‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 53 sur 73 · L'E FAT S EUR · texte numérisé non relu

L'E FAT S EUR

Montons en haut. Dès qu’ils furent montez,

On pourfuivit la chofe encommencée.

Tant fut ouvré, qu’Alix dans la penfée Sur cette affaire un fcrupule fe mit ;

Et l’innocente au bon Apôtre dit:

Si cet enfant avoit plufieurs oreilles,

Ce ne feroit à vous bien befogné.

Rien, rien, dit-il, à cela j’ai foigné; Jamais ne faux en rencontres pareilles.

Sur le métier l’orcille étoit encor,

Quand le mari revient de fon voyage; Carefle Alix, qui, du premier abord, Vous aviez fait, dit-elle, un bel ouvrage:

Nous en tenions fans le Compere André; Et nôtre enfant d’une oreille eût manqué, Soufftir n’ai pû chofe tant indécente.

Sire André donc, toute affaire ceflante, En a fait une: il ne faut oublier

De laller voir, & l’en remercier:

De tels amis on a toûjours affaire.

Sire Guillaume, au difcours qu’elle fit, Ne comprenant comme il fe pouvoit faire Que fon Epoufe eût eu fi peu d’efprit, Par plufieurs fois lui fit faire un recit

De tout le cas: puis outré de colere

Il prit une arme à côté de fon lit;

Voulut tuër la pauvre Champenoife,

Qui prétendoit ne l’avoir mérité.

Son innocence & fa naïveté

En quelque forte appaiferent la noife,

Hkclas,

MORE T'LL/E SN 14 Helas, Monfieur, dit la Belle en pleurant, En quoi vous puis-je avoir fait du dommage?

Je n’ai donné vos draps ni vôtre argent;

Le compte y eft; & quant au demeurant, André me dit quand il parfit l’enfant,

Qu’en trouveriez plus que pour vôtre ufage :

Vous pouvez voir, fi je ments tuez-moi ;

Je m’en rapporte à vôtre bonne foi.

L’Epoux fortant quelque peu de colere, Lui répondit: Or bien n’en parlons plus; On vous l’a dit, vous avez crû bien faire, J'en füuis d'accord, contefter là-deflus Ne produiroit que difcours fuperflus :

Je n’ai qu’un mot. Faites demain en forte Qu’en ce logis j’attrappe le Galant :

Ne parlez point de nôtre different ;

Soyez fecrette, ou bien vous êtes morte, Il vous le faut avoir adroitement ;

Me feindre abfent en un fecond voyage, Et lui mander, par lettre ou par meffage, Que vous avez à lui dire deux mots.

André viendra; puis de quelques propos L’amuferez, fans toucher à l'oreille ; Car elle faite, il n’y manque plus rien.

Nôtre innocente executa très-bien L'ordre donné; ce ne fut pas merveille; La crainte donne aux bêtes de l’efprit.

André venu, l’Epoux guére ne tarde, Monte, & fait bruit. Le compagnon regarde

Où

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