‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 29 sur 73 · L'ABBESSE MALADE · texte numérisé non relu

L'ABBESSE MALADE

Dé fa froïdeur, foit None, foit Nonette, Mere Prieure, ancienne, ou difcrette.

Le billet trotte: on fait venir des gens De toute guife, & des noirs, & des blancs, Et des tannez. L’efcadron, dit l’hiftoire, Ne fut petit, ni, comme l’on peut croire, Lent à montrer de fa part le chemin.

Ils ne cedoient à pas une Nonain : Dans le defir de faire que Madame Ne fût honteufe , ou bien n’eût dans fon ame : Tel récipé poflible à contre-cœur.

| De fes brebis à peine la premiere À fait le faut, qu’il fuit une autre fœur.

Une troifiéme entre dans la carriére.

Nulle ne veut demeurer en arriére.

Preffe fe met pour n’être la derniere.

Que dirai plus? enfin l’impreffion Qu’avoit l’Abbefle encontre ce reméde, Sage renduë à tant d'exemples céde.

Un jouvenceau fait l’operation Sur la malade. Elle redevient rofe, Ocillet, aurore, & fi quelque autre chofe De plus riant fe peut imaginer. ‘ | O doux reméde, Ô reméde à donner, Reméde ami de mainte créature, Ami des gens, ami de la nature, - Ami de tout, point d’honneur excepté.

Point d’honneur eft une autre maladie:

Dans fes écrits Madame Faculté .

N'’en parle point. Que de maux en la vie ! :

LES

"LES TROQUEURS.

1e changement de mets réjouït l’homme:

Quand je dis l’homme, entendez qu’en ceci

La femme doit être comprife auf:

Et ne fçais pas comme il ne vient dé Rome

Permiflion de troquer en Hymen;

Non fi fouvent qu’on en auroit envie,

Mais tout au moins une fois en fa vie,

Peut-être un jouf nous l’obtiendrons, Amen,

Aünfi foit-il. Semblable indult en France

Viendroit fort bien, j'en répons, car nos re ont

LES TROQUEURS.

Sont grands troqueurs. Dieu nous créa changeans.

* Près de Rouën, païs de fapience, Deux Villageois avoient chacun chez foi Forte femelle, & d’aflez bon aloi, Pour telles gens qui n’y raffinent guére.

Chacun fçait bien qu’il n’eft pas néceffaire Qu’ Amour les traite ainfi que des Prélats.

Avint pourtant que tous deux étant las De leurs moitiez , leur voifin Le Notaire Un jour de Fête avec eux chopinoit.

Un des Manans lui dit, Sire Oudinet, J'ai dans l’efprit une plaifante affaire.

Vous avez fait fans doute en vôtre temps Piufieurs Contraéts de diverfe nature, Ne peut-on point en faire un où les gens Troquent de femme ainfi que de monture?

Nôtre Paiteur a bien changé de Cure:

La femme eft-elle un cas fi different? Et pargué non; car Meflire Gregoire Difoit toûjours, fi j’ai bonne mémoire, Mes Brebis font ma femme: cependant Il a changé: changeons auffi, Compere.

Très-volontiers, reprit l’autre Manant; Mais tu fçais bien que nôtre ménagere Eft la plus belle: or ça, Sire Oudinet, Sera-ce trop s’il donne fon Mulet

Pour le retour? Mon Mulet? &parguenne,

Dit le premier des Villagois fufdits, Chacune vaut en ce monde fon prix; La mienne ira but à but pour la tienne;

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