LE TABLEAU
Où m'engage à conter d’une maniére honnête Le fujet d’un de ces tableaux, Sur lefquels on met des rideaux, Il me faut tirer de-ma tête Nombre de traits nouveaux, piquans & délicats, Qui difent & ne difent pas, Et qui foient entendus fans notes Des Agnés même les plus fottes:
Ce n’eft pas coucher gros; ces extrêmes Agnés Sont oifeaux qu’on ne vit jamais.
Toute
LE TADBLEAU 199
Toute Matrône fage, à ce que dit Catule, Regarde volontiers le gigantefque don, Fait au fruit de Venus par la main de Junon: À ce plaifant objet fi quelqu’une recule, Cette quelqu’une diffimule.
Ce principe pofé, pourquoi plus de fcrupule, Pourquoi moins de licence aux oreilles qu’aux yeux? Puifqu’on le veut ainfi, je ferai de mon mieux: Nuls traits à découvert n’auront ici de place; Tout y fera voilé, mais de gaze; & fi bien, Que je crois qu’on n’en perdra rien.
Qui penfe finement, & s'exprime avec grace, Fait tout pafler; car tout pañle :
Je l’ai cent fois éprouvé:
Quand le mot eft bien trouvé, Le fexe en fa faveur à la chofe pardonne:
Ce n’eft plus elle alors, c’eft elle encor pourtant: Vous ne faites rougir perfonne, Et tout le monde vous entend, J'ai befoin aujourd’hui de cet art important. Pourquoi, me dira-t-on, puifque fur ces merveilles Le fexe porte l’œil fans toutes ces façons?
Je répons à cela; chaftes font fes oreilles Encor que les yeux foient fripons.
Je veux, quoi qu’il en foit, expliquer à des belles Cette chaife rompuë, & ce ruftre tombé:
Mufes, venez m'aider ; mais vous êtes pucelles, Au joli jeu d’amour ne fçachant À ni B.
Mufes, ne bougez donc; feulement par bonté
Dites