‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 52 sur 73 · D'OREILLES · texte numérisé non relu

D'OREILLES

En ce befoin, & vous jurerai bien, Qu’autre que vous ne m'en feroit tant faire, Le mal d’autrui ne me tourmente en rien; Fors excepté ce qui touche au Compere:

Quant à ce point je m'y ferois mourir.

Or effayons ; fans plus en difcoutir,

Si je fuis maître à forger des oreilles.

Souvenez-vous de les rendre pareilles, Reprit la femme. Allez, n’ayez fouci, Repliqua-t-il, je prens fur moi ceci.

Puis le Galant montre ce qu’il fçait faire.

Tant ne fut nice (encor que nice fût) Madame Alix, que le jeu ne lui plût.

Philofopher ne faut pour cette affaire.

André vaquoit de grande affection

À fon travail ; tailant ore un tendon, Ore un repli, puis quelque cartilage;

Et n’y plaignant létofe & la façon.

Demain, dit-il, nous polirons l'ouvrage; Puis le mettrons en fa perfection;

T'ant & fi bien qu’en ayez bonne ifluë.

Je vous en fuis, dit-elle, bien tenuë:

Bon fait avoir ici bas un ami.

Le lendemain, pareille heure venuë, Compere André ne fut pas endormi.

Il s’en alla chez la pauvre innocente,

Je viens, dit-il, toute affaire ceffante, Pour achever l’oreille que fçavez.

Et moi, dit-elle, allois par un meflage Vous avertir de hâter cet ouvrage:

Montons

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