Tome IL. R Re
Reglé la chofe , & difpofez à prendre
Tout le plaifir qu’Amour leur promettoit , Chez le mari d’abord ils fe vont rendre.
Là dans le lit l’Epoufe encore étoit.
L’Epoux trouva prés d’elle la Soubrette , Sans nuls atours qu’une fimple cornette , Bref en état de ne lui point manquer.
L'heure arriva; les Amis contéfterent Touchant le pas , & long-temps difputerent.
L’Epoux ne fit l'honneur de la maifon ,
Tel compliment n’étant là de faifon.
À trois beaux dez pour le mieux ils reglerent * Le precurfeur ainfi que de raifon.
Ce fut l’Ami; l’un & l’autre s’enferme Dans cette cave attendant de pied ferme Madame Alix qüi ne vient nullement.
Trop bien la Dame en fon lieu s’en vint faire T'out doucement le fignal neceffaire.
On ouvre, on entre, & fans retardement, Sans lui donner le temps de reconnoître Ceci, cela, l’erreur, le changement,
La difference enfin qui pouvoit être
Entre l’Epoux & fon Aflocié, …
Avant qu’il pût aucun change paroître, Au Dieu d’Amour:il fut facrifié.
L'Heureux Ami n’eut pas toute la joye | Qu'il auroit euë en connoiffant fa proye.
La Dame avoit un peu plus de beauté ; Outre qu’il faut compter la qualité,
A peine fut cette’fcene achevée
LES QUI PRO QUO. fr
Que l’autre Aëteur pat fa prompte arrivée
Jette la Dame en quelque étonnement;
Car comme Epoux, comire Clidathatit même,
Il ne montroit toûjours fi frequernment
De cette ardeur l’ermpottement extrême.
On imputa cet.excès de fureur
A la Soubrette, & la Dame en fon cœut
Se propofa d’en dire fa penfée.
La fête étant de la foite pañée,
Du noir féjour ils H’eurent qu’à fortir.
L’Aflocié des frais & du plaïfir
. S’encourt en haut en certain veflibulé
Mais quand l’Epoux vit fa Femine-montet,
Et qu’elle eut veu lAmi fe prefentér,
On peut juger quel foupçon, quel fcrupule,
Quelle furprife eurent les pauvres gens.
Ni l’un ni l’autre ils n’avoicnt eu le temps
De compofer leur mine & leur vifage.
L’Epoux vit bien qu’il falloit être fage,
Mais fa Moitié penfa tout découvrir.
J'en fuis furpris, fermes fçavent mentir.
La moins habile en connoit la fcience.
Aucuns ont dit qu’Alix fit confcience
De n’avoir pas mieux gagné fon argent:
Plaignant l’Epoux, & le dédommageant,
Et voulant bien mettre tout fur fon compte:
T'out cela n’eft que pour rendre le conte
Un peu meilleur. Jai veu les gens mouvoir
Deux queftions, l’une, c’eft à fçavoir
Si l’Epoux fut du nombre des confreres, x R 2
À mon avis n’a point de fondement, Puifque la Dame & l’Ami nullement
Ne prétendoient vacquer à ces myfteres.
L'autre point eft touchant le talion,
Et l’on demande en cette occafon,
Si pour ufer d’une jufte vangeance, Pretendre erreur & caufe d’ignorance
À cgtte Dame auroit été permis.
Bien que ce foit aflez là mon avis,
La Dame fut toûjours inconfolable.
Dieu gard’ de mal celles qu’en cas femblable 1! ne faudroit nullement confoler.
J'en connois bien qui n’en feroient que rire. De celles-là je n’ofe plus parler,
Et je ne vois rien des autres à dire.