‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 7 sur 73 · Tome IL. B · texte numérisé non relu

Tome IL. B

De quelles gens il entendoit parler ;

Qui, quoi, comment, & ce qu’il vouloit dire, Vous avez eu, lui dit-il, trop d’empire

Sur mon efprit pour vous diflimuler.

Vôtre mari voit Madame Simone :

Vous connoiflez la galande que c’eft :

Je ne le dis pour offenfer perfonne;

Mais il y va tant de vôtre interêt,

Que je n’ai pà me taire davantage.

Si je vivois deflous vôtre fervage,

Comme autrefois, je me garderois bien, De vous tenir un femblable langage,

Qui de ma part ne feroit bon à rien.

De fes amans toûjours on fe méfie.

Vous penferiez que par fupercherie

Je vous dirois du mal de vôtre époux;

Mais grace à Dieu je ne veux rien de vous.

Ce qui me meut n’eft du tout que bon zele.

Depuis un jour j’ai certaine nouvelle

Que vôtre époux chez Janot le Baïgneur Doit fe trouver avecque fa Donzelle.

Comme Janot n’eft pas fort grand Seigneur, Pour cent ducats vous lui ferez tout dire; Pour cent ducats il fera tout auñli.

Vous pouvez donc tellement vous conduire, Qu’au rendez-vous trouvant vôtre mari,

J1 fera pris fans s’en pouvoir dédire.

Voici comment. La Dame a ftipulé,

Qu’en une chambre, où tout fera fermé , L'on les mettra; foit craignant qu’on n'ait vdé

Sur

RICHARD MINUTOLO. ïàr Sur le Baigneur; foit que fentant fon cas, Simone encore n’ait toute honte büûë. Prenez fa place, & ne marchandez pas:

Gagnez Janot; donnez-lui cent ducats; Il vous mettra dedans la chambre noire; Non pour jeüner, comme vous pouvez croire Trop bien ferez tout ce qu’il vous plaira.

Ne parlez point, vous gâterier, l’hiftoire, Et vous verrez comme tout en ira.

L'’expedient plût très-fort à Catelle.

De grand dépit Richard elle interrompt.

Je vous entends, c eft affez, lui dit-elle,

Laiffez moi Gites & le drôle & fa belle

Verront beau jo fi la corde ne rompt.

Penfent-ils donc que je fois quelque buze ?

Lors pour fortir elle prend une excufe;

Et tout d’un pas s’en va trouver Janot,

À qui Richard avoit donné le mot.

L'argent fait tout : fi l’on en prend en France

Pour obliger en de femblables cas;

On peut juger avec grande apparence;

Qu’en Italie on n’en refufe pas.

Pour tout carquois, d’une large efcarcelle

En ce païs le Dieu d'amour fe fert.

Janot en prend de Richard, de Catelle ;

Îl en eût pris du grand diable d’enfer.

Pour abreger, la chofe s’execute

Comme Richard s’étoit imaginé.

Sa maîtreffe eut d’abord quelque difpute 6 Avec

Avec Janot qui fit le réfervé:

Mais en voyant bel argent bien compté, Il promet plus que l’on ne lui demande.

Le temps venu d’aller au rendez-vous, Minutolo s’y rend feul de fa bande ; Entre en la chambre, & n° y trouve aucuns trous Par où le jour rs nuire à fa flâme.

Guére n’attend: il tardoit à la Dame D'y rencontrer fon perfide d’époux, Bien préparée à lui chanter fa game.

Pas ni manqua, l’on peut s’en aflurer.

Dans le lieu dit Janot la fit entrer. | Là ne trouva ce qu’elle alloit chercher:

Point de mari, point de Dame Simone; Mais au lieu d’eux Minutol en perfonne, Qui fans parler fe mit à l’embraffer.

Quant au furplus je le laiffe à penfer :

Chacun s’en doute aflez fans qu’on le die, De grand plaifir nôtre amant extafie.

Que fi le jeu plût beaucoup à Richard, Catelle auffi, toute rancune à part, Le laiffe faire, & ne voulut mot dire, Il en profite, & fe garde de rire; Mais toutefois ce n’eft pas fans HO De figurer le plaifir qu’a le Sire, Il me faudroit un efprit bien plus fort Premiérement il jouït de fa belle; En fecond lieu il trompe une cruelle, Et croit gagner les pardons en cela.

Mais à la fin Catelle s’emporta.

C’eft

RICHARD MINUTOLCO. :3

C’eft trop foufrir, Traître, ce lui dit-elle,

Je ne füuis pas celle que tu prétens.

Laiffe-moi là; finon à belles dents

Je te déchire, & te faute à la vûc.

C’eft donc cela que tu te tiens en mûeë,

Fais le malade, & te plains tous les jours;

T'e réfervant fans doute à tes amours.

