TE PE EE RC
DE CATALOGNE
Un des beaux moines du roÿaume :
Moi qui paye à Frere Girard,
Je voulois lui porter ma part.
Que de maux la langue nous caufe !
Quand ce mari fçut toute chofe, Il réfolut premierement
Den avertir fecrettement Monfeigneur , puis les gens de Ville.
Mais comme il étoit difficile
De croire un tel cas dès l’abord; Il voulut avoir le rapport
Du drôle à qui payoit fa femme.
Le lendemain, devant la Dame
Il fait venir Frere Girard ;
Lui porte à la gorge un poignard ; Lui fait conter tout le myfteré :
Puis ayant enfermé ce Frere
A double clef, bien garoté ;
Et la Dame d'autre côté ;
Il va par-tout conter fa chance.
Au logis du Prince il commence ; Puis il defcend chez l’Echevin ; Puis il fait fonner le tocfin.
Chacun opine à la vengeance. L'un dit qu'il faut en diligence Aller maffacrer ces cagots ;
28 Zzs CoRDELIERS, Gt.
L'autre dit qu'il faut de fagots Les entourer dans leur repaire, Et brûler gens & monaftere.
Tel veut qu'ils foient à l’eau jettés, Dedans leurs frocs empaquetés ; Tel invente un autre fupplice ;
Et chacun felon fon caprice.
Bref tous conclurent à la mort :
L'avis du feu fut le plus fort.
On court au couvent tout à l'heure :
Mais par refpett de la demeure, L'arrêt ailleurs s’éxécuta :
Un bourgeois fa grange prêta.
La penaille enfemble enfermée, Fut en peu d’heures confumée, Les maris fautant à l’entour ,
Et danfant au fon du tambour.
Rien n’échappa de leur colere, Ni moinillon , ni béat pere :
Robes, manteaux, & capuchons, Tout fut brûlé comme cochons.
Tous périrent dedans les flâmes.
Je ne fçais ce qu’on fit des femmes, Pour le pauvre Frere Girard ,
IL avoit eu fon fait à part,
a LE BEROE RU
Nouvelle tirée de Bocace.
N o N loin de Rome un hôtelier étoit ; Sur le chemin qui conduit à Florence ; Homme fans bruit, & qui ne fe piquoit De recevoir gens de grofle dépenfe :
Même chez lui rarement on gitoit.
Sa femme étoit encor de bonne affaire, Et ne pafloit de beaucoup les trente ans.
Quant au furplus, ils avoient deux enfans ; Garçon d'un an, fille en âge d’en faire.
Comme il arrive en allant & venant, Pinucio , jeune homme de famille ,
Jetta fi bien les yeux fur cette fille,
Tant la trouva gracieufe & gentille , D'efprit fi doux & d'air tañt attrayant, Qu'il s’en piqua : très-bien le lui fçut dire ; Muet n’étoit , elle fourde non plus ;
Dont il avint qu'il fauta par deffus
Ces longs foupirs & tout ce vain martyre :
Se fentir pris, parler, être écouté ,
Ce fut tout un : car la difhculté
Ne gifloit pas à plaire à cette Belle :
Pinuce étoit gentilhomme bien -fait :
30 LE BERcEAu.
Et jufques-1là la fille n’avoit fait
Grand cas des gens de même étoffe qu’elle, Non qu'elle crût pouvoir changer d'état ; Mais elle avoit, nonobftant fon jeune âge, Le cœur trop haut, le goût trop délicat , Pour s’en tenir aux amours de village, Colette donc (ainfi l'on l’appelloit )
En mariage à l’envi demandée,
Rejettoit l’un, de l’autre ne vouloit ,
Et n’avoit rien que Pinuce en l’idée.
Longs pourparlers avecque fon amant N’étoient permis : tout leur faïfoit obftacle, Les rendez-vous & le foulagement
Ne fe pouvoient, à moins que d’un miracle.
Cela ne fit qu'irriter leurs efprits.
Ne gènez point, je vous en donne avis, Tant vos enfans , Ô vous peres & meres ; Tant vos moïitiés, vous époux & maris ; C’eft où l'amour fait le mieux fes affaires.
Pinucio , certain foir qu'il faifoit
Un temps fort brun , s’en vient en compagnie D'un fien ami dans cette hôtellerie Demander gîte, On lui dit qu'il venoit
Un peu trop tard. Monfieur, ajoûta l'hôte, Vous fçavez bien comme on eft à l’étroit ; Dans ce logis tout eft plein jufqu’au toit :
LE PBERCEAC,
Mieux vous vaudroit pafler outre , fans faute ; Ce gîte n’eft pour gens de votre état.
N'avez-vous point encor quelque grabat, Reprit l'amant , quelque coin de réferve ?
L’hôte repart : il ne nous refte plus
Que notre chambre , où deux lits font tendus ;
Et de ces lits il n’en eft qu'un qui ferve Aux furvenans ; l’autre nous l’occupons.
Si vous voulez coucher de compagnie Vous & Monfieur , nous vous hébergerons, Pinuce dit, volontiers : Je vous prie
Que l’on nous ferve à manger au plutôt.
Leur repas fait, on les conduit en haut.
Pinucio , fur l’avis de Colette,
Marque de l’œil comme la chambre ef faite :
Chacun couché , pour la belle on mettoit Un lit de camp : celui de lhôte étoit Contre le mur, attenant de la porte ; Et l’on avoit placé de même forte, Tout vis-à-vis, celui du furvenant :
Entre les deux , un berceau pour l’enfant ; Et toutefois plus près du lit de l'hôte, Cela fit faire une plaifante faute
À cet ami qu'avoit notre galant.
Sur le minuit , que lhôte apparemment Devoit dormir , lhôtefle en faire autant,