôtefle s’éveilla ;
Puis alla voir ce que ce pouvoit être.
À fon retour , le berceau la trompa.
Ne le trouvant joignant le lit du maitre, Saint
Le DER CE AU:
Saint Jean, dit-elle en foi-même aufi-tôt, Jai penfé faire une étrange bévue :
Près de ces gens , je me fuis, peu s’en faut , Remife au lit en chemife ainfi nue:
C’étoit pour faire un bon charivari.
Dieu foit loué, que ce berceau me montre Que c’eft ici qu’efl couché mon mari.
Difant ces mots, auprès de cet ami
Elle fe met. Fol ne fut, n’étourdi
Le compagnon dedans un tel rencontre :
La mit en œuvre, & fans témoigner rien Il fit l'époux ; mais il le fit trop bien.
Trop bien ! je faux , &c c’eft tout lé contraire ; Il le fit mal : car qui le veut bien fure, Doit en befogne aller plus doucement.
Auf lhôtefle eut. quelque étonnement:
Qu'a mon mari, dit-elle, & quelle joie Le fait agir en homme de vingt ans ?
Prenons ceci, puifque dieu nous l'envoie; Nous n’aurons pas toujours tel pale -tems.
Elle n'eut dit ces mots entre fes dents, Que le galant recommence la fête.
La Dame étoit de bonne emplette encor:
J'en ai, je crois, dit un mot dans labord ; Chemin faifant , c’étoit fortune honnête.