‹ Contes et nouvelles en vers (volume 3)Chapitre 8 sur 84 · TE PE EE RC · texte numérisé non relu

TE PE EE RC

DE CATALOGNE

Un des beaux moines du roÿaume :

Moi qui paye à Frere Girard,

Je voulois lui porter ma part.

Que de maux la langue nous caufe !

Quand ce mari fçut toute chofe, Il réfolut premierement

Den avertir fecrettement Monfeigneur , puis les gens de Ville.

Mais comme il étoit difficile

De croire un tel cas dès l’abord; Il voulut avoir le rapport

Du drôle à qui payoit fa femme.

Le lendemain, devant la Dame

Il fait venir Frere Girard ;

Lui porte à la gorge un poignard ; Lui fait conter tout le myfteré :

Puis ayant enfermé ce Frere

A double clef, bien garoté ;

Et la Dame d'autre côté ;

Il va par-tout conter fa chance.

Au logis du Prince il commence ; Puis il defcend chez l’Echevin ; Puis il fait fonner le tocfin.

Chacun opine à la vengeance. L'un dit qu'il faut en diligence Aller maffacrer ces cagots ;

28 Zzs CoRDELIERS, Gt.

L'autre dit qu'il faut de fagots Les entourer dans leur repaire, Et brûler gens & monaftere.

Tel veut qu'ils foient à l’eau jettés, Dedans leurs frocs empaquetés ; Tel invente un autre fupplice ;

Et chacun felon fon caprice.

Bref tous conclurent à la mort :

L'avis du feu fut le plus fort.

On court au couvent tout à l'heure :

Mais par refpett de la demeure, L'arrêt ailleurs s’éxécuta :

Un bourgeois fa grange prêta.

La penaille enfemble enfermée, Fut en peu d’heures confumée, Les maris fautant à l’entour ,

Et danfant au fon du tambour.

Rien n’échappa de leur colere, Ni moinillon , ni béat pere :

Robes, manteaux, & capuchons, Tout fut brûlé comme cochons.

Tous périrent dedans les flâmes.

Je ne fçais ce qu’on fit des femmes, Pour le pauvre Frere Girard ,

IL avoit eu fon fait à part,

a LE BEROE RU

Nouvelle tirée de Bocace.

N o N loin de Rome un hôtelier étoit ; Sur le chemin qui conduit à Florence ; Homme fans bruit, & qui ne fe piquoit De recevoir gens de grofle dépenfe :

Même chez lui rarement on gitoit.

Sa femme étoit encor de bonne affaire, Et ne pafloit de beaucoup les trente ans.

Quant au furplus, ils avoient deux enfans ; Garçon d'un an, fille en âge d’en faire.

Comme il arrive en allant & venant, Pinucio , jeune homme de famille ,

Jetta fi bien les yeux fur cette fille,

Tant la trouva gracieufe & gentille , D'efprit fi doux & d'air tañt attrayant, Qu'il s’en piqua : très-bien le lui fçut dire ; Muet n’étoit , elle fourde non plus ;

Dont il avint qu'il fauta par deffus

Ces longs foupirs & tout ce vain martyre :

Se fentir pris, parler, être écouté ,

Ce fut tout un : car la difhculté

Ne gifloit pas à plaire à cette Belle :

Pinuce étoit gentilhomme bien -fait :

30 LE BERcEAu.

Et jufques-1là la fille n’avoit fait

Grand cas des gens de même étoffe qu’elle, Non qu'elle crût pouvoir changer d'état ; Mais elle avoit, nonobftant fon jeune âge, Le cœur trop haut, le goût trop délicat , Pour s’en tenir aux amours de village, Colette donc (ainfi l'on l’appelloit )

En mariage à l’envi demandée,

Rejettoit l’un, de l’autre ne vouloit ,

Et n’avoit rien que Pinuce en l’idée.

Longs pourparlers avecque fon amant N’étoient permis : tout leur faïfoit obftacle, Les rendez-vous & le foulagement

Ne fe pouvoient, à moins que d’un miracle.

Cela ne fit qu'irriter leurs efprits.

Ne gènez point, je vous en donne avis, Tant vos enfans , Ô vous peres & meres ; Tant vos moïitiés, vous époux & maris ; C’eft où l'amour fait le mieux fes affaires.

Pinucio , certain foir qu'il faifoit

Un temps fort brun , s’en vient en compagnie D'un fien ami dans cette hôtellerie Demander gîte, On lui dit qu'il venoit

Un peu trop tard. Monfieur, ajoûta l'hôte, Vous fçavez bien comme on eft à l’étroit ; Dans ce logis tout eft plein jufqu’au toit :

LE PBERCEAC,

Mieux vous vaudroit pafler outre , fans faute ; Ce gîte n’eft pour gens de votre état.

N'avez-vous point encor quelque grabat, Reprit l'amant , quelque coin de réferve ?

L’hôte repart : il ne nous refte plus

Que notre chambre , où deux lits font tendus ;

Et de ces lits il n’en eft qu'un qui ferve Aux furvenans ; l’autre nous l’occupons.

Si vous voulez coucher de compagnie Vous & Monfieur , nous vous hébergerons, Pinuce dit, volontiers : Je vous prie

Que l’on nous ferve à manger au plutôt.

Leur repas fait, on les conduit en haut.

Pinucio , fur l’avis de Colette,

Marque de l’œil comme la chambre ef faite :

Chacun couché , pour la belle on mettoit Un lit de camp : celui de lhôte étoit Contre le mur, attenant de la porte ; Et l’on avoit placé de même forte, Tout vis-à-vis, celui du furvenant :

Entre les deux , un berceau pour l’enfant ; Et toutefois plus près du lit de l'hôte, Cela fit faire une plaifante faute

À cet ami qu'avoit notre galant.

Sur le minuit , que lhôte apparemment Devoit dormir , lhôtefle en faire autant,

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