Parle, méchant, dis-moi, fuis-je pourvüë

De moins d’appas? ai je moins d'agrément,

Moins de beauté que ta Dame Simone?

Le rare oifeau! O Ja belle friponne!

Taimois-je moins? je te hais à prefent ;

Et plût à Dien que je t’eufle vû pendre.

Pendant cela Richard pour l’appaifer

La carefloit, tâchoit de la baïfer ;

Mais il ne pût, elle s’en {çût défendre.

Laifle-moi là, fe mit-elle à crier;

Camme un enfant penfes-tu me traitter ?

N'approche point, je ne füuis plus ta femme:

Rends-moi mon bien; va-t-en trouver ta Dame;

Va déloyal, va-t en, jete le dis,

Je füis bien fotte, & bien de mon païs,

De te garder la foi de mariage:

À quoi tient-il, que pour te rendre fage,

T'out fur le champ je n’envoye querir

Minutolo qui m’a fi fort chérie ?

Je le dévrois afin de te punir;

Et fur ma foi j'en ai prefque l’envie,

A ce propos le galand éclata.

Tu ris, dit-elle; à Dieux ! quelle infolence! B 3 Rougi-

Rougira-t-il? voyons fa contenance.

Lors de fes bras la Belle s’échappa;

D'une fenêtre à tâtons approcha ;

L'ouvrit de force; & fut bien étonnée Quand elle vit Minutol fon Amant.

Elle tomba plus d'à demi-pâmée.

Ah! qui t’eût crû, dit-elle, fi méchant!

Que dira-t-on! me voilà diffamée.

Qui le fçaura? dit Richard à l’inftant;

Janot eft feur; j’en répons fur ma vie.

Excufez donc fi je vous ai trahie:

Ne me fçachez mauvais gré d'un tel tour:

Adrefle, force, & rufe, & tromperie, Tout eft permis en matiére d'amour.

J'étois réduit avant ce ftratagême

À vous fervir fans plus pour vos beaux yeux : Ai-je failli de me payer moi-même ?

L’euffiez-vous fait? non fans doute; & les Dieux En ce rencontre ont tout fait pour le mieux.

Je füis content; vous n’êtes point coupable ; Eft-ce dequoi paroître inconfolable ?

Pourquoi gemir? j’en connois, Dieu merci, Qui voudroient bien qu’on les trompât ainf.

Tout ce difcours n’appaifa point Catelle.

Elle fe mit à pleurer tendrement.

En cet état elle parût fi belle,

Que Minutol de nouveau s’enflâmant

Lui prit la main. Laïfle-moi, lui dit-elle:

Contente-toi; veux-tu donc que j’appelle Tous les voifins, tous les gens de Janot?

Ne

RICHARD MINUTOLO. :f

Ne faites point, dit-il, cette folie;

Vôtre plus court eft de ne dire mot.

Pour de l’argent, & non par tromperie, (Comme le monde eft à prefent bâti) L'on vous croiroit venuë en ce lieu-ci.

Que fi d’ailleurs cette fupercherie

Alloit jamais jufqu’à vôtre mari,

Quel déplaifir! fongez-y, je vous prie; En des combats n’engagez point fa vie;

Je fuis du moins auffi mauvais que lui.

À ces raifons enfin Catelle cede.

La chofe étant, pourfuit-il, fans reméde, Le mieux fera que vous-vous confoliez.

N'y penfez plus. Si pourtant vous vouliez...

Mais banniflons bien loin toute efperance ; Jamais mon zele & ma perfeverance N'ont eu de vous que mauvais traitement, Si vous vouliez, vous feriez aifément Que le plaïfir de cette jouïffance

Ne feroit pas, comme il eft, imparfait:

Que refte-t-il? le plus fort en eft fait.

Tant bien fçût dire, & prêcher, que la Dame Sechant fes yeux, rafferenant fon ame, Plus doux que miel à la fin l’écouta.

D'une faveur en une autre il pafla;

Eut un foûris, puis après autre chofe, Puis un baifer, puis autre chofe encor ; T'ant que la belle, après un peu d’effort, Vient à fon point, & le drôle en difpofe.

Heureux cent fois plus qu’il n’avoit été ;

B 4 Car

Car quand l’amour d’un & d’autre côté

Veut s'entremettre, & prend part à l'affaire, Tout va bien mieux, comme m’ont afluré Ceux que l'on tient fçavans en ce myftere.

Ainfi Richard jouït de fes amours, Vécut content, & fit force bons tours, Dont celui-ci peut paffer à la montre.

Pas ne voudrois en faire un plus rufé.

Que plût à Dieu qu’en certaine rencontre D'un pareil cas je me fufle avifé! :

LES

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