‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 8 sur 73 · LES CORDELIERS DE CATALOGNE · texte numérisé non relu

LES CORDELIERS DE CATALOGNE

Nouvelle tirée des cent Nouvelles Nouvelles,

E vous veux conter la befogne Des Cordeliers de Catalogne; Befogne où ces Peres er Dieu T'émoignerent en certain lieu Une charité fi fervente, Que mainte femme en fut contente,

: B f Êt

18 LES CORDELÏIERS

Et crût y gagner Paradis.

T'elles gens par leurs bons avis, Mettent à bien les jeunes ames, Tirent à foi filles & femmes,

Se fçavent emparer du cœur,

Et dans la vigne du Seigneur T'ravaillent ainfi qu’on peut croire, Et qu’on verrra par cette Hiftoire,

Au temps que le fexe vivoit Dans l'ignorance, & ne fçavoit Glofer encor fur l'Evangile, (Temps à cotter fort difficile) Un eifaim de Freres Mineurs, Pleins d’appetit, & beaux dîneurs, S’alla jetter dans une Ville,

En jeunes Beautez très-fertile.

- Pour des Galants, peu s’en trouvoit; : De vieux maris, il en pleuvoit.

“A Tabord une Csirene É

Par les bons Peres fut bâtie :

Femme n’étoit qui n’y courüt, Qui ne s’en mît, & qui ne crût Par ce moyen être fauvée:

Puis quand leur foi fut éprouvée, On vint au veritable point.

Frere André ne marchanda point, Et leur fit ce beau petit prêche.

Si quelque chofe vous empêche D'aller tout droit en Paradis,

DE CATALOGNE, C’eft d’épargner pour vos maris, Un bien dont ils n’ont plus que faire, Quand ils ont pris leur nécefläire; Sans que jamais il vous ait plû, Nous faire part du fuperfià.

Vous me direz que nôtre ufage Répugne aux dons du Mariage ; Nous lavoüons, & Dieu merci Nous n’aurions que voir en ceci, Sans le foin de vos confciences.

La plus griéve des offences, C’eft d’être ingrate: Dieu l’a dit.

Pour cela Satan fut maudit.

Prenez-y garde; & de vos reftes Rendez grace aux bontez céleftes, Nous laiffant dîimer fur un bien, Qui ne vous coûte prefque rien, C’eft un droit, Ô troupe fidéle, Qui vous témoigne nôtre zéle ; Droit autentique & bien figné, Que les Papes nous ont donné; Droit enfin, & non pas aumône:

Toute femme doit en perfonne S’en acquiter trois fois le mois, Vers les enfans de Saint François, Cela fondé fur l’Ecriture:

Car il n’eft bien dans la Nature, ( Je le répéte, écoutez-moi) Qui ne fubifle cette Loi De reconnoiffance & d'hommage;

Or

20 LES CORDELIÏJERS

Or les œuvres de mariage

Etant un bien, comme fçavez,

Ou fçavoir chacune devez,

Il eft clair que dîme en eft dûe, Cette dime fera reçûë

Selon nôtre petit pouvoir.

Quelque peine qu’il faille avoir, Nous la prendrons en patience:

N'en faites point de confcience; Nous fommes gens qui n’avons pas Toutes nos aifes ici bas.

Au refte il eft bon qu’on vous dife, Qu’entre la chair & la chemife

11 faut cacher le bien qu’on fait:

Tout ceci doit être fecret,

Pour vos maris & pour tout autre.

Voici trois beaux mots de l’Apôtre, Qui font à nôtre intention:

Foi, charité, difcrétion.

Frere André par cette éloquence Satisfit fort fon audience, Et pañla pour un Salomon; Peu dormirent à fon Sermon.

Chaque femme, ce dit l’Hiftoire, Garda très-bien dans fa mémoire, Et mieux encor dedans fon cœur Le difcours du Prédicateur.

Ce n’eft pas tout, il s’execute:

Chacune accourt; grande difpute

À qui la premiére payra.

Mainte Bourgeoife murmura Qu’au lendemain on l’eût remife.

Et nôtre Mere Sainte Eglife Ne fgachant comme renvoyer Cet efcadron prêt à payer, Fut contrainte enfin de leur dire:

De par Dieu fouffrez qu’on refpires C’en eft aflez pour le prefent ; On ne peut faire qu’en faifant.

Réglez vôtre temps fur le nôtre; Aujourd’hui l’une, & demain l’autre, Tout avec ordre , & croyez-nous :

On en va mieux quand on va doux.

Le fexe fuit cette fentence.

Jamais de bruit pour la quittance; Trop bien quelque collation;

Et le tout par devotion.

Puis de trinquer à la Commere.

Je laiffe à penfer quelle chére Faifoit alors Frere Frapart.

T'el d’entr’eux avoit pour fa part Dix jeunes femmes bien payantes, Frifques, gaillardes, aftrayantes. T'el aux douze & quinze pañloit.

Frere Roc à vingt fe chaufloit.

Tant & fi bien que les Donzelles, Pour fe montrer plus ponétuelles, Payoient deux fois aflez fouvent :

Dont

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